Santé mentale : il faut accroître le soutien aux étudiants, selon l'ombudsman de l'UdeM

  • Forum
  • Le 9 juillet 2015

  • Martin LaSalle

En 5 secondes

Dans son dernier rapport annuel, l’ombudsman de l’Université de Montréal émet des recommandations pour que l’institution accroisse le soutien aux étudiants ayant des problèmes de santé mentale.

Pascale Descary. Photo : Amélie Philibert.Les problèmes de santé mentale vécus par les étudiants sont en hausse et, selon l'ombudsman de l'Université de Montréal, il importe d'accroître le soutien qui est déjà offert à cette clientèle, notamment en formant le personnel qui l'accueille ou la côtoie régulièrement.

C'est là l'une des recommandations du rapport annuel 2013-2014 de l'ombudsman de l'UdeM, récemment déposé au Conseil de l'Université.

«Nous avons fait ce constat dans le cadre des interventions que nous avons menées à la suite des demandes d'assistance de plus en plus nombreuses formulées par des étudiants qui présentent des problèmes de santé mentale ou par des gestionnaires demandant notre appui à cet égard», indique l'ombudsman Pascale Descary.

Cette tendance se manifeste également dans d'autres établissements d'enseignement postsecondaires au Québec et au Canada, tel que l'ont fait dernièrement ressortir des échanges au sein de l'Association des ombudsmans des universités du Québec et de Universités Canada (Association des universités et collèges du Canada), dont fait partie Mme Descary.

Le début des études universitaires est une étape importante pour les jeunes adultes et certains éprouvent plus de difficultés que d'autres à s'y adapter – dont des nouveaux étudiants étrangers qui ont un réseau de soutien limité. Ces difficultés peuvent engendrer du stress, de l'anxiété, une détresse psychologique et même la dépression, ou encore exacerber les symptômes chez ceux ayant reçu un diagnostic de trouble mental.

À cet égard, Mme Descary tient à souligner l'attention que prête l'administration de l'UdeM au bien-être et à la santé mentale de ses étudiants. Elle cite en exemple «l'excellent travail réalisé auprès de cette clientèle vulnérable par les services que sont le Soutien aux étudiants en situation de handicap (SESH), le Centre étudiant de soutien à la réussite (CESAR), le Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP), le Bureau d'intervention en matière de harcèlement (BIMH) et la Direction de la prévention et de la sécurité (DPS)».

Dépister en amont les étudiants en difficulté

Très souvent, les étudiants aux prises avec un problème de santé mentale ne reconnaissent pas eux-mêmes leur état fragilisé ni leur dysfonctionnement.

«Ils vont souvent persister à poursuivre leurs études en espérant une amélioration de la situation, sans consulter les ressources appropriées ni recevoir l'aide dont ils auraient besoin : des recherches montrent qu'environ la moitié des personnes vivant des problèmes de santé mentale sérieux ne croient pas qu'elles sont malades», précise Pascale Descary.

Et, dans d'autres cas, des considérations d'ordre culturel – telle la honte d'admettre devant un étranger qu'on ne parvient pas à surmonter les embûches – expliqueraient l'absence de consultation.

«Les étudiants en difficulté vivent souvent des échecs à répétition et sont parfois même exclus de leur programme d'études, en plus d'avoir une agence de recouvrement à leurs trousses pour leur faire payer leurs droits de scolarité, ce qui a pour effet d'augmenter leur stress et de renforcer leur sentiment d'être victimes d'injustice et de discrimination», confie l'ombudsman de l'Université.

Aussi Mme Descary recommande-t-elle que le personnel qui traite au quotidien avec les étudiants – techniciens en gestion des dossiers étudiants, responsables de programme et enseignants – reçoivent une formation pour reconnaître et aider un étudiant en difficulté et favoriser sa réussite.

«Nous proposons de travailler davantage en amont, en développant un meilleur arrimage entre les études et les services de soutien afin de dépister les cas problèmes le plus tôt possible et de réagir de manière efficace avant que la situation s'aggrave, dit Mme Descary. Les employés de première ligne sont en meilleure position pour observer et noter les comportements susceptibles d'être liés à des problèmes de santé mentale chez les étudiants.»

À cet égard, l'ombudsman de l'UdeM suggère la création d'un groupe de travail dont le mandat consisterait à établir un plan stratégique. Ce groupe de travail verrait aussi à mettre en place des mécanismes de collaboration accrue entre les différents partenaires, ainsi que des mesures concrètes pour améliorer le soutien aux étudiants qui souffrent d'un problème de santé mentale.

On peut consulter en ligne, et dans son intégralité, le rapport annuel 2013-2014.

Soutien aux médecins résidents en difficulté

Par ailleurs, l'ombudsman a accordé une attention particulière aux problèmes vécus par les résidents en difficulté : en mars dernier, elle a déposé un rapport spécial au Vice-décanat aux études médicales postdoctorales de la Faculté de médecine.

Ce rapport faisait suite à une demande d'intervention auprès de l'ombusdman, à l'été 2013, par la famille d'une résidente de l'UdeM qui a mis fin à ses jours dans une période de grande détresse psychologique, alors qu'elle était sur le point de terminer ses études postdoctorales. Mme Descary a abordé ce dossier de manière systémique en brossant un tableau plus large de la situation des résidents en difficulté et en formant des recommandations destinées à améliorer les mécanismes existants pour les soutenir.

On peut lire en ligne ce rapport intitulé Soutien aux résidents en difficulté : constats et recommandation.

L'année 2013-2014 de l'ombudsman, en bref

  • Au cours de l'exercice 2013-2014, 827 demandes ont été formulées au bureau de l'ombudsman, soit l'équivalent de 69 par mois en moyenne. À noter que, pendant la dernière décennie, l'ombudsman a reçu une moyenne de 743 demandes annuellement.
  • Environ 1 % de l'ensemble des étudiants fait appel aux services de l'ombudsman. Les étudiants forment d'ailleurs 77 % de sa clientèle, les autres demandes provenant notamment du personnel de l'Université. 
  • Les questions relatives aux études concernent 55 % des demandes et 15 % ont trait aux aspects financiers. Les dossiers se rapportant aux relations de travail, aux relations interpersonnelles, aux relations avec les services et ceux en matière de droits et libertés de la personne représentent chacun environ 4 % des demandes.
  • Les consultations comptent pour 76 % des demandes, tandis que 15 % donnent lieu à une enquête (79% de ces dernières sont fondées ou partiellement fondées et 20% ne le sont pas). Les autres demandes sont soit abandonnées ou ne relèvent pas de l'ombudsman.
  • Près de 75 % des demandes sont traitées dans un délai de deux à sept jours – 28 % le sont le jour même de leur réception! Moins de 10 % requièrent un délai de plus 30 jours.
  • La clientèle se dit satisfaite des services de l'ombudsman dans une proportion de 79 %, tandis que 15 % des demandeurs n'ont formulé aucun commentaire. Moins de 1 % a fait des commentaires négatifs.