Apprendre est une aventure sociale et toute la communauté universitaire doit y prendre part

  • Forum
  • Le 5 mai 2015

  • Martin LaSalle

En 5 secondes

Spécialiste de la réussite scolaire, Vincent Tinto milite en faveur d’un plan d’action concerté reposant à la fois sur des données du terrain et l’appartenance à une communauté d’apprentissage.

Vincent Tinto, professeur émérite et ancien directeur du programme d’enseignement supérieur de l’Université de Syracuse. Photo : Amélie PhilibertSpécialiste de la réussite scolaire, Vincent Tinto milite en faveur d'un plan d'action concerté reposant à la fois sur des données du terrain et... sur le sentiment d'appartenance!

 

Pour optimiser le soutien aux étudiants, les établissements d'enseignement doivent se doter d'un plan d'action concerté reposant sur des données recueillies sur le terrain. Ce plan doit être partagé par l'ensemble de la communauté universitaire, à qui il incombe aussi de contribuer à un facteur facilitant grandement la réussite : le sentiment d'appartenance à une communauté d'apprentissage.

C'est l'essence du message qu'a livré Vincent Tinto, professeur émérite de l'Université de Syracuse et conférencier invité au tout premier colloque sur le soutien à la réussite étudiante tenu le 16 avril dernier par l'Université de Montréal, auquel ont pris part près de 120 personnes issues de différents secteurs et unités.

Découlant des travaux d'un groupe de travail ad hoc mis sur pied en 2013, la rencontre était pilotée par le Centre étudiant de soutien à la réussite. Elle avait pour objectif de susciter la réflexion sur les défis que pose le soutien à la réussite en milieu universitaire. Elle a également permis aux participants de découvrir les grandes lignes du plan d'action de l'UdeM en la matière et de prendre connaissance des initiatives menées au sein de la communauté universitaire pour aider les étudiants à réussir (voir les autres textes).

Auteur de nombreux ouvrages qui ont influencé la réflexion sur la réussite scolaire dans l'éducation postsecondaire, M. Tinto a agi à titre de directeur du programme d'enseignement supérieur à l'Université de Syracuse. Réputé internationalement pour ses travaux sur la persévérance scolaire chez les étudiants issus des milieux défavorisés, il est venu partager les «leçons» qu'il a tirées de ses recherches, lesquelles l'ont mené à visiter de nombreuses universités dans le monde.

Des actions concertées... basées sur des données

Vincent Tinto a d'abord insisté sur un facteur déterminant universel. «La réussite n'arrive pas seule : elle requiert des actions mûrement réfléchies, élaborées de façon systémique et structurée, avec la collaboration de tous les acteurs, et orientées vers les résultats», a-t-il indiqué.

Dans un premier temps, il importe de définir des objectifs clairs, communs et... mesurables. «Data, data, data, a-t-il martelé en anglais. Le processus décisionnel doit être soutenu par les données et, pour ce faire, il faut y consacrer les ressources nécessaires.»

Comment obtenir ces données? «Notamment par l'évaluation et la rétroaction, et ce, dès l'entrée des étudiants en première année», explique M. Tinto. Par exemple, certaines universités – dont Harvard – utilisent un outil nommé «One minute paper» : à la fin de chaque cours, le professeur demande aux étudiants de prendre une minute pour écrire sur une feuille l'élément principal qu'ils ont retenu et la notion qu'ils n'ont pas comprise.

«Cette démarche permet de cibler les étudiants à risque d'échouer ou de décrocher, mentionne-t-il. De plus, elle suscite une écoute plus active chez les étudiants et permet à l'enseignant de moduler le cours suivant au besoin.»

Selon Vincent Tinto, apprendre est une aventure sociale. Photo : Amélie Philibert.

Une première année cruciale

Selon M. Tinto, devenir étudiant est un processus qui s'opère surtout au cours de la première année universitaire. «Il faut tirer avantage de ce moment privilégié en facilitant l'accès aux ressources et aux services à partir desquels l'étudiant tissera des liens avec son établissement qui contribueront à sa persévérance et à sa réussite», ajoute-t-il.

En classe, les enseignants doivent établir des attentes claires, cohérentes et précises. «Et elles doivent être élevées, car les étudiants apprennent mieux lorsqu'on est exigeant avec eux», a-t-il conseillé.

En outre, l'université a intérêt à favorisé la création de groupes, «car le soutien à la réussite provient aussi du social : quand ils sont en groupe, les étudiants travaillent mieux que lorsqu'ils sont seuls parce qu'ils s'entraident et s'encouragent», a poursuivi Vincent Tinto.

Engagement et appartenance

Par ailleurs, il a insisté sur le fait qu'un plan d'action structuré doit comprendre le rôle et les responsabilités clairement définies des unités et des personnes qui mettront en œuvre et coordonneront les actions qui s'imposent.

Selon M. Tinto, le meilleur élément prédictif de la réussite est l'engagement de l'étudiant dans ses études, mais également les relations sociales qu'il tisse et nourrit tout au long de son parcours.

«Apprendre est une aventure sociale et l'ensemble de la communauté universitaire doit y participer : tant les collègues étudiants que les professeurs et le personnel de son unité peuvent jouer un rôle et éveiller chez lui le sentiment d'appartenance, qui est un moteur important de la réussite», a conclu Vincent Tinto.