Le soi-disant «dernier Huron de race pure» est un peintre

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  • Le 5 mai 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Son nom huron Tehariolin a longtemps été traduit par «sans mélange, non divisé». Mais ce n'est pas le cas. Sa volonté de favoriser les échanges interculturels a contribué à renforcer ce mythe.

Autoportrtait de Zacharie Vincent (1815-1886)

 

Zacharie Vincent (1815-1886) est un chef huron-wendat du 19e siècle dont la production picturale s'élèverait à environ 600 tableaux et dessins exposés aujourd'hui au Musée national des beaux-arts du Québec, au musée du château Ramezay à Montréal et au Musée huron-wendat à Wendake. Louise Vigneault a retracé le parcours et l'œuvre de ce personnage unique de notre histoire.

 

 

 

«J'ai découvert Zacharie Vincent durant mes études à l'Université de Montréal, quand j'ai vu le portrait qu'en avait fait Antoine Plamondon. J'ai entrepris plus tard une étude sur l'artiste huron, une enquête motivée par mes propres origines huronnes-wendats, du côté de mon arrière-grand-mère paternelle», raconte la professeure du Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'UdeM.

Remarquablement documentée, cette biographie, qui paraîtra sous peu aux Éditions Hannenorak, relate comment celui qu'on surnommait le «dernier des Hurons de race pure» en est venu à peindre et à incarner un symbole d'intégrité et d'échanges interculturels. Son nom huron Tehariolin a longtemps été traduit par «sans mélange, non divisé», signale Mme Vigneault. Mais ce n'est pas le cas. Sa volonté de favoriser les échanges interculturels a contribué à renforcer ce mythe.

Issu de la communauté huronne-wendat du village de la Jeune-Lorette (aujourd'hui la réserve de Wendake, située près de la ville de Québec), Zacharie Vincent est nommé chef des guerriers en 1845. Ayant reçu des leçons de peinture d'Antoine Plamondon, de Cornelius Krieghoff et de Théophile Hamel, il est devenu l'un des premiers peintres autochtones de tradition occidentale. Peu connu de nos jours, cet artiste a pourtant, de son vivant, attiré l'attention aussi bien des touristes que des élites politiques canadienne et britannique.

Le portrait de l'artiste par Plamondon, effectué peu après la rébellion des patriotes de 1837, «dénonce de façon détournée le sort des Canadiens français qui se trouvent également menacés d'assimilation ou de disparition, explique Louise Vigneault à partir des travaux que le professeur François-Marc Gagnon avait réalisés dans les années 80. Ainsi, les nationalistes associent leurs anciens alliés hurons à des modèles d'intégrité culturelle.» Cette toile inspirera au poète François-Xavier Garneau le poème Le dernier Huron. Pour lui aussi, l'extinction imminente de la culture huronne n'était pas sans rapport avec la disparition anticipée des francophones en Amérique du Nord à cette époque.

Louise Vigneault«Au cours de cette période, les Hurons vivent une instabilité politique importante, écrit la professeure Vigneault. Suite à l'échec d'une série de démarches entreprises depuis le dix-huitième siècle pour défendre son territoire, la communauté se tourne vers d'autres stratégies de survivance, notamment la sauvegarde de l'identité ethnique et la régénérescence sociale et culturelle. En tant que chef et “dernier Huron”, Zacharie Vincent y participe alors, de façon à la fois symbolique et active, à travers son statut exemplaire et ses productions artistiques.»

Selon cette spécialiste de l'art nord-américain, son œuvre compte trois dominantes : des autoportraits, des dessins témoignant des activités traditionnelles de son peuple et des paysages du village et des environs de la Jeune-Lorette. Il expérimente des produits aussi diversifiés que l'huile, la mine de plomb, le fusain, l'encre et l'aquarelle.

«Sa décision de s'approprier la technique picturale et le langage illusionniste lui permet de récupérer le contrôle de son image et celle de son peuple en traduisant la réalité sociale et politique de sa communauté, fait valoir Mme Vigneault. En s'appropriant la technique picturale et en assurant une large diffusion de ses œuvres, il instaure également un dialogue significatif avec la population coloniale.»

L'examen que Louise Vigneault a fait de ses toiles et dessins révèle que l'artiste autochtone s'est inspiré «des œuvres de William Bartlett (1809-1854), Cornelius Krieghoff (1815-1872), Henry Daniel Thielcke (v. 1788-1874), Théophile Hamel (1817-1870) et Eugène Hamel (1845-1932), et des gravures en circulation dans les journaux illustrés».

Dominique Nancy

Pour un avant-goût de l'ouvrage de Mme Vigneault,
consultez le fichier pdf du Canadian art Institute.