À la rescousse des chauves-souris

  • Forum
  • Le 13 avril 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Le pathogène du «museau blanc» fait craindre l’extinction de certaines chauves-souris de la province. Mais une équipe de l’UdeM pense avoir trouvé une piste prometteuse pour contrer l’épidémie.

On voit bien l'effet de cette infection fongique sur cette famille de mamifères volants infectés.Une équipe de l'Université de Montréal pense avoir trouvé une piste pour contrer l'épidémie du champignon responsable du déclin des populations de chauves-souris observé depuis 2006 en Amérique du Nord.

 

L'infection fongique appelée «syndrome du museau blanc» est une maladie qui laisse des taches blanches sur les ailes et le nez des mammifères volants infectés et altère leur sommeil lors de l'hibernation au point de menacer leur survie. À ce jour, le pathogène a causé la mort «d'environ 5,7 à 6,7 millions de chauves-souris dans l'est du continent, soit dans 22 États américains et 5 provinces canadiennes», selon le ministère québécois du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

«Chez nous, quatre espèces de chiroptères sont principalement touchées, notamment la petite chauve-souris brune, jusqu'alors la plus commune, qui a connu un déclin supérieur à 90 % en moins de trois ans et qui risque de s'éteindre d'ici une quinzaine d'années», mentionne Virginie Lemieux-Labonté, dont le projet de recherche au cheminement honor porte sur le champignon responsable de cette infection cutanée et vise à mieux comprendre les mécanismes sous-jacents qui causent sa virulence.

«La communauté bactérienne qui colonise la peau, c'est-à-dire le microbiome cutané, contribue à la défense de son organisme hôte en collaboration avec le système immunitaire. De nombreuses affections peuvent toutefois résulter d'un déséquilibre de cette même flore microbienne, signale l'étudiante. Comme le champignon responsable du syndrome infecte directement la peau des chiroptères, il est pertinent de s'intéresser au rôle que le microbiome pourrait jouer quant à la vulnérabilité des chauves-souris à cette maladie. Par exemple, pourquoi la grande chauve-souris brune est plus résistante au parasite? Son microbiome est-il différent? C'est entre autres ce que je cherche à savoir.»

Virginie Lemieux-Labonté Menée sous la direction du professeur François-Joseph Lapointe, la recherche de Virginie Lemieux-Labonté comporte un volet théorique qui consiste à élaborer une méthode d'analyse du microbiome cutané. La méthodologie prévoit aussi l'analyse d'échantillons organiques afin d'en extraire l'ADN bactérien. Des mesures de la diversité des microbiomes permettront de comparer les «communautés bactériennes» entre trois espèces de chiroptères tropicales, les spécimens nord-américains étant trop fragiles pour être utilisés dans cette première phase de l'étude.

Deux espèces de chauves-souris proviennent du Biodôme de Montréal et habitaient la même grotte. Cet aspect est important aux yeux de l'étudiante, qui pourra ainsi établir que les différences de microbiome notées sont attribuables au caractère hétérogène des espèces et non à leur environnement. L'autre espèce de chauves-souris vient du Zoo de Granby.

Les premiers résultats indiquent une différence marquée entre les espèces du Biodôme et l'espèce du Zoo de Granby. «Les microbiomes cutanés sont différents selon les espèces, dit Virginie Lemieux-Labonté. Celles qui ont un habitat comparable semblent davantage avoir un microbiome similaire.»

L'idée de brosser un tableau de la flore bactérienne et d'évaluer son effet possible sur la véhémence de l'infection pourrait aider à combattre le pathogène, qui laisse craindre l'extinction prochaine de certaines chauves-souris de la province. «Il faut s'inquiéter d'une telle catastrophe parce que ces animaux sont d'une grande importance pour l'équilibre des écosystèmes. Les chauves-souris insectivores sont l'un des principaux prédateurs des insectes ravageurs, dont certains menacent notre économie mais aussi notre santé», conclut l'étudiante.

Dominique Nancy