La maîtrise du français et la motivation sont les deux défis majeurs des cégeps

  • Forum
  • Le 5 octobre 2015

  • Martin LaSalle
Le taux global de réussite des cours suivis par les cégépiens n’a cessé d’augmenter depuis 1993, pour atteindre 85 % en 2006.

Le taux global de réussite des cours suivis par les cégépiens n’a cessé d’augmenter depuis 1993, pour atteindre 85 % en 2006.

Crédit : ThinkStock

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Bien que souvent critiquée, la formation générale offerte par les cégeps devrait être maintenue pour doter les étudiants d'un fonds culturel commun, selon une étude menée à l'Université de Montréal.

La formation générale offerte par les collèges d'enseignement général et professionnel (cégeps) fait l'objet de diverses remises en question. Mais, selon une étude menée auprès des enseignants de ces établissements, cette formation – qui n'est pas sans défi à relever – est pertinente pour doter les étudiants d'un «fonds culturel commun».

C'est ce que conclut un groupe de chercheurs placé sous la direction de Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, en collaboration avec la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep.

Depuis un peu plus d'un an, la formation générale – français, philosophie, anglais et éducation physique – donnée par les cégeps a été particulièrement critiquée par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), la Fédération des cégeps et un groupe de travail dirigé par l'ancien directeur du Cégep de Lévis-Lauzon, Guy Demers.

Or, s'appuyant sur son enquête auprès des enseignants, M. Karsenti dénonce les conclusions du CSE. En 2014, le Conseil publiait un avis dans lequel il s'oppose à l'introduction d'un cours d'histoire au cégep parce qu'il brimerait le choix des étudiants dans leur parcours scolaire. Le CSE proposait du même souffle de diversifier et d'accroître les choix proposés aux étudiants.

Autre critique qui fait sourciller le professeur de l'UdeM : selon le CSE, les étudiants trouveraient que leurs cours de philosophie et de littérature ont moins de sens. «Cette assertion est non seulement affirmée sur la seule base de bruits de couloir et sans être appuyée par des études sérieuses, mais elle présuppose que le sens provient des individus et ne dépend que de leur capacité à faire des choix, que ce sens n'est l'objet d'aucune question ou recherche», poursuit-il.

Et, devant les difficultés rencontrées par 15 % des cégépiens à réussir l'épreuve uniforme de français et pour hausser le taux de réussite global, le rapport Demers propose soit «d'assouplir le contenu de la formation générale [...] ou bien de modifier le statut [de cette épreuve] pour la retirer des conditions de sanction».

«Ces trois principales critiques de la formation générale soulèvent plusieurs questions, dont celle d'une dangereuse dérive vers le clientélisme scolaire, où l'on troquerait une rentabilité immédiate contre l'appauvrissement intellectuel et culturel des citoyens de demain», déplore M. Karsenti, qui est aussi à la tête du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante.

Que dit la littérature scientifique?

M. Karsenti souligne que la recherche sur la formation au collégial montre que 90 % des employeurs se disent satisfaits des diplômés de cégep. Plus encore, ils associent leur embauche à des gains de productivité et d'innovation.

De même, la littérature scientifique met en lumière que le taux d'échec des étudiants, souvent évoqué par les critiques de la formation générale, est exagéré : le taux global de réussite des cours suivis par les cégépiens n'a cessé d'augmenter depuis 1993, pour atteindre 85 % en 2006.

Défis pour les enseignants

Dans leurs travaux, Thierry Karsenti et son équipe ont interviewé 166 professeurs de 17 cégeps, entre mai et juin derniers, pour connaître leur opinion quant à la pertinence de la formation générale et aux défis qu'ils doivent assumer dans leur profession.

Pour 91 % d'entre eux, le premier enjeu constitue la maîtrise du français par les étudiants. Et 89 % placent la motivation des étudiants au deuxième rang, suivie de la faible appétence des cégépiens pour la lecture. La moitié des enseignants jugent également que les méthodes de travail des jeunes adultes et leur culture générale posent problème.

Les professeurs considèrent que la formation générale au cégep est pertinente et importante. Pour eux, cette formation a l'avantage de contribuer au développement intellectuel des étudiants, entre autres au chapitre de leur capacité à lire et à écrire et à devenir plus autonomes.

C'est pourquoi ils proposent que la formation générale – et notamment les exigences en français – soit mieux valorisée. Pour y arriver, ils souhaitent accroître l'usage pédagogique des technologies dans leurs salles de cours.

De leur côté, les auteurs de l'étude recommandent que la formation générale au cégep soit maintenue et que tout diplôme collégial reflète les fondements éducatifs qui ont participé à la création de ces établissements d'enseignement.

«Notre revue de la littérature et notre enquête ne visent pas à minimiser les défis et les problèmes vécus tant par les enseignants que par les étudiants, déclare Thierry Karsenti. Elles illustrent toutefois combien la formation générale est adéquate pour les étudiants formés dans les cégeps afin de ne pas les appauvrir sur le plan intellectuel et d'en faire des citoyens autonomes, instruits, capables d'esprit critique et de s'exprimer correctement en français.»