Les archives diffusent des photos inédites du frère Marie-Victorin

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  • Le 3 septembre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Le photographe aime placer une personne dans sa composition afin de montrer la dimension des plantes. Le modèle, dont on ne connaît pas le nom, pose ici dans un peuplement de sureaux du Canada à Lavaltrie.

Le photographe aime placer une personne dans sa composition afin de montrer la dimension des plantes. Le modèle, dont on ne connaît pas le nom, pose ici dans un peuplement de sureaux du Canada à Lavaltrie.

Crédit : Archives-UdeM E01182FP002010

En 5 secondes

De ses herborisations, le frère Marie-Victorin a rapporté des milliers de photos qui ont aujourd'hui une grande valeur. Une exposition virtuelle les présente.

Les archives diffusent des photos inédites du frère Marie-Victorin

Près de 1300 photos prises durant la première moitié du 20e siècle par Conrad Kirouac, le frère Marie-Victorin (1885-1944), viennent d'être numérisées et mises en ligne par la Division de la gestion de documents et des archives (DGDA) de l'Université de Montréal dans une collection intitulée Récolter pour la science.

La collection comprend aussi des clichés réalisés par certains de ses collègues botanistes, notamment le frère Rolland Germain, le frère Adrien et Marcel Cailloux. En tout, quelque 3500 images sont rendues publiques grâce au soutien financier de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

«Le frère Marie-Victorin a pris d'innombrables photos lorsqu'il se rendait herboriser. Il se servait de ces images pour documenter son herbier et pour illustrer la flore pendant ses cours de botanique à l'Université de Montréal», explique la directrice de la DGDA, Diane Baillargeon. Celle-ci a mené ce projet en collaboration avec l'Institut de recherche en biologie végétale, les Amis du Jardin botanique de Montréal et la Direction des bibliothèques. Une dizaine de bénévoles ont assisté la chargée de projet Nancy Lavoie, qui s'est consacrée à la numérisation et à la description des documents durant plus d'une année. De concert avec Luc Brouillet, conservateur de l'herbier Marie-Victorin, les archivistes ont associé aux photos d'époque les planches de l'herbier qui s'y rapportaient. «Nous trouvions intéressante l'idée de Mme Baillargeon de montrer dans la même page les clichés réalisés par les chercheurs sur le terrain et ceux des spécimens de l'herbier rapportés et catalogués», raconte M. Brouillet.

C'est à l'ancien directeur du Jardin botanique de Montréal et professeur au Département de sciences biologiques de l'UdeM, André Bouchard (décédé en 2010) qu'on doit le transfert de l'important fonds Marie-Victorin aux archives universitaires, ce qui permet d'en garantir la pérennité. Une bonne partie de ce fonds demeure encore à explorer et à mettre en valeur, notamment ses inventaires scientifiques de Cuba et d'ailleurs dans le monde. Le transfert du fonds, qui compte plus de 21 000 documents iconographiques, s'est effectué en 2003.

Mme Baillargeon ne saurait dire quelles photos sont inédites, puisque le fonds était en partie disponible pour les recherches historiques ou documentaires. Mais le travail consistant à numériser une sélection d'images afin de les regrouper dans un site accessible à tous demande une expertise particulière. Une collection similaire avait été lancée quelques années plus tôt. Intitulée Marie-Victorin au Québec, elle reprend les paysages photographiés par le fondateur du Jardin botanique de Montréal.

  • Forêt mixte (mélèze, bouleau, pin) photographiée par le frère Marie-Victorin dans les Laurentides à l’automne 1939.

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP000770
  • Le célastre produit un petit fruit toxique, mais on lui attribue des propriétés médicinales. En anglais, il se nomme bittersweet.

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP000789
  • Le frère Marie-Victorin en 1940 à Bonaventure, en Gaspésie. Il tient dans ses mains un aster de Gaspésie.

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP001948
  • Peuplement de carmantines d’Amérique à Lac-à-la-Tortue en 1940. Ce village de la Mauricie a été annexé à Shawinigan en 2002.

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP002037
  • En dépit de sa belle couleur pourpre, la salicaire commune (Lythrum salicaria) est considérée en Amérique du Nord comme une plante envahissante. D’où l’intérêt documentaire de cette image prise en Montérégie en 1940. On aperçoit au loin la s

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP002058
  • Le houx verticillé (Ilex verticalata) est un arbuste à fruits rouges apprécié des horticulteurs.

    Crédit : Archives-UdeM E01182FP002108
  • Le village d’Ancienne-Lorette en 1930. On y voit quelques pins blancs (Picea canadensis).

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP004441
  • En juillet 1930, le frère Marie-Victorin photographie un lys orangé (Lilium croceum) et «mademoiselle Rousseau» à Berthier-en-Bas.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP004557
  • Les frères Marie-Victorin et Rolland-Germain photographiés en 1930 près d’un aster de Gaspésie, sur le rivage de la rivière Bonaventure. À noter, les deux hommes herborisent en cravate.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP005125
  • Le cypripède royal (Cypripedium reginae) est la plus grande orchidée indigène d’Amérique du Nord. Le frère Marie-Victorin en aperçoit un beau spécimen à Montréal en 1931. La photo a été coloriée à la main.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP005147
  • En 1931, le frère Marie-Victorin photographie cette angélique pourpre (Angelica atropurpurea) à Longueuil. C’est son assistant, le botaniste Émile Jacques, qui tient la plante. Futur directeur du Jardin botanique de Montréal, M. Jacques admirait le

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP005507
  • Un rosier cannelle (Rosa cinnamomea) aperçu à Rawdon le 2 juillet 1932.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP005600
  • Les botanistes doivent parfois se mouiller pour prélever les plantes qu’ils veulent étudier. Ici, un nymphéa tubéreux (Nimphaea tuberosa) dans les eaux de la rivière des Mille-Îles, à Sainte-Rose, en juillet 1932.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP006033
  • En juin 1933, le botaniste se rend en Colombie-Britannique, où il récolte ce lysichiton d’Amérique (Lysichiton americanus) dans le Stanley Park de Vancouver.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP006217
  • L’impressionnant feuillage du nalca (Gunnera chilensis) à Victoria, en Colombie-Britannique, à côté duquel pose Carl Johann Frederik Skottsberg.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP006286
  • Le cinéaste Claude Jutra (1930-1986), photographié par le frère Marie-Victorin en juillet 1931 dans un bosquet d’asclépiade (Asclepias syriaca). L’enfant était le neveu de Marcelle Gauvreau, collaboratrice du botaniste.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP006608001
  • Marcelle Gauvreau pose dans un peuplement d’aulnes blancs (Alnus incana) à Batiscan. Mme Gauvreau (1907-1968) devient une collaboratrice du frère Marie-Victorin dès 1933. En 1990, le magazine L’actualité révèle que Mme Gauvreau a entretenu une c

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP007441
  • L’iris versicolore, qui deviendra l’emblème floral du Québec, est photographié ici aux îles de la Madeleine.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP007700
  • Le frère Marie-Victorin tenant dans ses mains un chardon écailleux (Circium minganense) en Minganie, qu’il sera le premier scientifique à décrire.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP009831
  • Une allée d’érables à sucre (Acer saccharum) à Cap Chat, en Gaspésie.

    Crédit : Archives-UdeM E01185FP010478

Art et science

Ce qui frappe l'observateur qui parcourt l'exposition Récolter pour la science, c'est le soin que le frère des écoles chrétiennes apportait à chacun de ses clichés. Il y a dans ses compositions beaucoup de science mais aussi un constant souci esthétique. Bien sûr, lorsqu'on voit un chapeau suspendu à une plante ombellifère ou un homme tenant une branche, on sait que le photographe tenait à intégrer un étalon de mesure. Mais plusieurs photos sont d'une grande beauté et donnent l'impression de faire passer la science au second plan. Le photographe utilise comme modèles des collègues de travail et des étudiants, souvent vêtus du costume du dimanche. Quelques enfants jouent aussi aux figurants.

L'exposition virtuelle présente un grand nombre de diapositives coloriées à la main, datant de l'époque antérieure à l'arrivée de la technologie Kodacolor, à laquelle le frère Marie-Victorin s'est «converti» dès son avènement, en 1942. Des photos de cartes postales, aurait-on dit à l'époque. Certaines sont coloriées en totalité, d'autres en partie seulement, ce qui leur confère une dimension artistique inattendue. Ces diapositives de verre sont des pièces uniques qui font partie du patrimoine scientifique et culturel du Québec. Grâce à l'exposition virtuelle, elles sont désormais mises en valeur et accessibles à tous par la banque d'objets numériques Calypso, que gère la Direction des bibliothèques.