On n'a plus les divas qu'on avait!

En 5 secondes

Deux sopranos parlent de leurs ambitions : devenir de grandes chanteuses d’opéra. Chantal Dionne et Catherine St-Arnaud ont déjà incarné des premiers rôles. Elles ne s’arrêteront pas là.

La cantatrice Catherine St-Arnaud tenait un premier rôle à l'Atelier d'opéra de l'UdeM en février dernier. Dans Orphée aux enfers, la soprano Catherine St-Arnaud dansait le cancan en chantant un air difficile. Dans Cendrillon, elle interprétait un solo en balayant le plancher. En plus de maîtriser l'art lyrique, les nouvelles divas doivent savoir danser et jouer la comédie. N'est-ce pas trop pour une seule discipline ? «Si on aime l'opéra, c'est ça, le deal !» répond en riant la jeune femme de 25 ans qui souhaite faire carrière sur les grandes scènes du monde.

 

Ce qu'elle aime le plus à l'opéra ? L'excitation de la scène. «La perruque, les maquillages, les costumes, les décors et la musique de l'orchestre qui accompagne nos mouvements, je peux vous dire que ça donne une dose d'adrénaline complètement folle !» dit la musicienne originaire de Rawdon, dans Lanaudière, qui poursuit actuellement des études en chant classique à l'Université de Montréal.

Chantal Dionne a la même ambition. Diplômée de la maîtrise en interprétation en 1995, elle a vécu en Europe pendant quelques années avant de revenir au Québec avec ses deux enfants... et le virus de la scène. Elle a incarné les grands rôles des opéras de Mozart : Pamina dans La flûte enchantée, Zerlina dans Don Giovanni et Susanna dans Les noces de Figaro. «L'opéra, c'est ce qui fait vraiment vibrer les chanteurs. Pour le reste, il y a les récitals, les messes et les concerts.»

Un art révolu, l'opéra ? Pas pour cette mélomane qui a assisté avec ravissement à l'opéra Dead Man Walking, de Jake Heggie, à Montréal en 2013, avec une distribution presque entièrement québécoise. Elle croit que les compositeurs d'opéra n'ont pas tout dit. Elle a elle-même participé à la création de Traversées, de Ludmila Knezkova Hussey, un opéra-ballet soulignant le 400e anniversaire de l'Acadie. «J'ai encore 20 ans de carrière devant moi et je compte bien en profiter», lance la soprano lyrique.

Son rôle le plus émouvant ? Marguerite, dans Faust, de Charles Gounod. Une œuvre beaucoup plus sombre que ne le laisse penser son solo le plus célèbre, l'«Air des bijoux». «Marguerite est une femme fragile, perturbée, qui sombre dans la dépression.»

«Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir !», chanté par Bianca Castafiore dans Les aventures de Tintin, lui a valu son heure de gloire quand elle l'a repris au Concours de musique du Canada. On ne l'y attendait pas, en raison du timbre de sa voix. Le jury, subjugué, lui a accordé une très haute note qui l'a propulsée à la deuxième place de cette compétition relevée. Elle a aussi adoré jouer les «fausses méchantes» : Micaëla dans Carmen, «l'une des plus gentilles héroïnes du répertoire lyrique», écrase une rose rouge sur le cadavre de sa rivale dans la scène finale selon une tournure nouvelle donnée par le metteur en scène. Délire total. «C'est sûr que l'opéra est un art démesuré où tout est poussé à l'extrême. C'est justement ce qu'on aime.»

Danser, chanter et jouer la comédie sur scène n'effraient pas Chantal Dionne.

Pas un rêve impossible

Tant Chantal Dionne que Catherine St-Arnaud ne se font pas d'illusions quant à leurs chances de percer sur la scène mondiale. «Il y a une compétition féroce et je le sais. J'ai mon plan B, et même mes plans C et D, indique Mme St-Arnaud, qui interprétait le rôle de Laoula dans L'étoile, d'Emmanuel Chabrier, à l'Atelier d'opéra de l'Université de Montréal en février dernier. Mon premier objectif est de faire carrière comme chanteuse d'opéra, mais j'ai devant moi plusieurs options grâce à ma formation ; ainsi, l'enseignement m'intéresse beaucoup.» Quant à Chantal Dionne, elle est actuellement inscrite au doctorat et souhaite enseigner le chant.

Rien n'est impossible. Diplômée de la Faculté de musique, Layla Claire s'est hissée depuis cinq ans dans le groupe sélect des solistes de l'heure. Elle termine une année Mozart faste : Donna Anna dans Don Giovanni à Glyndebourne, Fiordiligi dans Così fan tutte à Toronto et Pamina dans La flûte enchantée à Pittsburgh. Elle vient d'incarner Blanche de la Force dans les Dialogues des carmélites, de Francis Poulenc, à l'Opéra de Washington en février. L'an dernier, elle faisait ses débuts au Metropolitan Opera, de New York.

«Les carrières de chanteuses d'opéra sont rares mais pas impossibles», mentionne Rose- Marie Landry, qui a elle-même connu la gloire en Europe et en Amérique avant de devenir professeure de chant à la Faculté de musique de l'UdeM. Dans le secteur Chant classique du programme d'interprétation en musique, elle supervise une soixantaine d'étudiants.

Robin Wheeler, qui dirige l'Atelier d'opéra de l'Université de Montréal, constate l'engouement des jeunes chanteurs pour l'opéra. La plupart auditionnent pour des rôles dans les différentes productions de l'Atelier et il n'a aucun mal à pourvoir les postes. « Les jeunes aiment l'opéra, je peux vous l'affirmer », déclare-t-il.

Chanter, danser et jouer

Et la mauvaise réputation des divas, ces chanteuses capricieuses qui font maudire les metteurs en scène jusqu'au soir de la première ? «Ce n'est pas la réalité. Les divas à la Maria Callas ne seraient pas rappelées», croit Mme Landry.

Aujourd'hui, on attend des solistes qu'elles soient parfaitement justes, mais aussi excellentes en jeu théâtral et très souvent en danse. Sans compter qu'elles doivent avoir du charisme sur scène et être infatigables pour survivre aux horaires des répétitions, des premières et des tournées. «C'est digne d'un athlète olympique», signale Xavier Roy, ancien chanteur (il a fait ses débuts à 11 ans dans Nabucco, de Verdi, à l'Opéra de Montréal) recyclé en administrateur.

Chantal Dionne trouve risible cette réputation qui colle aux divas. Elle s'est d'ailleurs laissé séduire par l'art lyrique tardivement. Enfant, elle détestait le chant. «Quand ma mère faisait des vocalises, je pleurais. Ou alors je m'enfuyais en courant.»

À présent, elle rit de se voir si belle dans ce miroir.

Mathieu-Robert Sauvé


«Et puis crac !»

Visionnez un extrait d'opéra exclusif pour Les diplômés.
En vedette : Catherine St-Arnaud et l'Atelier d'opéra de l'UdeM.