Le Département de psychiatrie fête ses 50 ans

  • Forum
  • Le 18 septembre 2015

  • Paule Des Rivières
Emmanuel Stip

Emmanuel Stip

Crédit : Amélie Philibert.

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Le Département de psychiatrie de l’Université de Montréal souffle ses cinquante bougies avec la publication d’une ouvrage sur la fascinante histoire du Département.

Une psychiatrie plus humaine. Voilà le souhait que fait Emmanuel Stip, directeur du Département de psychiatrie de l'Université de Montréal. À l'heure où les percées des neurosciences sont majeures et incontournables, il faut préserver et approfondir la relation personnalisée avec le patient.

M. Stip, un spécialiste de la schizophrénie, a livré ses commentaires en marge de la publication d'un numéro spécial de la revue Santé mentale au Québec consacré à un demi-siècle de psychiatrie à l'UdeM et qu'il a dirigé. Le département célèbre en effet ses 50 ans cette année. Il en a coulé de l'eau sous les ponts de cette discipline liée au regard porté sur les «fous» à travers les âges et qui s'est épanouie au Québec dans le sillon de la Révolution tranquille.

«En même temps qu'il est nécessaire de mieux former les psychiatres en neurosciences et en toxicomanie, il est indispensable d'introduire avec plus de conviction les sciences humaines en médecine», déclare celui qui a notamment instauré une résidence pour un artiste psychiatre, qui travaille auprès des étudiants.

«La psychiatrie doit s'intéresser à l'art et à la littérature, comme autant de portes ouvertes sur la compréhension de l'âme humaine. S'il est une discipline qui est en constante interaction avec son environnement, indique le Dr Stip, c'est bien la psychiatrie.» Cela dit, celui qui dirige le Département de psychiatrie depuis juin 2009 attribue avant tout les hausses vertigineuses des cas d'autisme ou encore de déficits d'attention dans notre société aux meilleurs outils de diagnostic aujourd'hui à notre portée, plutôt qu'à un environnement social détérioré.

Une histoire fascinante

Le numéro spécial de la revue – produit en quatre petits mois! – permet de suivre le développement de la psychiatrie à l'Université mais aussi dans le monde. Cette discipline fait partie de celles qui ont parcouru un chemin considérable grâce à des directeurs visionnaires mais aussi à des chercheurs exceptionnels.

Et mentionnons d'emblée le haut fait d'armes que constitua la découverte de la potentialisation du lithium par les antidépresseurs, faite à l'hôpital Louis-H. Lafontaine, devenu l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM). Le Dr Stip ne manque d'ailleurs pas, dans sa présentation, de souligner l'apport fondamental à la progression de la discipline des établissements affiliés à l'Université.

«L'histoire nous apprend le temps, la mémoire, le sens, nos limites, nos réussites et nous éclaire pour être à la fois humble et lucide», rappelle le Dr Stip qui, dans ce numéro de Santé mentale au Québec, laisse parler une brochette de psychiatres qui ont fait l'histoire du Département de psychiatrie et qui se souviennent.

Ainsi, le Dr Pierre Doucet, ex-professeur du département et l'une de ses «mémoires», raconte que, dans les années 50, seuls les neurologues acceptaient de s'occuper des cas de psychiatrie. Puis, à la fin de la décennie, la pharmacologie fait ses premiers pas et de nouveaux traitements font leur apparition. Ici, au Québec, le Dr Camille Laurin écrit la postface de l'ouvrage Les fous crient au secours!, qui éveille la société au sort des personnes atteintes de maladie mentale. C'est ce même médecin qui deviendra ministre et qui donna à l'enseignement de la psychiatrie à l'UdeM son véritable essor, avec la mise sur pied d'un premier certificat d'études en psychiatrie au début des années 60, puis d'un programme d'études postdoctorales. Les psychiatres exilés en France et aux États-Unis reviennent se perfectionner au bercail, avec des connaissances qu'ils partageront. Par la suite, l'enseignement clinique se développe dans les hôpitaux et, avec lui, la recherche. On voit apparaître la psychiatrie communautaire, la consultation liaison et la psychiatrie légale.

La contribution des chercheurs de l'Université de Montréal est significative. Outre le rôle du lithium dans le traitement de la dépression, notons la recherche en psychopharmacologie, les avancées sur le sommeil grâce au Dr Jacques Montplaisir et plus tard la mise en place du Centre de recherche Fernand-Seguin à l'IUSMM, où Sonia Lupien poursuit les travaux du Dr Hans Selye sur le stress. Les recherches sur les soins aux enfants et sur l'autisme sont aussi nombreuses à l'UdeM. Sans oublier les travaux du Dr Stip.

Celui-ci a été titulaire de la Chaire Eli Lilly Canada de recherche en schizophrénie de l'Université de Montréal. Ses travaux portent sur les relations entre les neurosciences, le fonctionnement du cerveau étudié à l'aide de l'imagerie et la recherche clinique, mais également sur les facteurs psychosociaux et le développement des services. Le Dr Stip est de plus engagé dans la mise en œuvre de programmes d'intégration dans la communauté des personnes atteintes de schizophrénie. Il est présentement chercheur clinicien au Centre de recherche du CHUM et associé à l'IUSMM depuis 1992.