Un nouveau médicament pour réduire les dommages de l'infarctus

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Une vigne originaire de l’Orient et utilisée en médecine traditionnelle, pourrait un jour être à la base d’un nouveau médicament pour limiter les dommages au cœur causés par une crise cardiaque.

Section transversale d'un cœur de patient ayant subi un infarctus. En rouge foncé, le dommage causé au ventricule gauche.

 

Le secret est dans une plante. Le Celastrol, un composé chimique extrait de la racine du lei gong teng (Tripterygium wilfordii), une vigne originaire de l'Orient et utilisée en médecine traditionnelle, pourrait un jour être à la base d'un nouveau médicament pour limiter les dommages au cœur causés par une crise cardiaque.

 

 

 

Le Dr Nicolas Noiseux, professeur au Département de chirurgie de l'UdeM et chirurgien cardiaque et chercheur au Centre de recherche du centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM) et son associé Shant Der Sarkissian ont été les premiers à démontrer les bienfaits protecteurs de cette molécule sur le cœur.

Cette découverte publiée dans le British Journal of Pharmacology en juillet 2014 est si prometteuse, que le Dr Nicolas Noiseux et son collègue Shant Der Sarkissian viennent de s'associer avec NÉOMED, une organisation public-privée dédiée au développement de nouveaux médicaments, afin de développer un nouveau médicament basé sur les propriétés du Celastrol.

«Lorsqu'une personne arrive à l'hôpital en raison d'une crise cardiaque, nous pourrions lui administrer rapidement une injection de notre médicament en combinaison avec les autres traitements pour protéger le muscle cardiaque», explique le Dr Noiseux, également professeur agrégé de clinique au Département de chirurgie de l'Université de Montréal. Il serait envisageable de débuter le traitement à l'urgence sous forme d'injection intraveineuse, ou même directement dans le cœur lors de l'angioplastie coronarienne ou de la chirurgie cardiaque.

Les maladies du cœur et les accidents vasculaires cérébraux constituent la première cause d'hospitalisation au pays. Plus de 70 000 personnes subissent une crise cardiaque à chaque année, selon Statistiques Canada. Lorsque l'artère du cœur se bloque, le sang ne circule plus et le muscle cardiaque souffre : c'est la crise cardiaque communément appelée infarctus.

Le traitement actuel consiste à débloquer l'artère avec une dilatation par angioplastie à l'aide d'une endoprothèse, un petit treillis métallique inséré dans l'artère pour la garder ouverte. Dans les cas plus sévères, certains patients doivent subir une chirurgie cardiaque de pontages coronariens. Heureusement, grâce aux progrès en matière d'interventions médicales et chirurgicales, plus de gens survivent. Mais il n'existe pas de traitement visant directement à réduire les dommages au muscle cardiaque et prévenir l'évolution vers la défaillance cardiaque.

Protection naturelle

C'est justement ce que fait le Celastrol : activer les voies naturelles de protection des cellules. La capacité des cellules à se défendre lors d'un stress est bien connue. Depuis plusieurs années, les médecins pratiquent le conditionnement ischémique : en bloquant les coronaires quelques secondes puis en les relâchant, cela permet d'activer les voies de protection des cellules cardiaques contre une agression comme les radicaux libres émis lors d'un infarctus ou un rayonnement ionisant. «La molécule que nous avons découverte est capable d'activer ces mêmes voies de protection, sans avoir à bloquer et à débloquer l'artère manuellement, ce qui en fait un nouveau traitement beaucoup plus pratique. Elle stimule fortement un effet protecteur qui existe déjà», fait valoir le Dr Noiseux.

Cette approche pharmacologique novatrice a été testée avec succès avec différentes cellules et chez le rat. «Nous avons démontré que le Celastrol active de façon ciblée des voies moléculaires de survie et des protéines chaperonnes, une famille de protéines présentes dans toutes les espèces vivantes. Ces protéines protègent les cellules contre des stress hypoxiques et oxydatifs potentiellement mortels lors d'un infarctus. Tous les essais pour développer et valider le médicament ont été menés au CRCHUM, ce qui nous permet de poursuivre les études précliniques en partenariat avec NÉOMED», explique Shant Der Sarkissian, professeur associé à la Faculté de Médecine de l'Université de Montréal.

Grâce à l'expertise technique développée au CRCHUM et avec le soutien financier ainsi que l'expertise en développement de médicaments de NÉOMED, les chercheurs travaillent au développement d'un médicament qui pourra être testé rapidement chez l'humain. Les vertus de cette plante pourraient donc aider à prévenir les dommages de l'infarctus et ainsi sauver de nombreuses vies.

Source : Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal.