Les tortues des bois ne sont pas fidèles

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  • Le 13 avril 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Une chercheuse du Département de sciences biologiques de l’UdeM a estimé la fréquence de la paternité multiple d’une population de tortues des bois, une espèce menacée au Québec.

Glyptemys insculpta ne s'engage pas à long terme. Photo : Zoo EcomuseumLes tortues des bois ne sont pas fidèles à leur partenaire. C'est la conclusion de Cindy Bouchard, qui a calculé à l'aide d'un modèle statistique innovateur la présence de la paternité multiple au sein d'une population de tortues des bois (de son nom latin Glyptemys insculpta), une espèce menacée au Québec.

 

Selon la chercheuse qui mène des études doctorales sur le sujet, la polyandrie des tortues n'est pas une adaptation à la limitation des ressources. «Ce mode de reproduction est très fréquent chez les animaux et a de nombreux effets sur la génétique d'une population, par exemple en influençant la taille et en augmentant la variation du succès reproducteur des mâles», dit-elle. La polyandrie des tortues des bois n'avait pas à ce jour encore été démontrée scientifiquement. Ce phénomène modifie la valeur de la nichée des femelles en haussant les probabilités de reproduction avec des mâles porteurs de génotypes favorables.

Le territoire couvert par son étude se situe à la rivière Shawinigan, où se trouve la plus grosse concentration de tortues des bois recensée au Québec : on en compte pourtant moins de 400! Cette tortue au cou et aux pattes orange habite divers lieux dont les rivières Kazabazua et Yamaska, dans les régions de l'Outaouais et de la Montérégie.

Cindy BouchardPour arriver à estimer la fréquence de la paternité multiple dans les populations de la rivière Shawinigan, Cindy Bouchard a comparé les ADN de plusieurs spécimens (240 jeunes et 90 parents potentiels) au moyen de marqueurs microsatellites. Elle a d'abord dû extraire l'ADN des échantillons, puis en faire des copies à l'aide d'un thermocycleur, une machine particulière qui a révolutionné la biologie moléculaire en permettant d'amplifier l'ADN. La chercheuse a ensuite incorporé à l'ADN des marqueurs fluorescents qui, avec un séquenceur automatique, permettent de déterminer le génotype des individus. Les données sont alors analysées de façon à repérer les différents patrons génétiques des jeunes tortues pour établir la paternité multiple au sein d'une nichée. «La probabilité de détection varie en fonction du nombre de locus ou marqueurs moléculaires utilisés, soit les emplacements du gène sur le chromosome, et de la distribution des fréquences alléliques à chacun des sites désignés de la molécule d'ADN, résume-t-elle. Afin de permettre des études de plus grande envergure et de diminuer les coûts associés aux analyses génétiques, il est possible de sélectionner les locus les plus performants pour maximiser la probabilité de détection avec un investissement minime.»

Ses données préliminaires apportent un éclairage sur la biodiversité de cette espèce en plus de fournir un outil d'analyse pour le suivi des populations menacées. Désormais, Cindy Bouchard s'applique à peaufiner son modèle dans le but de cibler les marqueurs moléculaires les plus pertinents à utiliser.

Dominique Nancy