Sonia Lupien aime le stress

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La neuropsychologue Sonia Lupien consacre sa carrière à l'étude du stress, de l'enfance au troisième âge. Elle est l'auteure du best-seller Par amour du stress.

Le stress est l’objet de multiples recherches de nos jours. On étudie ses effets sur l’obésité, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, la douleur physique, la dépression, la toxicomanie, l’attention, la grippe et l’insomnie.Pour gérer son stress dans un bouchon de circulation, Sonia Lupien chante à tue-tête dans sa voiture. «En faisant travailler ses cordes vocales, on favorise la respiration abdominale et on permet à son corps d'évacuer l'énergie excédentaire. L'important est que le stress ne s'accumule pas», indique la professeure du Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, aussi directrice scientifique du Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) et directrice du Centre d'études sur le stress humain.

Le stress, elle connaît. Experte de ce mal du siècle, la chercheuse a démontré que le stress peut avoir des répercussions négatives sur les individus de tous âges, jeunes ou vieux. Dès 1998, elle découvrait un lien entre des taux élevés d'hormones du stress chez les adultes âgés, la perte de mémoire et une réduction du volume de l'hippocampe. Cette petite structure du cerveau jouerait un rôle dans la réponse de stress et expliquerait certains des troubles de mémoire chez les aînés. Une percée scientifique majeure publiée dans Nature Neurosciences qui a eu des retombées mondiales.

À l'autre extrémité du développement humain, les enfants sont également vulnérables aux effets du stress. «Certains sécrètent des taux élevés d'hormones du stress dès l'âge de six ans !» dit-elle. Ses études auprès des jeunes adultes ont mis au jour les effets aigus et chroniques des hormones du stress sur la mémoire et la maîtrise des émotions. Elle a également prouvé que le stress parental influe sur celui de l'enfant, un phénomène qui survient plus particulièrement dans la relation entre la mère et la fille.

L'importance et la qualité de ses travaux lui ont valu en 2003 de figurer parmi les 40 Canadiens de moins de 40 ans les plus performants du Canada, selon la société Caldwell International en collaboration avec Deloitte, la Financière Banque Nationale, le Globe and Mail et Air Canada. Cette nomination s'ajoute au prix Heinz Lehmann que lui avait décerné l'année précédente l'Association des psychiatres du Québec.

Depuis, la titulaire de la Chaire sur la santé mentale des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada a pu aménager de vastes locaux de recherche à l'IUSMM, où une dizaine d'étudiants à la maîtrise, au doctorat et au postdoctorat mènent des expériences poussées auprès de sujets de recherche. Ces derniers sont-ils soumis à des facteurs stressants ? Oui, répond la spécialiste et mère de deux adolescents (Jade, 16 ans, et Mattis, 13 ans). Mais inutile d'insister, elle ne dira rien de plus sur le protocole de recherche, approuvé par un comité d'éthique. «Si je vous raconte comment se déroulent les expériences, il n'y aura plus d'effet de surprise !»

Dans son ouvrage Par amour du stress (Les Éditions au Carré, 2010), vendu à ce jour à plus de 12 000 exemplaires, Mme Lupien présente les éléments qui vont déclencher une réponse de stress, peu importe l'âge et la profession de la personne. L'auteure précise que le stress n'est pas une maladie. «Par contre, s'il vous affecte de façon chronique, cela peut entraîner de graves séquelles.»

Sonia Lupien

Limer le métal et trimer dur

En entrevue avec Les diplômés dans un local du pavillon Roger-Gaudry, voisin de l'ancien bureau du Dr Hans Selye, la belle blonde aux yeux noisette semble en possession de ses moyens, voire détendue, malgré son agenda de ministre. Triple diplômée de l'Université de Montréal (baccalauréat en psychologie en 1987, maîtrise en neuropsychologie en 1989 et doctorat en sciences neurologiques en 1993), Mme Lupien n'a pas que la recherche comme passion. Lorsqu'elle veut se détendre et ne penser à rien, elle travaille le métal pour en faire des bijoux. «Je peux limer le même morceau pendant des heures», mentionne-t-elle en montrant, timidement, deux magnifiques bagues en argent qu'elle a façonnées.

Bûcheuse infatigable, la chercheuse originaire de Saint-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, vit à cent à l'heure. «C'est la personne la plus déterminée que je connaisse. Rien ne l'arrête, affirme son frère cadet, Roger. Elle a combattu un cancer du sein avec la même détermination et la même énergie. C'est vraiment une femme hors du commun.»

C'est en promenant Jim, son labrador, que Sonia Lupien décide de créer, en 2004, le Centre d'études sur le stress humain, qu'elle dirige encore à ce jour. «Notre mission est d'éduquer le public sur les effets du stress sur le cerveau et le corps en utilisant des données validées scientifiquement. Au fil des ans, c'est devenu un formidable outil de transfert des connaissances et une source d'inspiration importante pour la recherche.»

On lui doit aussi Dé-Stresse et progresse, un programme visant à donner des moyens aux enfants de faire la transition entre l'école primaire et l'école secondaire, une période au cours de laquelle les jeunes sont particulièrement vulnérables. Son équipe travaille présentement à adapter le programme pour les adultes en milieu de travail.

Hommes, femmes et stress

Sonia Lupien a également collaboré à l'élaboration d'applications mobiles (Ismart Application et Réadapp Application) pour faciliter la réduction et la gestion du stress. Un autre exemple de la portée de ses travaux est le projet de la Fondation Mira de doubler, en 2013, le nombre de chiens d'assistance fournis à des familles avec des enfants autistes. À l'origine, une étude du défunt neuropsychologue Robert Viau réalisée en collaboration avec la professeure qui établissait l'influence positive de l'animal sur les jeunes et leurs proches.

Dans le cadre de ses nouveaux projets, Mme Lupien s'intéresse à l'incidence du sexe et du genre quant à la réactivité au stress et la maîtrise des émotions. «Au fil du temps, les chercheurs ont introduit les notions de sexe et de genre dans leurs travaux afin de mieux comprendre les interactions entre le cerveau et les hormones pouvant conduire à l'apparition de maladies mentales», explique la neuropsychologue.

Manifestement, elle est encore passionnée par son objet d'étude et n'a pas l'impression d'avoir fait le tour du problème. Le stress est l'objet de multiples recherches de nos jours. On étudie ses effets sur l'obésité, la schizophrénie, la maladie d'Alzheimer, la douleur physique, la dépression, la toxicomanie, l'attention, la grippe et l'insomnie.

Dominique Nancy