Dialogue créatif à l'Université de Montréal

  • Forum
  • Le 19 mai 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Des chercheurs de l'Université de Montréal présentent en 180 secondes leurs travaux de recherche en création.

Serge Brochu, François-Joseph Lapointe et Thierry Bardini«Je ne suis pas François-Joseph Lapointe!» a lancé François-Joseph Lapointe à l'assemblée de chercheurs réunis au Carrefour des arts et des sciences, le 1er mai, à l'occasion du «Dialogue créatif» du Vice-rectorat à la recherche, à la création et à l'innovation de l'Université de Montréal.

 

«Je suis un écosystème de microbes. Je suis un microbiome, a-t-il poursuivi en serrant la main des participants. Chaque action transforme l'individu. Cela modifie constamment son identité. Le présent est tellement fluide que le nom que nous portons est lui-même un concept artificiel, une vue de l'esprit. Je ne suis pas François-Joseph Lapointe, car 90 % de mes cellules ne sont pas humaines; 99 % de mes gènes ne sont pas humains. Je suis la somme de tous les génomes.»

En moins de trois minutes, le professeur du Département de sciences biologiques de l'Université avait fait sa présentation, qui tenait davantage de la performance oratoire que de la conférence scientifique. «C'était notre objectif. Nous voulions que nos professeurs sortent de leur zone de confort et s'octroient une totale liberté de forme», a indiqué Serge Brochu, animateur de l'activité dont il a eu l'idée afin de souligner le volet création de son unité administrative.

Quand le public pense à la création en milieu universitaire, il pense rarement à l'UdeM, note le vice-recteur adjoint à la recherche – lettres et sciences humaines. Pourtant, la création est omniprésente dans les facultés. Certaines unités s'y consacrent de façon quotidienne. D'ailleurs, les facultés de musique et de l'aménagement, ainsi que les départements de lettres étaient bien représentées à cette rencontre inhabituelle, la première du genre.

180 secondes pour tout dire

L'appel de présentations laissait la porte ouverte à toutes les possibilités. Seule contrainte : livrer le tout en moins de trois minutes. Cent quatre-vingts secondes bien comptées par un chronomètre qui sonnait la fin des discours.

Irena Latek, de l'École d'architecture, a relevé le défi. Elle a cité Charles Baudelaire en présentant des images de la vie urbaine. Le projet qu'elle mène à la Faculté de l'aménagement s'intéresse à la «dimension culturelle et politique de l'espace public».

Fondatrice du Groupe de recherche en aménagement et design, Tatjana Leblanc a montré des photos de mobilier urbain avant et après des interventions de son équipe. Ses projets de recherche mettent l'accent sur «le design inclusif, le contexte d'usage et les facteurs humains englobant la dimension perceptuelle et expérientielle».

Pour Thierry Bardini, du Département de communication, la création est nécessaire pour que la recherche émerge. Dans son projet intitulé Making Life, il utilise les matériaux vivants comme base de création. Il a mis au point une machine composée de molécules magnétiques appelée à lire l'avenir en fonction des prédictions des quidams. Si une proportion significative des molécules prennent une direction donnée, la prédiction va s'avérer. C'est une façon de se moquer de la crédulité humaine. Son instrument s'appelle Ironic Biomantic Machine.

Professeur au Département des littératures de langue française, Marcello Vitali Rosati a raconté que, dans son cours, il a demandé à ses étudiants de créer de faux profils Facebook afin de leur faire vivre une expérience de fiction qui mettrait en scène des personnages inventés interagissant avec de vrais humains. En cinq minutes, ces profils ont été bloqués. «Nous sommes suivis à la trace, contrôlés, nous vivons dans un monde affreux. Que peut faire la création? Surveiller et susciter des sourires...»

Pierre Michaud, professeur à la Faculté de musique, a décrit son laboratoire de création, mais n'a pas eu le temps de terminer sa présentation. Trois, deux, un, zéro. Fini. Plusieurs professeurs ont ainsi été interrompus par la cloche. Heureusement, ils ont pu s'expliquer plus longuement pendant une plénière.

«Peu importe la longueur du discours, les gens ne retiennent jamais plus de trois idées», a signalé Luc Courchesne, paraphrasant l'ancien président américain Bill Clinton. M. Courchesne, professeur à la retraite de la Faculté de l'aménagement, avait été invité à commenter les présentations à la manière d'un analyste sportif pendant un match de hockey.

Mathieu-Robert Sauvé