Les abeilles domestiques disparaîtront-elles?

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  • Le 29 mai 2015

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Un parasite attaque de façon virulente les abeilles domestiques. Un vétérinaire de l'UdeM cherche des solutions durables.

Depuis une trentaine d'années, l'acarien Varroa destructor, un parasite de l'abeille Apis mellifera, sème la mort dans les ruches partout sur la planète. Illustration : Benoît Gougeon

Depuis une trentaine d'années, l'acarien Varroa destructor, un parasite de l'abeille Apis mellifera, sème la mort dans les ruches partout sur la planète. La menace que fait peser sur l'agriculture la disparition des abeilles domestiques plane-t-elle toujours?

 «Le parasite est là pour de bon et l'on ne pourra probablement jamais l'éliminer. Il faut tenter d'en diminuer les effets», affirme le Dr Pascal Dubreuil, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Ses travaux de recherche menés en collaboration avec des chercheurs du Centre de recherche en sciences animales de Deschambault ont contribué à l'élaboration d'une stratégie de lutte intégrée aujourd'hui déployée au Québec et au Canada.

Originaire d'Asie, Varroa destructor s'est répandu dans le monde principalement en raison du commerce des reines et de paquets d'abeilles. Au Québec, les premières infestations datent de 1997, raconte le vétérinaire, dont les parents étaient apiculteurs. «L'acarien se reproduit en même temps que les abeilles et vit sur leur dos, explique-t-il. Les abeilles peuvent le tolérer, mais au-delà d'un certain degré d'infestation la ruche est vouée à la mort.»

Au début, les apiculteurs ont circonscrit cette peste à l'aide d'acaricides appelés Apistan. Mais l'utilisation annuelle répétée de ce produit a provoqué une résistance chez le parasite, ce qui aurait entraîné l'élimination au Québec d'environ 50 % des colonies d'abeilles domestiques lors de l'hivernage de 2002-2003. L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada a homologué l'utilisation d'urgence et temporaire de pesticides. Plusieurs moyens de lutte ont depuis été mis en place pour contenir l'action dévastatrice de Varroa destructor.

«Actuellement, les apiculteurs surveillent leur cheptel grâce au dépistage et à l'établissement des niveaux d'infestation, dit le Dr Dubreuil. Au-delà d'un certain seuil, ils se doivent de freiner la multiplication du parasite à l'aide de nouveaux acaricides tels que les acides oxalique ou formique ou encore des huiles essentielles comme le thymol, un extrait d'huile de thym.» Ces produits donnent de bons résultats, mais doivent être utilisés avec prudence et à un moment bien précis. «Les traitements sont appliqués à l'automne, une fois que le miel est retiré des ruchers, afin qu'on ne retrouve pas de résidus dans le miel», précise le professeur Dubreuil.

À son avis, nous avons toujours de quoi être préoccupés. Il manque dans plusieurs régions du globe plus de la moitié des abeilles nécessaires au maintien des rendements agricoles. De plus, l'intensification des monocultures amène un autre problème, soit la malnutrition des abeilles. «Si vous mangez des bananes 365 jours par année, vous allez survivre, mais je ne sais pas quel sera alors votre état de santé! C'est la même chose pour une abeille qui ne peut butiner que des fleurs de bleuets», cite en exemple le Dr Dubreuil.

Conséquence? Apis mellifera pourrait être plus vulnérable ou sensible à l'infestation du parasite mortel. Cette abeille, qui n'est pas une espèce indigène au Québec, est déjà victime des pesticides (dont les néonicotinoïdes utilisés dans la culture du maïs et du soya), des maladies virales et bactériennes qui se propagent à cause de la grande proximité des ruches et de l'homogénéité génétique de l'insecte. Pour contrer la malnutrition, les apiculteurs donnent des suppléments de pollen à leurs colonies.

Les abeilles sont indispensables à notre survie, rappelle Pascal Dubreuil. Sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits ni de légumes. «Environ 70 % de ce qu'on mange provient de la pollinisation par les insectes, incluant les abeilles.» Lorsque les abeilles manquent à l'appel, c'est la panique. Une solution commune de nos jours est de louer des ruches itinérantes au moment de la floraison. C'est notamment le cas en Californie, où chaque année sont acheminées par camions près de deux millions de ruches pour la fécondation des amandiers. Au Québec, les apiculteurs sont de plus en plus nombreux à déplacer leurs ruches pour aider à la pollinisation. «Mon frère est apiculteur, mentionne le Dr Dubreuil. Son argent, il le gagne à présent en louant ses ruches plus qu'en vendant son miel.»