Naufrages sur le Saint-Laurent: à la découverte du patrimoine subaquatique de la Côte-Nord

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Des archéologues de l’UdeM et des plongeurs de la Côte-Nord font équipe pour explorer des épaves historiques.

Le Sainte-Anne, le Emma, le Magnolia, la Vigie... sont les noms d'un vaisseau, d'un brick, d'un clipper et d'une goélette ayant tous sombré dans les eaux nord-côtières du Saint-Laurent entre 1704 et 1916. Ils font aussi partie de la quinzaine d'épaves qui seront explorées et documentées par une équipe de chercheurs-archéologues et de plongeurs au cours de l'été.

En collaboration avec Archéo-Mamu Côte-Nord, organisme œuvrant à la conservation et la mise en valeur du patrimoine archéologique de la Côte-Nord, deux étudiants aux cycles supérieurs et chercheurs en archéologie à l'Université de Montréal, Vincent Delmas et Mathieu Mercier Gingras, encadreront une équipe de plongeurs récréatifs du Groupe de préservation des vestiges subaquatiques de Manicouagan (GPVSM) afin de documenter l'état de préservation de plus d'une quinzaine d'épaves historiques du Saint-Laurent à la hauteur de Baie-Comeau. Du 21 août au 10 septembre, des plongées sont prévues sur les sites des épaves afin de dresser un inventaire le plus complet possible. Cet inventaire sera ensuite consigné dans un rapport qui sera remis au ministère de la Culture et des Communications du Québec.

«Le littoral nord-côtier du Saint?Laurent a une longue histoire maritime remontant aussi loin que le 16e siècle et témoignant des guerres coloniales, de l'histoire de la navigation sur le fleuve et de rencontres culturelles qui y ont eu lieu, explique François Guindon, directeur général d'Archéo-Mamu. Dans notre région, le fleuve connaît des conditions particulières qui ont contribué à de nombreux naufrages, d'où la richesse de notre patrimoine archéologique subaquatique, pourtant attaqué par des collectionneurs peu scrupuleux qui pillent ces sites. Par ce projet, nous espérons documenter ce qui est encore là, peut-être même faire de nouvelles découvertes, et surtout sensibiliser la population à l'importance de préserver l'intégrité des épaves en évitant de rapporter un petit souvenir de leur plongée à la maison.»

Quand des archéologues rencontrent des plongeurs

«Notre rôle, à Mathieu et moi-même, est de transmettre nos connaissances en archéologie subaquatique aux plongeurs du GVPSM, explique l'archéologue de l'UdeM Vincent Delmas. Mais c'est loin d'être un transfert à sens unique, insiste le chercheur. Le plus grand bagage de connaissances - géographie de la région, fonds-marins, courants, répertoire et localisation des épaves, écueils particuliers -, ce sont les plongeurs nord-côtiers qui en sont les détenteurs. Leur participation est essentielle pour mener à bien ce projet.»

«Des milliers de naufrages ont eu lieu dans les eaux du Québec et moins d'une centaine d'épaves ont pu être localisées et étudiées par des archéologues pour compléter l'histoire. Maintenant, les plongeurs récréatifs découvrent de nouvelles épaves inexplorées chaque année, poursuit son collègue archéologue, Mathieu Mercier Gingras. C'est intéressant de participer à un projet de coopération entre les groupes de plongeurs et les archéologues. Je suis heureux de pouvoir aider les plongeurs de la Côte-Nord dans leurs efforts pour la protection du patrimoine maritime.»

Documenter notre passé, tout en le préservant pour l'avenir

Ceux qui imaginent l'équipe d'archéologues et de plongeurs remontant à la surface avec de spectaculaires artefacts – pistolets, épées, bijoux, écus d'or, vêtements, vaisselle, coutellerie, etc. – comme ce fut le cas lors de la fouille du Elizabeth and Mary en 1996, risquent de rester sur leur faim. «Le but de notre projet n'est pas de ramener des artefacts à la surface, mais d'explorer les sites des épaves, en évitant de détériorer les lieux, précise Vincent Delmas.»

 

 

À propos des archéologues de l'UdeM

 Vincent Delmas est historien médiéviste de formation. Il a bifurqué vers l'archéologie après des recherches historiques et archéologiques sur le terrain en France et a alors choisi le Québec et l'Université de Montréal pour poursuivre des études de doctorat. Son projet de thèse porte sur les sites archéologiques basques de chasse à la baleine du Labrador et du Québec, d'où son intérêt et sa spécialisation en archéologie subaquatique. Son coéquipier dans le cadre de ce projet, Mathieu Mercier Gingras, est quant à lui étudiant à la maîtrise en archéologie et mène des recherches sur l'épave d'un navire français ayant sombré dans le Saint-Laurent alors qu'il était en route pour secourir Québec avec renforts militaires et provisions lors de la conquête anglaise en 1759.

Vincent Delmas et  Mathieu Mercier Gingras sont dirigés dans leurs recherches par Brad Loewen, professeur titulaire au Département d'anthropologie de l'UdeM et spécialiste reconnu en archéologie subaquatique.

Financement du projet

Ce projet de documentation d'épaves historiques est financé par le Groupe de recherche ArchéoScience - ArchéoSociale (AS2) de l'Université de Montréal, lui-même financé par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC); et par Archéo-Mamu Côte-Nord, qui est financé par l'entente administrative destinée à la préservation du patrimoine archéologique de la Côte-Nord regroupant le ministère de la Culture et des Communications du Québec,  la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord et le Musée régional de la Côte-Nord.