Visages de l'UdeM : nouveaux portraits de chercheurs

 

À l'occasion de l'évènement Bravo à nos chercheurs, nous avons rencontré des professeurs honorés par l'UdeM. Portraits de cinq Visages de l'UdeM.

 

 

 

 

 

 

 

 

Julie Hlavacek-Larrondo, professeure au Département de physique

Vous avez un nom magnifiquement diversifié...
Mon père est Tchèque et ma mère est Chilienne. Je suis née à Calgary, mais j'ai grandi au Québec. Et mon mari est Libanais!

Cela vous irrite qu'on soulève toujours le fait que vous soyez une femme physicienne?
Ça ne m'irrite pas, non. Nous sommes seulement trois professeures dans tout le Département, alors je suis contente qu'on remarque qu'il y a davantage de femmes. Nous sommes justement en train de fonder un comité des femmes en physique à l'Université de Montréal, ce sera une première.

D'où vient votre intérêt pour la physique en général, et pour les trous noirs en particulier?
Ce sont mes professeurs de 5e secondaire qui m'ont fait découvrir la physique, dans le cadre d'un projet Expo-Science sur la téléportation. Ils m'ont tellement bien soutenue et motivée, que c'était parti pour la physique! L'astrophysique est venue plus tard, par petits morceaux. J'ai cependant un souvenir très clair d'une image du télescope Chandra qui m'a marquée. C'était en 2007, on y voyait une galaxie avec un trou noir tellement actif qu'il lançait un jet dans la galaxie voisine.

C'est cette puissance des trous noirs qui vous fascine?
Oui, c'est exactement ça! C'est tout petit, un trou noir, mais tellement massif et plein d'énergie qu'il peut complètement changer les propriétés de tout ce qui l'entoure!

Quels sont pour vous les défis du milieu de la recherche?
Dans le milieu universitaire, c'est la gestion du temps. Il faut être capable de faire de tout, et très bien! Dans le milieu de la recherche, je dirais : l'obtention des subventions. La nouvelle Chaire (Chaire de de recherche du Canada en astrophysique observationnelle des trous noirs) est donc un appui énorme qui va me permettre de lancer mon groupe de recherche.

Ce que vous appréciez le plus à l'Université de Montréal?
L'accueil. Dans mon département, je sens que tout le monde veut que je réussisse.


Carl Gagnon, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire

Pourquoi la recherche plutôt que la pratique de la médecine vétérinaire?
Mon choix était fait depuis longtemps. En fait, j'ai voulu devenir chercheur avant de devenir vétérinaire! J'ai trouvé un dessin dans un cahier de catéchèse de 2e année. J'y avais dessiné des serpentins, des microscopes, et c'était écrit « C'est ce que je veux faire plus tard. »

Vous êtes nombreux, en médecine vétérinaire, à choisir la voie de la recherche?
Très peu. Pour vous donner une idée, des 74 finissants de ma promotion, nous ne sommes que deux à nous être dirigés en recherche fondamentale.

Comment en êtes-vous arrivé à la virologie?
Quand j'ai commencé mes études supérieures, on nous avait présenté une maladie qu'on appelait la « maladie mystérieuse », aujourd'hui mieux connue sous le nom du syndrome reproducteur et respiratoire porcin. Évidemment, ma curiosité était piquée et c'est ce qui m'a motivé à poursuivre mes recherches dans ce domaine!

Vos deux filles vous perçoivent comme un professeur, un chercheur, ou un vétérinaire?
Un vétérinaire, sans aucun doute! Je devais aller en Chine récemment pour un congrès et ma fille aînée était convaincue que je partais soigner des pandas....


Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie

Qu'est-ce qui vous a mené à la recherche?
D'une certaine manière, je pense que tous les philosophes qui œuvrent dans la discipline de la philosophie politique et morale ont rencontré les problématiques politiques et morales dans leur enfance.

Pour vous, ce fut...
Je suis né au Congo, j'ai grandi en Afrique subsaharienne, au Cameroun, au Maroc, alors ça fait poser des questions. Comme le rapport entre les pays du Nord et du Sud, entre la France et l'Afrique, plus largement des questions de justice globale.

Et des questions de tolérance, votre domaine de recherche?
Effectivement, puisque ce sont des pays qui sont parfois traversés par de graves crises d'intolérance ethnique et religieuse. Je crois que fondamentalement, si j'ai fait une thèse sur la tolérance et si je m'engage aussi loin dans des travaux sur la tolérance, c'est que j'ai été marqué par l'expérience de mon enfance.

Retrouvez-vous chez vos étudiants ces intérêts de recherche motivés par des expériences personnelles?
Oui, et j'aime les questionner à ce sujet. Je me suis aperçu que leur situation d'aujourd'hui les conduit à avoir un point de vue sur le monde qui très différent de celui que j'ai pu avoir il y a quelques années. Et cette situation dans le monde, ce sont les révolutions : la Révolution arabe, Occupy Wall Street, le Printemps érable. Ces réalités façonnent leur manière de faire de la philosophie politique.

Qu'est-ce qui vous a marqué à votre arrivée à l'UdeM?
L'implication des professeurs d'université dans la société, et notamment des philosophes. On nous appelle, beaucoup plus qu'en France! Les médias québécois valorisent les intellectuels.

Qu'est-ce que cette nouvelle Chaire de recherche du Canada va changer pour vous?
D'une part, je vais devoir diriger des étudiants en équipe. Ça demande une collégialité, de travailler un peu comme un chef d'orchestre. D'autre part, il y a l'implication publique. Avec un sujet comme la tolérance, je suis très exposé...et ce n'est pas terminé!

Vos recherches sur la tolérance ont-elles fait de vous un être plus tolérant?
Absolument. Faire de la recherche, ce n'est pas simplement de transformer un sujet, mais c'est aussi de se transformer soi-même.


Isabelle Montesinos Gelet, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation

Vous venez de recevoir une reconnaissance en innovation sociale pour votre revue numérique Le Pollen. Que signifie pour vous cette reconnaissance?
C'est très important. Le Pollen est une création commune, réalisée avec Marie Dupin de Saint-André, qui a fait sa thèse de doctorat sous ma direction. Nous avions le sentiment que notre travail était reconnu à la Faculté, mais une telle reconnaissance plus large, c'est un vrai baume.

Qu'est-ce qui vous motive à poursuivre la lutte?
Nos destinataires, les enseignants.

Que leur offrez-vous par l'entremise de votre revue?
Un soutien pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture à partir des œuvres de littérature jeunesse. Utiliser l'approche à partir d'œuvres de jeunesse nécessite parfois que les enseignants abandonnent les manuels scolaires existants. Ils doivent se faire confiance, avoir foi en leur capacité à planifier leur enseignement de manière à satisfaire à toutes les prescriptions ministérielles. La revue leur offre du soutien par des planifications de cours, des manières d'exploiter des œuvres clés en main, des moyens de se former à la littérature jeunesse.

Chez vos étudiants universitaires, sentez-vous un intérêt pour la recherche?
Beaucoup. Les futurs enseignants qui s'engagent dans des processus de recherche sont très conscients des problèmes reliés à la pratique. Ce qu'ils veulent, c'est contribuer au changement. Ils ont un réel appétit de recherche!

En dehors du travail, que lisez-vous?
Puisque je passe beaucoup de temps à la lecture de thèses, de mémoires, d'articles, j'ai développé un profond intérêt pour les livres audio. J'en dévore! J'aime surtout lorsque le livre audio est lu par l'auteur.

Une suggestion?
J'ai beaucoup aimé Au revoir là-haut, lu par son auteur Pierre Lemaître.


Andrés Finzi, Professeur au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie

De gauche à droite : Maxime Veillette, doctorant, Andrés Finzi et Jonathan Richard, postdoctorant.

Que signifie pour vous votre nouvelle Chaire de recherche du Canada en entrée rétrovirale?
C'est énorme. D'une part, c'est une grande reconnaissance, et d'autre part, ça nous apporte une tranquillité qui nous permet de continuer le programme de recherche que j'ai entamé à mon arrivée en 2011.

En quoi consiste ce programme de recherche?
Grosso modo, nous essayons de mettre des bâtons dans les roues du virus pour diminuer les risques d'infection, et aussi pour aider à éradiquer l'infection chez le patient.

D'où vient cet intérêt pour le VIH?
Lorsque j'étais jeune, le VIH faisait énormément de ravage dans mon pays, l'Argentine, et la pandémie était presque à son pic. C'est un sujet qui m'a toujours passionné, particulièrement parce que le VIH s'attaque au « chef d'orchestre » du système immunitaire. C'est parmi les pathogènes les plus malins. J'ai donc commencé à travailler sur le VIH dès mes stages au baccalauréat.

Qu'avez-vous appris au sujet du VIH que vous ne soupçonniez pas aux débuts de vos recherches?
Ce virus est comme une petite horloge suisse : la mécanique est parfaite. Mais récemment, les travaux de Maxime ont permis de constater que la plupart des personnes infectées possèdent les anticorps avec le potentiel de tuer la cellule infectée. Il suffit de leur donner un coup de main. Et ça, ça m'a surpris!

Qu'est-ce qui vous a attiré à Montréal?
La vie scientifique à Montréal est excellente. Je dois dire que sans les infrastructures du Centre de recherche du CHUM, je ne serais peut-être pas revenu au Canada. Mais lorsqu'on m'a offert la possibilité de revenir ici et que j'ai vu les plans du laboratoire, mon choix était fait. Et évidemment, le Québec est l'endroit idéal pour élever ma famille.

 

Marilou Garon
Photos : Amélie Philibert