Satan veut me posséder!

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  • Le 27 mai 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Une étude analyse le contenu des pires cauchemars des jeunes hommes et femmes. Une convergence entre les sexes a été observée.

Les forces maléfiques et les créatures diaboliques sont les principaux éléments dominants des pires cauchemars des jeunes hommes et femmes. Photo : Thinkstock.Les forces maléfiques et les créatures diaboliques sont les principaux éléments dominants des pires cauchemars des jeunes hommes et femmes. «Satan apparaît dans ma chambre et veut prendre possession de mon corps. Je veux crier! Mais aucun son ne sort de ma bouche... Je me réveille en sueur au milieu de la nuit», décrit une femme de 23 ans au sujet du plus effrayant cauchemar de sa vie.

Ce récit est tiré d'une base de données constituée par le professeur Antonio Zadra, spécialiste international des rêves et du somnambulisme, qui a demandé à 156 adultes âgés en moyenne de 25 ans de raconter leur rêve le plus horrible. Pour plusieurs d'entre eux, la trace du mauvais souvenir nocturne remontait à leur adolescence ou à leur enfance, deux périodes propices aux cauchemars.

Alexandra Duquette. Photo : Amélie PhilibertAlexandra Duquette, une finissante du baccalauréat en psychologie de l'Université de Montréal, a décortiqué tous ces récits, qui se trouvent aujourd'hui dans un immense «classeur de rêves» au laboratoire de recherche de M. Zadra. L'analyse du contenu de ces cauchemars, intenses et troublants, qui avaient suscité le réveil des dormeurs révèle une faible différence intersexe contrairement aux scénarios des mauvais rêves «ordinaires», moins chargés émotivement, et des cauchemars usuels. «La présence de démons et de mauvais esprits est le thème le plus courant des pires cauchemars, peu importe le sexe. Hommes et femmes rêvent aussi qu'ils sont poursuivis et physiquement agressés», affirme l'étudiante.

Elle a fait une présentation par affiche des résultats de son étude le 25 mai à Rimouski, à l'occasion du 83e Congrès de l'Association francophone pour le savoir ? Acfas.

Pires cauchemars = contenus oniriques restreints

Menée au cheminement honor, sa recherche fait apparaître des détails inédits associés aux cauchemars les plus terribles. L'éventail de leurs contenus serait beaucoup plus restreint comparativement aux cauchemars idiopathiques (sans cause pathologique sous-jacente), qui touchent environ cinq pour cent de la population adulte nord-américaine. Seulement trois thèmes sont récurrents : la présence d'une force démoniaque, être pourchassé et se faire attaquer. Des scénarios semblables à ceux des films d'horreur, quoi!

Par contre, la convergence entre les sexes est plus grande. «Dans les cauchemars habituels, les contenus sont plus diversifiés et les hommes et les femmes ne rêvent pas des mêmes choses», indique Alexandra Duquette. Monsieur se bat, souvent seul, contre les catastrophes naturelles et les agresseurs qui le poursuivent alors que madame tente deux fois plus de surmonter des conflits interpersonnels.

La jeune chercheuse précise que les tremblements de terre et les ouragans peuvent aussi figurer dans la catégorie des «pires cauchemars» des hommes, mais ce thème ne revient pas aussi souvent. Les femmes, qui rapportent faire plus de cauchemars que les hommes, sont par ailleurs plus nombreuses à nouer des relations amicales dans les bras de Morphée et à voir, subitement, surgir un adjuvant... Avant que le mauvais rêve tourne au vinaigre.

Une façon quasi automatique de réagir en situation de danger? «Les rêveurs sont sauvés ou parviennent à reprendre le contrôle de la situation dans environ 20 % des mauvais rêves, explique Alexandra Duquette. Plus de 85 % des dormeurs se réveillent dans leur cauchemar le plus affreux juste avant le dénouement, lorsque l'ennemi va les tuer par exemple, parce que l'issue est négative et l'intensité émotionnelle trop grande.»