L'être humain a un nouveau cousin lointain: Homo naledi

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  • Le 10 septembre 2015

  • Martin LaSalle
Un squelette recomposé à partir de plusieurs ossements d’Homo naledi, entouré de quelques-uns des milliers de fossiles découverts dans une des grottes de Rising Star, en Afrique du Sud

Un squelette recomposé à partir de plusieurs ossements d’Homo naledi, entouré de quelques-uns des milliers de fossiles découverts dans une des grottes de Rising Star, en Afrique du Sud

Crédit : Robert Clark/National Geographic.

En 5 secondes

Des fouilles archéologiques en Afrique du Sud ont permis de découvrir une nouvelle espèce du genre humain : Homo naledi. La paléoanthropologue Michelle Drapeau, de l'UdeM, a contribué à ces travaux.

Une nouvelle espèce du genre humain pouvant avoir existé il y a de un à deux millions d'années a été mise au jour dans une grotte appelée Rising Star, en Afrique du Sud, où des fouilles ont permis d'exhumer le plus important «échantillon» d'ossements fossilisés humains trouvés à ce jour sur le continent africain.

La découverte, dont les détails sont publiés dans le journal scientifique en libre accès eLife1, a été faite par une équipe de chercheurs que dirigeait le professeur Lee Berger, de l'Université du Witwatersrand de Johannesburg, et dont faisait partie Michelle Drapeau, professeure au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal.

Au cours de deux expéditions de fouilles qui ont eu lieu en novembre 2013 et en mars 2014, les chercheurs ont déterré plus de 1550 ossements fossilisés partiels ou complets, appartenant à au moins 15 individus adultes ou juvéniles qui ont tous une «morphologie remarquablement homogène», écrivent les chercheurs.

L'âge des fossiles demeure inconnu pour le moment.

D'abord, Homo naledi est d'une taille comparable à celle d'un être humain actuel de petite taille. «Il est plus grand que l'australopithèque, mais son cerveau est encore très petit», précise Michelle Drapeau.

En fait, le cerveau d'Homo naledi est très petit par rapport à sa masse corporelle. «Son cerveau est même plus petit que celui d'Homo habilis, le plus petit des Homo africains, tout en ayant une forme crânienne analogue à celle d'Homo erectus, plus tardif, ajoute la professeure. Il était donc fort probablement beaucoup moins intelligent que nous.»

Professeure au Département d’anthropologie de l’UdeM, Michelle Drapeau a collaboré aux travaux de l’équipe de Lee Berger en analysant les métatarses du pied d’Homo naledi

Crédit : Martin LaSalle.

Ensuite, Homo naledi avait des dents relativement petites, semblables à celles des autres espèces anciennes d'Homo, tel Homo habilis.

«Son alimentation devait nécessiter moins de temps de mastication que celle des hominidés plus primitifs, ce qui laisse croire qu'il avait la capacité de transformer ses aliments, soit avec des outils ou avec le feu, ou encore qu'il était en mesure de trouver des aliments de meilleure qualité», poursuit la paléoanthropologue de l'UdeM.

Par ailleurs, les mains et les pieds d'Homo naledi ressemblent à ceux de l'homme moderne. «Ses mains sont robustes et comportent des caractéristiques liées à la manipulation et à la fabrication, tandis que ses pieds possèdent de gros orteils rigides, contrairement aux grands singes, dont le gros orteil est décalé pour leur permettre de mieux grimper aux arbres», dit Mme Drapeau, dont l'apport à l'étude repose surtout sur l'analyse des métatarses du pied d'Homo naledi.

Ce qui étonne les chercheurs, c'est que cette espèce à petit cerveau possédait, à quelques détails près, des mains et des pieds semblables à ceux des humains modernes. Et, autre fait particulier, la forme des fémurs se rapproche davantage de celle de l'australopithèque ‒ qui était un arboricole marcheur –, une sorte d'hybride entre le fémur d'un marcheur et celui d'un grimpeur.

Remise en question d'un paradigme?

En anthropologie, on estime généralement que, lorsqu'une espèce possède une certaine caractéristique, d'autres traits adaptatifs en découlent, que ce soit sur le plan de la grosseur du cerveau, de la forme de la mâchoire et des dents ou de l'utilisation d'outils. Ce paradigme est remis en question avec la découverte d'Homo naledi en raison de la présence d'attributs évolutifs atypiques, voire anachroniques.

«C'est un être bizarre, lance Mme Drapeau en rigolant. On ne sait pas encore d'où il vient exactement sur le plan évolutif, ni où il allait, si ce n'est que son espèce s'est éteinte, mais on ne sait pas pourquoi.»

Les prochaines étapes de cette recherche consisteront à tenter de déterminer l'âge des fossiles et à effectuer de nouvelles fouilles afin de découvrir d'autres spécimens de la même espèce.

«Si la datation permet d'établir que les fossiles sont plus vieux que deux millions d'années, cela signifiera qu'Homo naledi est le plus lointain représentant de notre genre, à l'exception de quelques fragments isolés, concluent les auteurs de l'étude. Par contre, si son existence remonte à moins de un million d'années, ce serait une preuve de plus qu'il y a eu une coexistence de plusieurs espèces du genre Homo sur le continent africain dans les périodes ultérieures de l'évolution humaine.»

Références

1. Les détails concernant la découverte d'Homo naledi font l'objet de deux articles distincts publiés dans eLife: