L'air des piscines intérieures peut causer des problèmes de santé

  • Forum
  • Le 17 septembre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
L'air qu'on respire dans les piscines intérieures du Québec contient des produits chimiques à des niveaux souvent trop élevés, révèlent des chercheurs au terme de la plus importante étude du genre

L'air qu'on respire dans les piscines intérieures du Québec contient des produits chimiques à des niveaux souvent trop élevés, révèlent des chercheurs au terme de la plus importante étude du genre

Crédit : Thinkstock.

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L'air qu'on respire dans les piscines intérieures du Québec contient des produits chimiques à des niveaux souvent trop élevés, révèlent des chercheurs au terme de la plus importante étude du genre.

Peau irritée, yeux rouges, problèmes respiratoires et autres symptômes vécus par les baigneurs et surveillants de piscines intérieures pourraient être dus à la contamination atmosphérique par des sous-produits issus de l'utilisation du chlore pour préserver la qualité de l'eau.

«La contamination de l'air des enceintes des piscines intérieures du Québec est très variable d'un endroit à l'autre, mais un problème revient très souvent : la ventilation déficiente. Cela pose un risque en matière de santé publique», explique Robert Tardif, professeur au Département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal, au terme d'une étude menée à Montréal et à Québec dans 41 piscines intérieures.

On compte jusqu'à 100 sous-produits de décontamination dans l'eau des piscines, mentionne le chercheur, qui a signé deux rapports pour l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail en compagnie de ses collègues de l'UdeM Sami Haddad et Cyril Catto, et de Manuel Rodriguez, de l'Université Laval. «La plupart de ces produits sont inoffensifs, car ils sont présents à des concentrations minimes. Mais certains peuvent provoquer des malaises», résume M. Tardif, qui est rattaché à l'École de santé publique de l'Université de Montréal. Les plus exposés sont les membres du personnel d'entretien des piscines ainsi que les sauveteurs et les nageurs qui consacrent de nombreuses heures à leur entraînement.

Il y a dans la province environ 3300 installations aquatiques, dont 850 piscines intérieures. Selon la Société de sauvetage du Québec, plus de 18 000 surveillants, sauveteurs et moniteurs âgés, pour la plupart, de 16 à 24 ans, voient à la sécurité des nageurs. «Un bassin de population considérable pour lequel les données relatives au sujet qui nous préoccupe sont pour ainsi dire inexistantes», disent les auteurs.

L'étude de l'Université de Montréal est la plus importante du genre à avoir été effectuée au pays. Elle incluait, en plus des échantillons d'air et d'eau, des échantillons d'urine et de sang pris sur une vingtaine de sujets qui ont accepté de collaborer à la recherche. La base de données constituée par l'équipe est loin d'être épuisée et représente l'une des retombées les plus précieuses à long terme de l'étude.

Le chlore dans l'eau

Il ne fait aucun doute que l'ajout de chlore dans l'eau des piscines est une mesure indiquée pour assurer l'hygiène publique, estime l'expert en toxicologie. Mais les concentrations de chloramines, de trihalométhanes et d'acides haloacétiques, classes de sous-produits préoccupantes en raison de leur lien soupçonné avec certaines maladies, sont dans de nombreux cas supérieures aux normes ou recommandations les plus généralement établies pour quelques-uns de ces sous-produits. «Le Canada n'a pas fixé de seuils quant aux concentrations acceptables. Mais quand on suit les recommandations en vigueur en France, notre étude démontre que nos piscines ne sont pas moins contaminées.»

Il n'y a pas lieu d'être alarmiste, mais les chercheurs recommandent des mesures pour diminuer les risques. Tout d'abord, les baigneurs peuvent contribuer à améliorer la situation en prenant une douche avant leur séance de natation de façon à limiter au maximum l'apport de molécules biologiques (peaux mortes, sueur, urine) en cause dans la réaction chimique avec le chlore. De plus, les gestionnaires doivent veiller à changer l'eau de façon régulière et à améliorer la ventilation. «L'implantation de solutions techniques plus efficaces et radicales (changements d'eau et d'air accrus) et une gestion de la désinfection plus appropriée (p. ex. stratégies des dosages du chlore) devraient mobiliser les différents acteurs et ainsi stimuler une concertation autour d'approches basées sur une analyse du rapport coût-bénéfice des interventions», écrivent les auteurs.

En principe, cela ne devrait pas «sentir la piscine» lorsqu'on sort du vestiaire pour se jeter à l'eau, car cette odeur émane de la trichloramine, un composé chimique particulièrement volatil causé par la réaction du chlore avec les substances azotées dissoutes comme l'ammoniac. Quand une piscine est bien ventilée, cette odeur disparaît presque complètement.

C'est à l'occasion d'une recherche réalisée en Europe en 2010 et à laquelle il avait été invité à participer que Robert Tardif a été sensibilisé à la question des sous-produits de décontamination dans les piscines publiques. L'effet sur les maladies respiratoires comme l'asthme et les «potentiels mutagène et génotoxique» de certains de ces sous-produits font l'objet d'un intérêt scientifique international, particulièrement depuis cinq ans, notent les auteurs de l'étude. Or, des études semblables n'avaient jamais été entreprises au Québec. Une demande de subvention a été déposée et a reçu une réponse positive. Plus de 900 échantillons ont été prélevés, sur lesquels on a effectué 3500 tests. Le chercheur souhaite aujourd'hui que d'autres recherches soient faites et que soient mises en place des normes nationales.

L'équipe de recherche a commencé à présenter ses résultats à divers groupes (syndicats, associations de sauveteurs, représentants municipaux). Tous se sont montrés réceptifs aux recommandations.