Les marais filtrants pour traiter les eaux usées

  • Forum
  • Le 19 mai 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Une vingtaine d'experts internationaux se sont donné rendez-vous à Montréal au congrès annuel de la Société québécoise de phytotechnologie pour parler de plantes qui dépolluent.

Le système de traitement des eaux usées implanté à l'auberge Le Baluchon, en Mauricie, assainit l'ensemble des eaux du centre de villégiature. Photo : SQPLe Québec accuse du retard relativement à la décontamination des eaux par les marais filtrants artificiels. «En France, des milliers de villages traitent leurs eaux usées par ce moyen depuis que les municipalités doivent se conformer à de nouvelles normes en matière de rejet des eaux usées.

 

C'était ça ou construire à grands frais de nouvelles usines de traitement des eaux», explique Jacques Brisson, professeur au Département de sciences biologiques et chercheur à l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l'Université de Montréal. L'Angleterre et plusieurs pays d'Europe sont aussi très avancés dans ce secteur prometteur du développement durable consistant à utiliser les propriétés dépolluantes des végétaux et des microorganismes.

La Biosphère du parc Jean-Drapeau, à Montréal, a accueilli le premier projet de marais filtrants du Québec, réalisé en 1995. Photo : SQPLe fondateur de la Société québécoise de phytotechnologie, qui tient son congrès annuel les 27 et 28 mai au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, croit que les marais devraient être mis à contribution dans la décontamination des égouts des agglomérations de quelques dizaines de milliers d'habitants au Québec. «La phytotechnologie ne permettrait pas de décontaminer l'eau des Montréalais, car la surface pour ce faire serait beaucoup trop grande. Mais en région on pourrait en faire usage sur une plus large échelle.»

Lancée modestement en 2008, la Société québécoise de phytotechnologie a connu une croissance étonnante et le congrès 2015, de loin le plus ambitieux de son histoire, réunit une vingtaine de personnalités, dont l'un des gourous de la phytotechnologie, Hans Brix, de l'Université d'Aarhus, au Danemark. Pionnier de la décontamination des eaux par les marais filtrants artificiels, il a publié une centaine d'articles sur le sujet. En plus des chercheurs de l'IRBV (Mohamed Hijri, François Courchesne, Michel Labrecque et Emmanuelle Demers), des architectes paysagistes, des entrepreneurs et des responsables municipaux feront des présentations. Une demi-journée est consacrée entièrement au projet GenoRem, qui étudie la phytoremédiation jusque dans les gènes des organismes sélectionnés, soit diverses espèces et cultivars de saules en combinaison avec des champignons et des bactéries.

Jacques Bisson Hans Brix

Toits verts et autres

À son colloque annuel, la Société «aspire à montrer des projets concrets où les végétaux sont spécifiquement au cœur de la décontamination, peut-on lire dans le document de présentation. Comment se fait l'épuration par les végétaux? Agissent-ils seuls? Peut-on stimuler leur efficacité?»

L'épuration des eaux par des marais artificiels n'est qu'une application de la phytotechnologie, qui comprend également l'installation de toits verts et de murs végétalisés en architecture. On peut aussi employer les plantes pour réduire les effets des îlots de chaleur et drainer de façon naturelle les eaux de pluie.

 

Montréal pourrait d'ailleurs prendre le virage phytotechnologique de façon beaucoup plus active. «Regardez par exemple le stationnement du Jardin botanique. Comme bien d'autres, c'est un vaste espace asphalté où l'eau de pluie est drainée vers l'aqueduc municipal, engorgeant inutilement le réseau. On prévoit y aménager un grand jardin de pluie qui pourrait être pris pour modèle ailleurs.»

 

En Europe, en Asie et même plus près de nous, en Ontario, de nombreuses municipalités exigent que des murs et toits végétalisés soient intégrés à toute construction neuve. En plus d'avoir de multiples effets d'assainissement de l'environnement, la végétalisation des zones urbaines, c'est beau...

Mathieu-Robert Sauvé