Trajet vers le travail : le métro est moins stressant!

  • Forum
  • Le 25 mai 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Se rendre tous les matins au boulot n'est pas toujours de tout repos. Les conditions de déplacement entre le domicile et le travail peuvent influer sur l'épuisement professionnel.

La durée des trajets entre la maison et le travail, la distance parcourue, le moyen de transport utilisé et la congestion routière sont des facteurs de stress qui peuvent nuire à l'efficacité au travail et même conduire à l'épuisement professionnel.

 

La durée des trajets entre la maison et le travail, la distance parcourue, le moyen de transport utilisé et la congestion routière sont des facteurs de stress qui peuvent nuire à l'efficacité au travail et même conduire à l'épuisement professionnel.

 

 

«Une corrélation existe entre ces marqueurs de stress et la propension à souffrir d'épuisement professionnel. Mais leur portée varie en fonction des individus, des conditions relatives aux déplacements et du lieu où les gens travaillent», affirme Annie Barreck.

L'étudiante au doctorat de l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal présentera au 83e Congrès de l'Acfas les données de son étude sur le navettage et l'épuisement professionnel selon les régions urbaines et rurales du Québec. Ses analyses prennent en considération diverses conditions du navettage, dont le type de transport (auto, métro, autobus, vélo...), qu'elle met en relation avec trois dimensions de l'épuisement professionnel (épuisement émotionnel, cynisme et efficacité professionnelle), mesuré grâce au questionnaire Maslah Burnout Inventory General Survey.

Pour ce faire, elle a sondé le bien-être de 1942 personnes, âgées de 17 à 69 ans, travaillant dans 63 établissements de la province à partir des données du sondage canadien SALVEO, réalisé par l'Équipe de recherche sur le travail et la santé mentale. Les résultats de ses travaux dirigés par le professeur Alain Marchand confirment un lien significatif entre le navettage (défini comme le trajet quotidien accompli entre le domicile et le travail) et les symptômes d'épuisement professionnel, ce qui n'avait jamais été fait auparavant auprès d'un aussi vaste échantillon de la main-d'œuvre québécoise.

Un sentiment de contrôle

Comme le veut la croyance populaire, les longs trajets en voiture sont plus stressants pour les travailleurs qui se rendent dans de grands milieux urbains tels Montréal ou Québec. «Ceux qui se dirigent vers des milieux ruraux ou même vers de petites régions urbaines comme Longueuil ou Laval ressentent moins de stress», indique Annie Barreck, peu étonnée de l'influence de la congestion routière sur l'épuisement professionnel. La chercheuse précise que les passagers ont tendance à ressentir encore plus d'anxiété que les conducteurs. «Le covoiturage réduit le sentiment de contrôle des passagers, ce qui leur cause davantage de stress avant d'arriver au boulot», dit-elle.

Annie Barreck, étudiante au doctorat de l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal. Photo : Amélie PhilibertLes employés qui doivent effectuer de longs trajets en transport en commun vers les milieux ruraux éprouvent aussi le sentiment d'être moins efficace au travail. Ce phénomène s'explique, selon Annie Barreck, par le fait que «les transports en commun impliquent des changements d'autobus ou de train dans des régions qui ont tendance à être moins bien desservies sur ce plan, ce qui accroît le risque de délais imprévisibles et incontrôlables et entraîne un stress qui se répercute ensuite dans le travail», mentionne-t-elle. Par comparaison, les travailleurs des grandes régions urbaines utilisateurs du métro et des autobus auraient un meilleur sentiment de contrôle sur leurs déplacements compte tenu du choix du service et des horaires de passage. Résultat? Ils ont moins tendance à avoir des symtômes d'épuisement professionnel.

Pour les salariés qui se déplacent à pied ou à vélo, l'effet de la durée des trajets sur l'efficacité au travail est également modéré par la région où ils gagnent leur vie. Par exemple, parcourir plus de 10 kilomètres en vélo pour se rendre à son travail à Pointe-Claire (petite région urbaine) ne rendra pas l'employé plus performant dans ses tâches. Au contraire.

Selon les données de la chercheuse, les trajets à vélo ou à pied dans les petites régions urbaines sont plus anxiogènes. «Pourquoi? Parce qu'ils suscitent un moins grand sentiment de contrôle, signale-t-elle. Cyclistes et marcheurs des grands centres urbains ont accès à plus d'installations sécuritaires telles que des passages pour piétons et des pistes cyclables. Cette situation procure un sentiment de contrôle sur leurs conditions de navettage qui est plus grand que dans les petites régions urbaines, où la circulation routière est plus dense depuis une vingtaine d'années, puisque de nombreuses entreprises s'y sont établies.»

«Parallèlement, les cyclistes et les marcheurs des régions rurales se déplacent sur des routes de campagne qui sont plus calmes, ajoute la chercheuse. Les trajets sont donc moins stressants et procurent un niveau plus élevé de contrôle.»

35 minutes max!

Annie Barreck conclut que toutes les conditions de navettage ne mènent pas à l'épuisement professionnel, un état d'affaiblissement vital qui coûte cher à la société. «Les effets de la durée du trajet sur la santé psychologique varient selon le moyen de transport utilisé et la région où l'on travaille», résume-t-elle. De façon générale, le seuil acceptable est évalué à 20 minutes de route. Au-delà, le risque d'épuisement professionnel augmente significativement. Or, les salariés prennent en moyenne 32 minutes pour se rendre à leur lieu de travail. Plus de 35 minutes, c'est le degré de cynisme envers l'emploi qui grimpe, peu importe qu'on soit conducteur ou passager...

La chercheuse invite donc les organisations à établir des pratiques de gestion flexibles à l'égard des modes de déplacement des employés. «Grâce à de telles pratiques de gestion, l'efficacité des employés serait accrue, et elles permettraient de plus aux organisations d'attirer ou de retenir des travailleurs, souligne-t-elle. Dans un contexte de rareté de la main-d'œuvre, les employeurs ont tout à gagner à se soucier de la santé psychologique des travailleurs qu'ils embauchent.»