Jacques Grand'Maison livre son testament spirituel

  • Forum
  • Le 7 octobre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Photo de Jacques Grand'Maison prise le 18 septembre 1992. Division des archives.

Photo de Jacques Grand'Maison prise le 18 septembre 1992. Division des archives.

Crédit : Bernard Lambert.

En 5 secondes

Le théologien et sociologue Jacques Grand'Maison publie son 51e livre, un recueil de réflexions sur les valeurs.

À quoi bon un téléphone intelligent si l'intelligence tout court est superficielle? Pourquoi un GPS si notre boussole intérieure est déréglée? À quoi sert la déontologie si l'on n'alimente pas sa conscience morale?

Voilà quelques questions qui ouvrent le plus récent livre du théologien et sociologue Jacques Grand'Maison, Ces valeurs dont on parle si peu (Carte blanche). Il s'agit d'un recueil de textes, revus et augmentés, tirés d'une chronique publiée dans L'Hebdo journal, de Trois-Rivières, au début de 2015. «J'arrive à la fin de ma vie et je tenais à communiquer ces réflexions sur les valeurs. Trop souvent, on néglige la transmission du savoir intergénérationnel», mentionne le professeur émérite de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal qui a enseigné de 1967 à 1997. «La vie moderne exige une bonne dose de jugement, mais je ne suis pas certain qu'on l'exerce toujours de façon optimale», commente-t-il doucement. Atteint d'un cancer en phase terminale, l'intellectuel tenait à commenter de vive voix la sortie de son livre à Forum.

Les sujets présentés par le chanoine Grand'Maison, qui a reçu des doctorats honorifiques des universités Laval et de Sherbrooke en plus d'avoir été promu officier de l'Ordre national du Québec, portent sur le jugement, l'autorité, l'éducation, les rites de deuil, l'humanisme, la foi et une dizaine d'autres «valeurs». En trois à six pages, l'auteur présente ses idées sur la question du jour, citant au passage Dostoïevski, La Rochefoucauld et Claude Lévi-Strauss. «Lorsque je publiais ces chroniques, on m'arrêtait au supermarché et sur le trottoir pour me dire de continuer à écrire sur les valeurs. Les gens en voulaient davantage. C'est ce qui m'a inspiré pour cette publication.»

Si ses propos laissent transparaître une inquiétude, le prêtre sociologue s'autorise un lyrisme très personnel et son discours demeure tourné vers l'espoir. Partout, une grande sensibilité humaniste s'exprime. Sur la famille, de loin le chapitre le plus volumineux du recueil (36 pages), une préoccupation subsiste quant aux multiples formes incarnées par celle-ci. Déplorant la disparition de la famille traditionnelle au profit des reconstitutions de divers ordres, il s'inquiète de la teneur des engagements personnels postmodernes. «À entendre bien des récits sur la famille, nous nous demandons si notre modernisation s'est vraiment donné de nouveaux repères quelque peu clairs et nets, particulièrement au chapitre de la parentalité, de l'autorité, du jugement moral, de la redéfinition des rôles, de l'apprentissage à la responsabilité, de la formation de la conscience, de rapports entre normes et liberté, des initiations aux passages de la vie», peut-on lire (p. 95).

Plusieurs fois, dans ce livre, M. Grand'Maison fait référence aux consultations tenues au cours d'une grande recherche-action menée durant les années 90 dans la région des Laurentides avec la théologienne Solange Lefebvre. Ce travail d'enquête auprès de 500 personnes de tous les âges avait donné naissance à une série de publications marquantes sur la question des générations.

Dans l'Encyclopédie canadienne, Solange Lefebvre décrit son ancien collègue comme «l'un des intellectuels québécois les plus prolifiques de sa génération». Cet ouvrage, son 51e, clôt en effet une œuvre qui s'est étalée sur un demi-siècle. «Depuis les années 1950, il conjugue des innovations sociales et pastorales, et des publications majeures intégrant ses expériences. Il a ainsi contribué au façonnement de nouvelles politiques sociales, économiques et éducatives.»

«L'œuvre de M. Grand'Maison est considérable, tant par le volume des écrits que par leur portée, a écrit le sociologue Fernand Dumont. Elle situe son auteur au tout premier rang des théologiens et parmi les sociologues les plus estimés. Elle a renouvelé un grand nombre de questions : théologie de l'Église, des signes, de la mission pastorale; étude du développement social, des nouvelles formes de stratification, du pouvoir, des générations et de leurs valeurs... La finesse des analyses y rejoint l'étonnante étendue de l'érudition. M. Grand'Maison n'est pas seulement un chercheur, un savant et un professeur. Depuis longtemps, il s'est engagé dans l'action sociale où il a apporté sa lucidité et son dévouement. À ma connaissance, il est peu d'exemples d'une pareille conjonction du savoir et du don de soi.»