«Googler» Marie-Josée Lamothe

En 5 secondes

Diplômée en sciences économiques et en mathématiques, Marie-Josée Lamothe dirige Google Québec. Elle a brisé le plafond de verre qui entrave trop souvent la carrière des femmes.

Google Québec a accueilli sa nouvelle directrice générale au printemps 2014.

Avec son sourire éblouissant et sa belle chevelure brune, Marie-Josée Lamothe aurait pu faire la couverture des magazines de mode. Après avoir passé deux décennies dans le monde des produits de beauté, elle change complètement de milieu. Directrice générale de la division Stratégie de marques de Google Canada et directrice générale de Google Québec depuis le printemps 2014, cette éternelle étudiante se sent tout à fait à sa place dans cet univers. «Travailler ici, c'est un peu comme être à l'université à temps plein ! s'amuse-t-elle. Pour rester à jour sur tout, on est constamment en formation. On prend des notes, on subit des examens. C'est très stimulant.»

 

Cette soif d'apprendre habite Marie-Josée Lamothe depuis ses études à l'Université de Montréal en sciences économiques et en mathématiques (double majeure). Elle garde notamment un vif souvenir de Rodrigue Tremblay, professeur émérite du Département de sciences économiques, qui lui a enseigné la macroéconomie. «Il arrivait à vulgariser des sujets complexes et à rendre l'économie très tangible.» Les mathématiques aussi la fascinaient. «La rigueur dans l'approche de la résolution de problèmes me sert encore tous les jours, dans tous les aspects de ma vie.»

Marie-Josée Lamothe n'était pourtant pas du genre à rester le nez plongé dans ses livres. «Ce que l'université m'a le plus appris, c'est à gérer mon temps», dit-elle. En plus d'être engagée dans l'association étudiante, elle travaillait 20 heures par semaine. Un emploi qui a été un véritable tremplin.

La chance au bureau d'emploi

Tout a en effet commencé par une petite annonce affichée sur le babillard du centre d'emploi de l'UdeM. Après l'entrevue, la jeune femme est recrutée comme représentante par une société gérant les forces de ventes de grandes entreprises comme Fisher Price et Gatorade, pour lesquelles elle travaillera pendant ses trois années à l'UdeM — à mi-temps durant l'année, à temps plein l'été. «J'étais sur la route et je me rendais dans les magasins pour m'assurer que les produits étaient bien en évidence.» Son baccalauréat en poche, en 1990, elle envisage d'abord de poursuivre ses études en actuariat, mais se rend vite compte que ce n'est pas pour elle. «Employée par une compagnie financière, j'ai réalisé que j'allais être assise devant des chiffres à longueur de journée, raconte t- elle. Le côté social de mon travail avec le public et des activités étudiantes me manquait : j'ai démissionné au bout de trois jours.»

Sans hésiter, Marie-Josée Lamothe renoue aussitôt avec son ex-employeur, qui l'embauche à plein temps pour Clairol. Après avoir gravi les échelons dans le secteur des ventes — jusqu'à devenir directrice nationale —, elle se tourne vers le marketing et le développement et se joint à l'équipe du siège social à Stanford, dans l'État de New York. Son premier projet, le lancement du colorant capillaire Herbal Essences, consolidera sa carrière. En 2002, L'Oréal lui offre un poste de directrice internationale du marketing à Paris et elle s'envole pour la Ville lumière avec mari et enfants.

Sa mission : élaborer des produits de coloration pour cheveux à partir de données sur les réalités physiques et culturelles des consommateurs. «Un bel équilibre entre le côté analytique des mathématiques et la réalité sociale des études économiques.» De retour au Québec pour des raisons familiales trois ans plus tard, elle devient directrice générale des marques de luxe de L'Oréal, puis responsable des communications et du marketing. Investie du mandat de «digitaliser» l'entreprise, c'est-à-dire d'optimiser son virage numérique, elle travaille avec divers partenaires... dont Google.

Après 12 ans chez L'Oréal, Marie-Josée Lamothe est prête à franchir une nouvelle étape. Mais alors qu'elle songe à créer son entreprise dans le domaine de la numérisation, Google lui fait de l'oeil dès sa démission. Pas question cependant pour cette maman de trois enfants de s'exiler à Toronto, où se trouvent la majorité des 400 employés canadiens de ce géant du Web. Son bureau est situé dans les locaux que la compagnie californienne a aménagés au centre-ville de Montréal. «J'ai appris à utiliser au mieux mon temps en minimisant mes déplacements : la majorité des réunions se font sur écran, à partir de mon cellulaire ou de mon ordinateur, explique-t-elle. Une nouvelle façon de travailler que j'adore.»

Grimper aux murs du bureau

Mur d'escalade, salles de jeux et de musique, espace détente avec table de piquenique et chaises longues évoquant la plage... Les bureaux de Google Montréal sont tout sauf ennuyeux. «Ça se veut léger, amusant et stimulant», mentionne Marie-Josée Lamothe. Sa tâche n'en est pas moins lourde de responsabilités : amener les entreprises et les organisations canadiennes (des services gouvernementaux aux produits de consommation en passant par l'énergie, l'alimentation et les voyages) à être plus visibles sur le Web, plus accessibles pour les consommateurs.

«Ce que j'apprécie le plus chez Google, c'est le défi de toujours se réinventer pour être encore plus pertinent et performant.» C'est aussi la possibilité de s'engager dans des causes socioéconomiques comme la réintégration des femmes au marché du travail. Active au Centre des femmes de Montréal et membre de l'Effet A (un regroupement de cinq femmes d'affaires destiné à encourager les Québécoises à se dépasser dans leur vie professionnelle), Marie-Josée Lamothe s'est fixé l'objectif de les aider à acquérir des compétences technologiques, avec le soutien de Google.  

Isabelle Grégoire