Mon patio a une histoire

  • Forum
  • Le 17 août 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Le patio s’est imposé dans la banlieue nord-américaine au milieu du 20e siècle

Le patio s’est imposé dans la banlieue nord-américaine au milieu du 20e siècle

Crédit : Thinkstock.

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Le patio, cette terrasse extérieure où l'on mange en famille tant que la température le permet, est apparu en Californie dans l'après-guerre. Son histoire remonte à l'Antiquité.

Le patio, cette terrasse extérieure où l'on fait griller ses saucisses, n'a pas toujours existé. C'est un élément architectural apparu en Californie au milieu du 20e siècle et qui a rapidement été adopté dans les banlieues nord-américaines. «Le terme patio fait référence à l'espace de vie extérieur de la maison, situé dans le prolongement de l'espace intérieur. En empiétant sur la cour-jardin ‒ courtyard en anglais –, il marque une rupture sur notre conception de l'aménagement extérieur», mentionne Nicole Valois, professeure à École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal.

Le patio, selon le Larousse, est cet «espace découvert clos autour duquel sont disposées, et sur lequel s'ouvrent, en général par des portiques, les diverses pièces d'une habitation». Étymologiquement, le mot provient de l'espagnol pactum, qui signifie «être ouvert». Les premiers patios désignaient des cours intérieures sans toiture, un concept repris par la Grèce et la Rome antique, où l'on trouve péristyles et atriums. Mais les aires aménagées dans les propriétés de banlieue sont véritablement associées au mode de vie nord-américain. «Les cours-jardins comme espace de vie extérieur aux usages variés, telles qu'on les conçoit aujourd'hui, sont liées à l'apparition des banlieues d'après-guerre, un phénomène qui a alimenté l'American Dream et le désir de s'épanouir à travers une vie domestique», reprend Mme Valois.

Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les propriétaires de maison suffisamment fortunés pour s'offrir une cour arrière consacraient cet espace à l'horticulture. Ils observaient leurs fleurs à partir du balcon ou cheminaient dans les sentiers. Ils ne le concevaient pas comme un prolongement de leur maison. Ce sont des architectes paysagistes comme Thomas D. Church (1902-1978) qui ont proposé une nouvelle manière de vivre son chez-soi en créant des lieux de vie pour la famille : jeux pour enfants, abri d'auto, salle à manger et salon extérieurs. «Un des ouvrages célèbres de Church est Gardens Are for People. Le titre en dit long sur les intentions de ces professionnels, orientées vers les besoins des gens», explique Mme Valois.

Avant d'être des terrasses soutenues par un plancher sur lequel on dispose des chaises de jardin et une table ‒ aujourd'hui, l'inévitable barbecue complète le mobilier ‒, les patios étaient faits de béton ou de pavé.

Patio et rêve américain

Si la manière de concevoir l'espace de vie extérieur durant la première moitié du 20e siècle se démarque, c'est pour des raisons socioculturelles et économiques, fait valoir Mme Valois. Les propriétés sont plus petites; l'accès à la propriété individuelle est ainsi facilité. «De plus, le modernisme architectural coïncide avec le rejet du style beaux-arts en architecture de paysage, incarné par l'abandon des grands axes, de la symétrie, des jardins de contemplation. C'est aussi la période où l'on expérimente les nouveaux matériaux.»

Si le patio semble un élément typique des résidences du «4-5-0», Mme Valois rappelle que l'aménagement de cours fleuries n'a pas toujours été populaire au Québec. Certains font remonter la passion québécoise pour le jardin aux Floralies internationales de Montréal, une exposition horticole qui s'est tenue en 1980 et qui avait connu un vif succès.

Nicole Valois, professeure à École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal.

Cela dit, le patio de type nord-américain est plutôt absent des métropoles européennes, où l'architecture résidentielle ne permet pas, sauf exception, un prolongement de la résidence vers l'arrière, indique Mme Valois, qui s'intéresse depuis 20 ans à l'histoire de l'architecture de paysage d'après-guerre, particulièrement en milieu urbain.