Un chercheur détecte des traces du VIH dans la ville

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Gabriel Girard, chercheur à l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal, démontre l'influence du VIH sur la géographie urbaine.

Une fresque murale située à l'angle Wolfe/Ste-Catherine qui reprend une citation de Ron Fahra, fondateur d'une fondation d'aide aux hommes, femmes et enfants vivant avec le VIH/SIDA. Photo : Gabriel Girard, Université de Montréal.Grâce aux traitements disponibles, on parle de rendre le VIH «indétectable» et de réduire ainsi radicalement les risques de transmission. Or, l'épidémie reste fortement présente dans le quotidien de nombreux hommes gais et bisexuels... et dans l'espace public. Voici une dimension de la maladie souvent occultée qui a été mise en lumière par Gabriel Girard de l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal (IRSPUM) : son inscription dans la ville, et en particulier dans le Village, le quartier gai de Montréal.

«L'intérêt pour ces traces urbaines permet d'éclairer des réalités sociales et historiques : dans ce cas-ci, ceux de l'épidémie du VIH, à l'heure où le sida est moins présent dans l'actualité,» explique ce sociologue et stagiaire post-doctoral qui a présenté sa recherche le 28 mai au colloque de l'AMADES (Anthropologie Médicale Appliquée au Développement et à la Santé) à Ottawa.

Intervenant autour du thème «Ce que guérir veut dire», M. Girard a démontré les traces notables dans le paysage urbain, parfois méconnues, laissées par la mobilisation communautaire face au VIH. «L'exemple le plus évident est celui du Parc de l'espoir, situé à l'angle Panet/Ste-Catherine. L'existence de ce lieu est le fruit d'une lutte, menée par Act Up Montréal, pour faire exister dans la ville un lieu de commémoration et de souvenir des personnes mortes du sida au Québec, explique-t-il. Il faudra plusieurs années avant que la ville n'officialise la fonction du parc, en 1996.» Il cite également l'exemple du parc Raymond Blain, qui, comme la plaque qui y est érigée l'indique, porte le nom d'un élu municipal, notamment impliqué dans la lutte contre l'épidémie, décédé du sida en 1992, ou la création d'une fresque murale située à l'angle Wolfe/Ste-Catherine qui reprend une citation de Ron Fahra, fondateur d'une fondation d'aide aux hommes, femmes et enfants vivant avec le VIH/SIDA.

La présence urbaine du VIH est également l'affaire des locaux communautaires ou de soins, qui sont nombreux dans le périmètre du quartier, tels que les cliniques l'Actuel et du Quartier Latin, les organismes comme RÉZO ou La Maison Plein Coeur. D'autres traces recensées par M. Girard sont moins visibles : «La chapelle de l'espoir, située dans l'Église St Pierre-Apôtre à l'angle de la Visitation et René-Lévesque, constitue un lieu de recueillement et une flamme y brûle depuis le 22 juillet 1996 à la mémoire des victimes du sida,» indique-t-il. En effet, la recherche des traces urbaines passe aussi par l'analyse de la réappropriation de l'espace public. «Le Parc de l'Espoir voit se tenir chaque année une vigile au moment du 1er décembre, journée mondiale contre le sida. Et à la fin septembre, la Marche organisée par la Fondation FARHA se déroule principalement dans les rues du Village. Ces deux évènements constituent aujourd'hui les seules manifestations publiques en lien avec le VIH à Montréal,» souligne M. Girard.

Son analyse croise l'histoire de la présence gaie et lesbienne dans le Centre-Sud de Montréal avec l'histoire des mobilisations contre le VIH. «Mener une telle enquête, c'est envisager une palette d'émotions diverses, suscitées par les traces urbaines : la colère et l'indignation, mais aussi la tristesse et la mélancolie, qu'un lieu comme le Parc de l'Espoir condense à lui seul. Mais ces traces du VIH dans le quartier reflètent également l'espoir, mis en mots par la citation de la peinture murale : le sida disparaitra un jour. Une phrase qui prend une signification particulière à l'heure des projets d'éradication du virus, relate M. Girard. Enfin, les empreintes du VIH suscitent également la nostalgie : celle d'un quartier en mutation, mais aussi celle d'une époque où la communauté gaie pouvait apparaître plus solidaire face au sida.»

L'intérêt actuel pour cette période sombre de l'épidémie, notamment au cinéma, est une chose positive dans la mesure qu'elle contribue au travail de mémoire collectif de la communauté gaie, lesbienne et transgenre. Or, le chercheur croit aussi que cette nostalgie pourrait occulter les complexités de la situation actuelle. «C'est un récit des années 1980 et de la mobilisation homosexuelle face au sida qui s'écrit. Entre fascination, transmission de flambeau et compassion, cette histoire tend parfois à effacer les enjeux actuels de l'épidémie. Si l'urgence n'est plus la même au Nord, les situations problématiques sont encore nombreuses et nous ne sommes jamais à l'abri de reculs pour des droits acquis de haute lutte,»  explique-t-il, tout en soulignant que la «géographie sociale du VIH gagnerait à être travaillée de manière plus systématique.»

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