60 ans de traduction à l'UdeM

  • Forum
  • Le 17 août 2015

  • Dominique Nancy
Georges Bastin.

Georges Bastin.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

Pour célébrer le 60e anniversaire de la revue Meta, le Département de linguistique et de traduction organise un colloque.

Alors que la télévision envahit les foyers québécois, l'Association canadienne des traducteurs diplômés lance discrètement en 1955 le Journal des traducteurs. Soixante ans plus tard, le périodique consacré à la recherche en traduction et en interprétation fait partie des meilleures publications savantes en sciences humaines. «C'est la plus ancienne revue universitaire en traductologie et terminologie dans le monde», affirme son directeur actuel, le professeur Georges Bastin.

Dans les annales de la revue, 1967 restera une date mémorable. Le Journal des traducteurs devient Meta, une revue universitaire internationale avec comité de pairs publiée aux Presses de l'Université de Montréal. La publication acquerra lentement ses lettres de noblesse. Revue de qualité, bien établie et respectée par les pairs, Meta est cotée A par la Fondation européenne de la science. Ce classement répond à des critères exigeants, validés par des spécialistes d'une trentaine de pays.Meta, dont le nom est toujours accompagné du sous-titre Journal des traducteurs, produit trois numéros, bon an, mal an, dont une édition spéciale thématique. Cela représente quelque 750 pages d'articles scientifiques annuellement.

Traducteur spécialisé en histoire de la traduction, né en Belgique et engagé par le Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal en 1998, Georges Bastin attache beaucoup d'importance au 60e anniversaire de la revue. «De nos jours, il est presque impensable de déposer une thèse en linguistique ou en traduction sans citer au moins un article de ce périodique», indique celui qui a pris la barre de la revue l'an dernier.

Pour marquer cet anniversaire, le département a organisé un colloque international qui aura lieu du 19 au 21 août au Carrefour des arts et des sciences de l'UdeM. Sur le thème «Les horizons de la traduction : retour vers le futur», il retracera le parcours de cette revue qui est passée à travers les épreuves du temps et réunira 75 spécialistes qui travaillent dans différentes sphères de la traductologie. Venant d'une cinquantaine d'universités des quatre coins du monde, ces traducteurs, terminologues, rédacteurs, lexicographes et linguistes présenteront des communications qui traitent de recherches de pointe dans le domaine : théories de la traduction, pédagogie, stylistique, études terminologiques et linguistiques, etc. Parmi les conférenciers, il faut mentionner les chercheurs chevronnés Lieven D'hulst (Belgique), Amparo Hurtado (Espagne), Rachel Lung (Hong Kong) et Sylvie Vandaele (Montréal).

Par la qualité des invités, ce colloque constituera un point de repère pour les études en traduction, terminologie et interprétation. «Il ne permettra pas de faire un bilan exhaustif des acquis, mais nous pourrons sans doute repérer les principaux jalons, les concepts clés, les approches essentielles et les auteurs représentatifs qui ont élargi les horizons de la discipline et lui ont ouvert la voie du futur», fait valoir Georges Bastin.

La technologie, une alliée de l'édition savante

À l'ère de l'électronique, il est étonnant que la publication, qui paraît en français, en anglais et en espagnol, existe toujours dans sa version papier. «La revue atteint un tirage de 350 exemplaires par numéro et quelque 300 000 visiteurs par an cliquent sur les pages de Meta. C'est considérable en matière d'édition savante», note le professeur Bastin.

Depuis 2003, les articles, ainsi que les instructions aux auteurs et aux évaluateurs, peuvent être consultés sur la plateforme d'Érudit. Cela nécessite un abonnement pour les deux dernières années, mais l'accès aux archives datant de plus de deux ans est sans frais. «La barrière mobile de deux ans passera à un an en 2016 et le périodique sera en accès libre dans un proche avenir», précise Georges Bastin, qui a succédé à la professeure Sylvie Vandaele, directrice de la revue de 2007 à 2014. C'est grâce à André Clas, professeur émérite de l'UdeM, si le savoir contenu dans Meta a été rendu accessible sous forme électronique. À la tête du périodique durant 40 années, l'ancien directeur a su faire de la technologie une alliée de l'édition savante. Avec l'aide d'agents de recherche, M. Clas est parvenu à numériser l'ensemble des archives constituées depuis son arrivée en fonction, en 1967. Aujourd'hui, la revue, qui est financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le Fonds de recherche du Québec ‒ Société et culture, est un outil d'information utilisé partout dans le monde. Les données de consultation du site Érudit révèlent que plus d'un million de pages de Meta sont visitées par année, ce qui en fait la publication scientifique la plus consultée depuis l'étranger.

Meta, revue universitaire internationale avec comité de pairs publiée aux Presses de l'Université de Montréal.

Traduction, carrière d'avenir

À ceux qui croient que les logiciels de traduction remplaceront les traducteurs, M. Bastin répond qu'il ne faut pas s'inquiéter. «Avec la mondialisation des échanges et Internet, on assiste à une forte croissance de la demande en traduction, et les prévisions laissent penser que cette hausse s'accentuera encore au cours des prochaines années», dit-il. Certes la technologie fait évoluer la profession – par exemple, la postédition, qui consiste à effectuer la révision des traductions faites par des logiciels, occupe de plus en plus de place –, mais même le meilleur outil informatique ne remplacera jamais complètement le traducteur ou l'interprète.

«Il y aura toujours de la matière grise derrière une machine, estime M. Bastin. Car seul un traducteur professionnel est capable de produire la réflexion nécessaire pour retranscrire les subtilités du langage humain et assurer la qualité d'une traduction.»