La plasticienne Louise Caouette-Laberge reconstruit les visages

  • Forum
  • Le 19 mai 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Grâce à sa fondation Mission Sourires d’Afrique, la chirurgienne Louise Caouette-Laberge soigne gratuitement les enfants nés avec une fente labiopalatine (bec-de-lièvre).

Louise Caouette-Laberge (Photo: Amélie Philibert)À son arrivée à l'hôpital Mère-Enfant le Luxembourg de Bamako (Mali), la petite Kadiatou présente une grave malformation du visage. Sa fente labiale (ou bec-de-lièvre) se double d'une ouverture du palais sous les deux narines qui, en plus de provoquer des difficultés d'alimentation et de prononciation, la condamne à des regards hostiles pour le reste de sa vie.

 

Cinq jours après une opération pratiquée par des chirurgiens canadiens de Mission Sourires d'Afrique (MSA), la cicatrisation a déjà commencé. Un an plus tard, c'est une enfant heureuse dans les bras de sa mère qui sourit au photographe. Le visage de la fillette est transformé.

C'est pour des enfants comme elle qu'une délégation d'une vingtaine de bénévoles sous la direction de la Dre Louise Caouette-Laberge, professeure à l'Université de Montréal et cofondatrice de Mission Sourires d'Afrique avec son mari, Jean-Martin Laberge, se déplace chaque année dans différents pays d'Afrique afin d'effectuer, sans frais, des opérations chirurgicales visant à redonner le sourire aux enfants. Au cours des six dernières années, ce sont plus de 400 jeunes patients qui, comme Kadiatou, ont bénéficié des soins de MSA.

«Nous ne faisons pas de miracles, seulement des interventions auprès d'enfants que nous pouvons aider», précise la chirurgienne plasticienne dans son bureau du CHU Sainte-Justine, où elle assure la clinique depuis trois décennies, en plus de son enseignement auprès des futurs médecins.

Aujourd'hui responsable du développement humanitaire au Département de chirurgie de l'UdeM, elle consacre de quatre à six semaines par année à ces voyages qui l'amènent aux confins de la brousse africaine et dans plusieurs pays d'Asie ou d'Amérique du Sud.

Distribuer les sourires

C'est à l'occasion d'une première mission en Chine en 1999, chapeautée par l'organisme américain Operation Smile, que la Dre Caouette-Laberge est initiée à l'action humanitaire dans des salles d'opération de fortune, avec les moyens du bord. Elle en revient... enchantée. «On traversait au Québec une période sombre, car une partie du personnel des hôpitaux avait été poussée à la retraite par l'État. Au retour de la mission, j'ai vu les choses différemment. Malgré ses limites, notre système m'est apparu comme très efficient. Je ne dis pas que tout est parfait, mais nous avons la chance d'exercer notre métier dans d'excellentes conditions.»

Par exemple, en Occident, les enfants qui naissent avec une fente labiale sont soignés dans les trois premiers mois de vie pour éviter que la croissance accentue la malformation. Cette anomalie qui touche environ 1 enfant sur 1000 est donc très rare dans la population scolaire. Il en va autrement des enfants de pays en développement qui n'ont pas accès aux chirurgiens. L'un des objectifs de MSA est d'ailleurs de former des intervenants sur place afin de leur permettre d'agir bien après le départ des coopérants.

Clichés tirés de l'album de photos Mission Sourires d'Afrique, de Bernard Fougères.Mission Sourires d'Afrique, c'est le fruit de la bonne volonté d'une armée de bénévoles du milieu médical (CHU Sainte-Justine, Hôpital de Montréal pour enfants, Hôpital Maisonneuve-Rosemont) mais aussi du milieu des affaires qui unissent leurs efforts pour amasser les fonds et entreprendre les campagnes de chirurgies gratuites en Afrique francophone. Recueillir chaque année les 80 000 $ nécessaires à une mission ne serait pas possible sans la collaboration de la Fondation CHU Sainte-Justine, qui a appuyé MSA dès 2006, et la participation de Smile Train, une organisation internationale qui finance également une partie de chaque mission. MSA favorise les partenariats avec les pays d'Afrique francophone et Haïti en raison de la langue de ses bénévoles. Cette particularité lui permet de communiquer avec les équipes locales et de partager ses connaissances plus facilement.

Femme de l'année 1986

Louise Caouette-Laberge s'est intéressée à la chirurgie plastique lorsqu'elle a réalisé le potentiel de la discipline en matière de santé et de qualité de vie. Habile de ses mains et avide d'apprendre, elle a été attirée par la microchirurgie dès les années 80. L'une de ses premières interventions majeures à titre de chirurgienne plasticienne a fait grand bruit. Elle était parvenue à recoudre à un enfant de huit ans son bras arraché par un véhicule à moteur à la ferme familiale. Cette histoire heureuse lui avait valu une visibilité médiatique d'un océan à l'autre. Elle s'était pliée un peu malgré elle, concède-t-elle, au cirque médiatique qui s'était organisé autour de cet évènement. «Je ne faisais que pratiquer mon métier du mieux que je pouvais.»

Proclamée personnalité de la semaine du journal La Presse en décembre 1986, elle est sacrée femme de l'année au Salon de la femme au mois de mai suivant, puis reçoit plusieurs autres hommages. Elle obtient notamment, en 1990, le prix Albert-Royer, qui souligne l'excellence d'un professeur en éducation médicale continue.

Elle évoque sa spécialité sur le plan des bienfaits qu'elle apporte aux patients du CHU Sainte-Justine. Elle apprécie de pouvoir redonner le sourire à un enfant paralysé en lui greffant au visage un muscle de la jambe ou encore de savoir utiliser les cartilages des côtes pour façonner une oreille absente. On peut lire la satisfaction sur son visage quand elle lance «Regardez-moi ces sourires!» en montrant des images des enfants opérés.

Femme plutôt discrète, elle préfère le calme feutré de son cabinet médical aux plateaux de télévision. Si elle a accepté la demande d'entrevue de Forum, c'est pour le bien de sa cause, qui gagne à être connue. D'ailleurs, on peut contribuer au financement de Mission Sourires d'Afrique en passant par son site Web. Le slogan : «Souriez don.»

Mère de quatre enfants, la Dre Caouette-Laberge est aussi grand-mère de cinq petits-enfants. Elle se consacre à son rôle de mamie avec plaisir. «L'été, je décroche complètement, confie-t-elle. Je fais du jardinage, du sport et je construis des châteaux de sable avec ma famille, que j'adore. C'est important, pour moi, de me retirer à l'occasion. Même si les besoins en chirurgie demeurent énormes.»

Mathieu-Robert Sauvé