Quand les films contribuent à la mise en scène de soi

  • Forum
  • Le 3 septembre 2015

  • Martin LaSalle
Marta Boni.

Marta Boni.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le cinéma et les séries télé influencent le quotidien des spectateurs, eux qui empruntent des termes ou des comportements vus ou entendus à l’écran. C’est le champ de recherche de Marta Boni!

Pourquoi trouve-t-on sur YouTube un nombre impressionnant de parodies et d'imitations de séries télévisées comme Game of Thrones? Pourquoi certains inconditionnels de ces productions s'habillent-ils en personnage et se rendent-ils à des costumades (cosplayers)?

C'est précisément ce qui intéresse Marta Boni : les phénomènes transmédiatiques complexes, c'est-à-dire la façon dont les films et les séries télévisées évoluent à travers plusieurs médias jusqu'à devenir des mondes habités par leurs spectateurs.

Le septième art et les séries télé influencent la vie des spectateurs au quotidien, par exemple quand ceux-ci empruntent des termes ou des comportements qu'ils ont vus ou entendus au petit et au grand écran, comme l'expression «J't'ai cassé!» accompagnée du geste du personnage Brice de Nice lorsqu'il vient de «boucher» un ami. Ce sont surtout les pratiques de médiatisation de ces émotions, dans un contexte marqué par des univers narratifs déployés dans des films, séries, BD de superhéros, sites Web et autres plateformes, qui sont au centre des recherches de Marta Boni.

Milanaise d'origine, la nouvelle professeure adjointe du Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal est passionnée de cinéma et d'arts visuels depuis la tendre enfance. «J'ai grandement été influencée par mon père et par mon grand-père, qui étaient photographes, mais j'ai toujours aimé le cinéma parce qu'il permet de vivre plusieurs vies et de visiter plusieurs mondes», raconte-t-elle.

Marta Boni fait ses études de premier cycle à Milan en cinéma, théâtre et littérature, et part ensuite entreprendre sa maîtrise à l'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, où elle analyse différents films dans une perspective esthétique. Puis elle découvre le parallélisme entre les études culturelles et les études cinématographiques dans sa scolarité de doctorat, au cours de laquelle elle s'intéresse aux admirateurs et à l'influence des médias sociaux sur la teneur des discours dans les communautés virtuelles, ainsi que sur la mise en scène de soi.

Avant d'être embauchée par l'UdeM, Mme Boni venait d'amorcer un deuxième postdoctorat à Bologne, après en avoir terminé un premier à l'Université Concordia. Cet automne, elle animera deux séminaires de maîtrise, l'un sur le cinéma, la littérature et les médias, l'autre sur la méthodologie en recherche cinématographique. Cet hiver, elle donnera le cours d'introduction au cinéma et à télévision au premier cycle.

Marta Boni travaille aussi sur un projet de recherche portant sur les plateformes numériques (sites web, réseaux sociaux et jeux) qui accompagnent les séries télé contemporaines, avec l'implication de plusieurs étudiants.

De plus, en novembre, elle organisera une exposition sur les séries télé qui aura lieu au Carrefour des arts et des sciences.

Ce qu'elle souhaite surtout transmettre à ses étudiants?

«Que les films et les séries télé peuvent constituer des réservoirs de modèles et de références qu'on s'approprie et qu'on braconne, conclut-elle. Et qu'effectuer de la recherche dans ce domaine ne peut se faire de façon individuelle : il faut établir des ponts entre différents médias et champs de recherche, et apprendre à tisser des liens  avec d'autres chercheurs, puisque ce secteur relève de plusieurs disciplines.»