Des faucons pèlerins ont choisi l'UdeM

Cette photo d’Ève Bélisle montre une nichée de faucons pèlerins dans la tour de l’Université de Montréal. Au cours des années, 18 fauconneaux ont vu le jour dans le «condo», contribuant à la relance de l’espèce.

Cette photo d’Ève Bélisle montre une nichée de faucons pèlerins dans la tour de l’Université de Montréal. Au cours des années, 18 fauconneaux ont vu le jour dans le «condo», contribuant à la relance de l’espèce.

Crédit : Ève Bélisle

En 5 secondes

Dix-huit faucons pèlerins sont nés dans le nichoir aménagé par des employés de l'UdeM. Une femelle y a élu domicile en 2007 et trois mâles se sont succédé dans son nid.

Trois grosses boules de plumes blanches d'où émergent d'impressionnantes serres et des becs affamés, voilà les nouveaux locataires de la tour de l'Université de Montréal. Les trois jeunes femelles, nées ce printemps, portent à 18 le nombre de faucons pèlerins (Falco peregrinus) qui ont vu le jour sur l'une des corniches de l'édifice de 23 étages haut de 95 mètres.

«C'est la sixième portée pour Spirit, la femelle. Elle a changé trois fois de mâle, mais reste fidèle à son lieu de nidification», raconte Ève Bélisle, associée de recherche à Polytechnique Montréal et initiatrice du projet de protection et de sensibilisation aux faucons pèlerins de l'Université de Montréal.

Par la fenêtre de son bureau, la chercheuse du Centre de calcul thermochimique observe le ballet aérien des faucons pour la première fois en 2007. Inquiète de la situation vulnérable de l'espèce, elle décide d'aménager un nichoir avec la collaboration de la Direction des immeubles. «Il s'agit essentiellement d'une boîte avec des graviers dans un endroit haut perché et sécuritaire», explique la marraine des oiseaux de proie.

Prendre de la hauteur

Dans la nature, les faucons pèlerins s'établissent à flanc de montagne et sur les aplombs des falaises. En ville, ils aiment les structures des ponts et les hauts immeubles. «Ils dominent ainsi leur territoire de chasse. Ces rapaces, contrairement aux aigles, s'adaptent bien aux humains avec lesquels ils cohabitent, à une distance respectable toutefois», mentionne Noémie Roy, animatrice-éducatrice à l'Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie.

Réputé pour sa rapidité – c'est l'oiseau le plus rapide du monde –, le faucon pèlerin effectue des piqués atteignant les 300 kilomètres à l'heure. Il chasse essentiellement des pigeons et des étourneaux, parfois des goélands. Le milieu urbain offre un bon garde-manger, mais n'est pas exempt de dangers pour les plus jeunes. Les impacts contre les automobiles et les vitres sont souvent fatals.

Le nichoir, doté de caméras Web en diffusion continue, permet de suivre les premiers vols. «Nous intervenons très peu, sauf pour baguer les jeunes et en cas de situation exceptionnelle», dit Ève Bélisle. En 2010, un des fauconneaux, Horus, a atterri dans une classe du pavillon Roger-Gaudry. Elle l'a capturé puis remis en liberté.

Les faucons de la tour – dont le couple était autrefois constitué de Spirit et Roger, lequel a été remplacé en 2013 par Éole, un des fils, qui dernièrement l'a été par un nouveau venu, Arthur – restent très attachés à leur lieu de reproduction. Les travaux majeurs de la tour entrepris en 2011-2012 ont poussé les rapaces à s'établir provisoirement à l'oratoire Saint-Joseph. «Ils étaient de retour dès octobre 2012 pour réintégrer leur abri», se souvient l'ornithologue.

Vedettes des réseaux sociaux

Éclosions, béquées des petits, premiers envols, etc., les hauts et les bas de la vie des faucons pèlerins se vivent maintenant en haute définition grâce à un coup de pouce des divisions du développement durable de l'Université de Montréal et de Polytechnique Montréal pour remplacer les webcams par de meilleures caméras. Le moment des naissances et celui où les petits quittent enfin le nid sont suivis par près de 4000 abonnés de la page Facebook. «Cette visibilité sensibilise la population à leur statut précaire», indique Ève Bélisle.

On a noté jusqu'à 16 000 visionnements des clips vidéos. «De mon côté, ces observations quotidiennes m'ont donné la chance de publier un premier article scientifique en biologie», s'enthousiasme la jeune femme.

Bonne nouvelle, la croissance de la population des faucons pèlerins, encore fragile, se poursuit dans le sud du Québec. Le recensement quinquennal de 2010 fait état de 58 nouveaux territoires de nidification et de la présence d'un couple territorial dans 98 territoires répertoriés. «Ça va de mieux en mieux, comme en témoigne le bon suivi réalisé à l'Université de Montréal. Sans compter que cette “école des sciences 101” donne un accès facile et respectueux à cet animal mythique et mystérieux», souligne Noémie Roy.