Devoirs stressants, garçons bedonnants?

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  • Le 13 avril 2015

  • Martin LaSalle

En 5 secondes

Chez les garçons ayant au moins un parent obèse, ceux qui mettent beaucoup de temps à faire leurs travaux scolaires et qui ressentent du stress ont un surplus de poids 26 % plus élevé que les autres.

Les devoirs qui prennent du temps et qui sont perçus comme stressants sont associés à une adiposité de 26% plus élevée chez les garçons. Photo : Istock

 

Chez les garçons dont au moins un des parents est obèse, ceux qui passent beaucoup de temps à faire leurs devoirs et qui sont stressés par cette tâche ont un surplus de poids plus élevé que ceux dont les devoirs requièrent moins de temps et engendrent peu ou pas de stress.

 

 

 

C'est ce qui ressort de l'analyse effectuée par une équipe de chercheurs que dirige Marie-Ève Mathieu, professeure au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, dans le cadre d'une étude longitudinale qui s'intéresse aux facteurs de risque associés à la prise de poids chez les jeunes Québécois – appelée étude QUALITY.

Si le lien de causalité entre la prise accrue de poids et une charge importante – et stressante – de travaux scolaires chez les garçons reste à établir, il en va autrement pour les adultes, chez qui plusieurs études lient la charge élevée de travail à la prise de poids.

Par exemple, une étude menée sur une période de 19 ans auprès de 10 000 travailleurs du Royaume-Uni a révélé qu'un haut degré de stress est lié à un risque élevé d'obésité. Une autre étude a montré que les hommes subissant une tension mentale plus grande prenaient, en moyenne, près de deux fois plus de poids que les autres sur une période de 10 ans (4,2 kg par rapport à 2,4 kg).

Deux facteurs combinés

Pour les besoins de leur analyse, Marie-Ève Mathieu et ses collègues ont interrogé 511 enfants de 8 à 10 ans relativement au temps qu'ils allouaient quotidiennement à leurs devoirs, puis ils ont partagé ces jeunes selon qu'ils passaient moins de 30 minutes ou plus de 30 minutes à faire leurs devoirs. Les enfants devaient aussi indiquer si leurs travaux scolaires étaient un facteur de stress pour eux.

Ces réponses ont été combinées avec les mesures de l'indice de masse corporelle (IMC) des participants, qui avaient été prises au cours de l'étude, et avec celles de l'adiposité totale et de leur tronc, qui avaient été obtenues par ostéodensitométrie. Au début de l'étude, 40 % des jeunes étaient en surpoids, et ce, dans des proportions semblables chez les garçons et chez les filles.

Parmi les jeunes qui ne ressentaient pas de stress associé aux travaux scolaires, tant l'IMC médian que l'adiposité du tronc étaient similaires, peu importe la durée de leurs devoirs.

Toutefois, parmi les garçons qui se disaient stressés par leurs travaux scolaires, ceux qui y consacraient plus de 30 minutes par jour avaient une masse adipeuse moyenne de 22,5 %, comparativement à 17,8 % pour ceux qui y accordaient moins de temps – soit une adiposité de 26 % plus élevée. Du côté des filles, il n'y avait aucune différence.

«L'augmentation de la prise de poids est tributaire des deux facteurs combinés, soit la durée des travaux scolaires à la maison et le stress perçu quant à leurs tâches scolaires, indique Marie-Ève Mathieu. Ces deux facteurs doivent être présents pour qu'il y ait association.»

La chercheuse formule l'hypothèse que le stress attribuable aux travaux scolaires n'est peut-être pas directement la cause de la prise de poids, mais que ce stress provoque un déplacement des habitudes de vie des garçons dont le degré d'activité physique avait diminué avec le temps alloué aux devoirs.

Contrer l'apparition des maladies

L'effet de ces deux facteurs était aussi observable pour l'adiposité du tronc : les jeunes qui se disaient stressés par leurs travaux mais qui n'y accordaient que peu de temps affichaient un pourcentage de gras médian de 15,8 %, contre 19,4 % chez ceux qui étaient stressés et qui passaient plus de 30 minutes par jour à faire leurs devoirs – une différence de 22 %.

«La combinaison de l'adiposité générale et de l'adiposité du tronc peut entraîner, à long terme, un risque élevé d'obésité qui, elle, est associée à un risque plus grand de troubles cardiométaboliques, dont le diabète de type 2», explique la professeure et chercheuse de l'UdeM.

Aussi, bien que le stress vécu par les garçons lors des longues séances de devoirs ne soit pas à première vue un facteur déterminant à l'origine de leur prise de poids, «il fait partie des facteurs de risque sur lesquels on ne sait encore comment agir : peut-être qu'il faudra combiner la gestion du stress et l'activité physique, chez ces garçons, pour éviter la prise de poids», conclut Mme Mathieu.

Martin LaSalle