Les drones révolutionneraient la cartographie archéologique

  • Forum
  • Le 20 avril 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Doctorante à l'UdeM, Fanny Guyon télécommande des drones au-dessus de sites archéologiques. À son avis, cette technologie révolutionnera la cartographie.

Situé à 3850 mètres d'altitude, le site de Chinchawasi se trouve dans la cordillère «noire», au Pérou. C'est là que des étudiants se sont familiarisés avec l'archéologie assistée par drones l'été dernier.

 

Fanny Guyon a toujours aimé les jeux vidéos; quand elle a téléguidé ses premiers drones, elle a mis sa dextérité au service de la recherche. L'étudiante au doctorat en archéologie de l'Université de Montréal se spécialise dans la modélisation en trois dimensions de lieux de fouilles. «Je crois que les drones deviendront rapidement les outils incontournables des archéologues», résume la jeune femme, qui prépare pour cet été un stage d'initiation au pilotage de drones en archéologie.

 

 

 

L'une des premières étapes d'une fouille archéologique, rappelle-t-elle, consiste à cartographier le site choisi de façon à documenter avec précision les découvertes à venir. Une opération complexe et laborieuse qui peut prendre plusieurs jours, à pied, avec du matériel d'arpentage. «Un drone peut faire ce travail en une heure avec une précision centimétrique», mentionne la doctorante, qui étudie sous la direction de Claude Chapdelaine, professeur titulaire au Département d'anthropologie de l'UdeM.

Si la cartographie peut être effectuée avec un appareil rudimentaire d'une valeur approximative de 1000 à 1500 $, la technologie émergente permet des usages plus poussés. Des vestiges enfouis dans le sol peuvent être repérables du haut des airs, à condition de posséder l'équipement adéquat.

Fanny Guyon explique le fonctionnement d'un drone. «Muni d'une caméra thermique, le drone peut faire de la prospection et déterminer les endroits à fort potentiel de découverte. Actuellement, ce type de prospection se fait par avion et est très coûteux.»

L'utilisation scientifique d'un drone n'est pas à la portée de tous. Fanny Guyon en sait quelque chose, puisqu'elle a perdu l'un de ses appareils l'an dernier. Durant un vol, le drone qu'elle télécommandait a eu un problème électronique et il a fait une chute d'une cinquantaine de mètres. Elle a suivi, depuis, un cours de pilotage qui lui a donné les outils nécessaires à la poursuite de ses objectifs. Elle a appris à fabriquer de ses mains son appareil.

Essor majeur

Son terrain de recherche se situe sur les hauteurs de la province péruvienne de Callejón de Huaylas, à 3500 mètres d'altitude, où des centaines de bâtiments recouverts de végétation contiennent des vestiges des cultures disparues de Recuay et de Huari. Quand une équipe se présente dans ce site patrimonial de plus de 12 hectares, son temps est compté. Vaut mieux le consacrer au travail archéologique proprement dit et le travail de cartographie aérienne devient un atout. «C'est un musée à ciel ouvert», dit l'étudiante-chercheuse à propos des artéfacts qu'on y trouve, dont les plus vieux exhumés à ce jour remontent au septième siècle de notre ère.

Voici le type d'images captées. On aperçoit l'ombre du module, en haut à droite. Fanny Guyon utilise un procédé de cartographie issu d'un logiciel de photogrammétrie; chaque photo est ainsi géoréférencée (des coordonnées géographiques étant attribuées aux photographies) grâce au GPS du drone.

Ce travail de modélisation aide beaucoup à la compréhension globale d'un site, car «l'œil humain analyse très bien les images en 3D», précise-t-elle. De plus, ce travail de cartographie en trois dimensions peut être effectué plusieurs fois durant une campagne de fouilles, en raison notamment de la rapidité d'exécution du drone.

Mme Guyon a préparé des stages pour l'été au sein du projet Honcopampa, avec l'aide du Département d'anthropologie de l'UdeM, où les participants s'initieront à cette technique. Aucun préalable n'est exigé, mais l'inscription au cours Pratique de terrain est requise et il faut payer des frais de 2500 $. Les étudiants peuvent se faire la main avec un modèle réduit de drone qui tient dans la paume d'une main. «C'est très difficile à contrôler à cette taille, car le drone est très sensible. Quand on y parvient sans difficulté, le pilotage de drone sur le terrain apparaît presque comme un jeu d'enfant», signale-t-elle.

Entendons-nous. Un enfant familiarisé avec les manettes de jeux vidéos...

Mathieu-Robert Sauvé


Qu'est-ce qu'un drone?

Les pilotes s'exercent sur de minuscules appareils comme celui-ci.Les drones sont des objets volants inhabités télécommandés dont l'essor est fulgurant. Leur nom vient du mot anglais signifiant «bourdon», mais on les appelle aussi «véhicules aériens sans pilote». Nés dans l'industrie militaire pour permettre des opérations à distance sans risque de pertes humaines, ils se sont multipliés dans le secteur civil depuis quelques années.

Les drones peuvent peser plusieurs tonnes, être propulsés par des turboréacteurs et transporter de lourdes charges. Les appareils utilisés dans le civil sont des sortes de petits aéronefs dotés de quatre à huit hélices et mus par énergie électrique. Les modèles employés dans l'industrie du cinéma et de la publicité pèsent moins de deux kilos et ont une autonomie qui peut atteindre une trentaine de minutes. Transports Canada prévoit que ces objets volants envahiront le ciel dans les prochaines années; une réglementation a par conséquent été adoptée en novembre dernier.

Sur le plan éthique, l'utilisation militaire de drones heurte les anciennes conceptions des conflits armés. De plus, ils posent des problèmes inédits de protection des données personnelles, car ils servent de plus en plus d'outils de surveillance. Des balises légales se mettent donc en place et Transports Canada exige désormais un permis de pilote spécialisé pour lancer un drone au-dessus de la tête des gens...

M.-R.S.