Le temps passe-t-il plus vite en vieillissant?

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  • Le 27 août 2015

  • Dominique Nancy
Crédit : Benoît Gougeon.

En 5 secondes

Le repérage dans le temps perd en précision avec l'âge. La consommation d'excitants et la maladie peuvent aussi fausser cette perception.

Le temps passe-t-il plus vite en vieillissant? «C'est souvent l'impression qu'ont les gens, particulièrement les aînés. Avec l'avancée en âge, le passage du temps paraît s'accélérer. Les évènements passés semblent plus loin qu'ils le sont réellement», signale la neurospychologue Sylvie Belleville, directrice de la recherche à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Pourquoi? La question intéresse les chercheurs depuis longtemps. En 1996, un scientifique du Royaume-Uni a demandé à deux groupes de sujets, les premiers âgés de 19 à 25 ans, les seconds de 60 à 80 ans, d'estimer la durée de certains stimulus (des sons et des images). Ayant interdiction de compter, les volontaires devaient simplement catégoriser comme «courts» ou «longs» les stimulus de l'expérience. Résultat : une baisse significative de la capacité d'estimation des durées a été démontrée chez les plus âgés.

L'observation de nos comportements relatifs au temps dans les laboratoires de psychologie expérimentale et les progrès récents des neurosciences dévoilent peu à peu les rouages cérébraux de l'horloge humaine. «En général, le cerveau humain est capable d'estimer le temps avec précision. Mais plusieurs facteurs, dont l'âge, la consommation d'excitants, les émotions et la maladie, peuvent fausser notre perception», mentionne Mme Belleville, spécialiste de la maladie d'Alzheimer. Ce n'est que vers 8 ans que l'enfant perçoit correctement la durée d'un phénomène. Avant cet âge, il peine à attendre sans rien faire et à mesurer les unités de temps. Heures, mois, saisons et années ne deviennent toutefois des marqueurs temporels qu'après 12 ans. Puis, à partir de 60 ans, la sensibilité aux écarts entre différentes durées commence à s'émousser.

Déjà en 1892, le psychologue américain William James écrivait qu'«un même espace de temps semble raccourcir à mesure qu'on vieillit». Explication possible : à partir d'un certain âge, les faits nouveaux se font plus rares, la répétition d'expériences connues plus fréquentes et, dès lors, les années défilent sans qu'aucune n'acquière d'importance particulière dans la mémoire. Conséquence? Le temps subjectif file plus vite que celui du chronomètre, car rien de significatif ne le marque. De nos jours encore, cette hypothèse demeure. Mais elle n'explique pas tout. Plusieurs chercheurs croient ainsi qu'une horloge interne est vouée à la mesure du temps qui passe. Cette horloge joue le rôle de chef d'orchestre, indiquant aux organes par voies nerveuse et hormonale que la période de veille succède à la période de repos et inversement. Si cette horloge qui régit nos rythmes circadiens peut être à l'origine de notre représentation cérébrale du temps, cela reste à prouver. Des changements dans le rythme de l'horloge pourraient toutefois permettre d'élucider les changements dans la perception du temps...

«En réalité, les rapports entre l'estimation du temps et l'âge s'avèrent encore plus compliqués, note Sylvie Belleville. Car les personnes âgées ne sous-estiment pas toujours le temps.» Tout dépend des situations auxquelles elles sont confrontées. Sous l'emprise de l'émotion, un accident de voiture par exemple, nous aurons tous l'impression que la situation dure éternellement.

Reste que de nombreuses recherches constatent que l'estimation du passage du temps perd en précision avec l'âge. Curieusement, le phénomène est aussi présent chez les très jeunes enfants. Comme si, au début et à la fin de la vie, on trouvait les mêmes difficultés à évaluer le passage du temps. Ainsi, un fonctionnement cérébral insuffisant ou l'altération de celui-ci pourrait être la cause des variations de la perception du temps au fil de la vie. «Il y a certainement un lien avec la diminution des ressources attentionnelles avec l'âge, estime Mme Belleville. Or, on sait que la capacité d'attention est déterminante dans la perception du temps. Celui-ci semblera passer plus vite si l'on est pris par une activité exigeant d'être concentré.»

L'inverse est aussi vrai. À défaut de parvenir à se concentrer ou d'être motivé, la journée paraît interminable...