Mille ans d'écriture présentés sur un étage

  • Forum
  • Le 16 octobre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Facsimilé à l’identique du Commentaire sur l’Apocalypse de Béatus de Liébana, réalisé entre 1091 et 1109. La bête prend la forme d’un serpent à plusieurs têtes.

Facsimilé à l’identique du Commentaire sur l’Apocalypse de Béatus de Liébana, réalisé entre 1091 et 1109. La bête prend la forme d’un serpent à plusieurs têtes.

Crédit : Amélie Philibert.

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Une exposition présente 1000 ans d’écriture au quatrième étage du pavillon Samuel–Bronfman. Calligraphie et enluminures sont en vedette.

«Pendant plus d'un millénaire en Occident, du déclin de l'Empire romain à la Renaissance, le codex – livre écrit à la main et parfois rehaussé de somptueuses enluminures – est le principal véhicule du savoir humain», peut-on lire sur l'une des affiches qui accompagnent l'expositionD'or et d'azur, qui vient de débuter à la Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales de l'Université de Montréal.

«Nous avons voulu présenter un survol des grandes étapes du manuscrit médiéval en offrant à la vue du visiteur plusieurs pièces originales, dont certaines très rares, et des facsimilés à l'identique», explique le commissaire Nicholas Herman, chercheur postdoctoral au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'UdeM, qui a eu l'idée de cette exposition réalisée avec l'aide du bibliothécaire Éric Bouchard. Le boursier Banting originaire de Toronto est spécialiste de l'histoire des manuscrits et de la peinture – il a fait son doctorat sur Jean Bourdichon (1457-1521), un des plus célèbres enlumineurs français de son époque.

Plusieurs siècles d'écriture sont résumés dans les vitrines de la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l'Université. Incunables datant des premiers temps de l'imprimerie et feuillets manuscrits du Moyen Âge richement ornés sont mis en valeur jusqu'au printemps prochain. L'exposition fait aussi une large place aux facsimilés à l'identique, une technique de reprographie qui permet aux chercheurs d'étudier de très vieux textes sans avoir à se déplacer à Rome, Washington ou Paris. «Il arrive aujourd'hui que certaines de ces éditions en facsimilé, elles-mêmes limitées et coûteuses, puissent en certaines circonstances remplacer les originaux tant les détails matériels tels que les contours irréguliers des pages, la dorure, les reliures et les taches d'usure sont reproduits avec exactitude», apprend-on sur un cartel. Plusieurs proviennent de la collection de Marcel Lajeunesse, ancien directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université.

La calligraphie, un art qui se perd

S'il peut paraître anachronique de proposer à la communauté universitaire un tel retour dans le temps à une époque où les échanges textuels se comptent par milliards chaque jour (167 en moyenne par adolescent, selon la Société américaine de psychologie), l'exposition D'or et d'azur place le spectateur devant un art millénaire qui se perd : la calligraphie. «Le travail d'écriture fait perdre la vue, il courbe le dos, écrase les côtes et dérange l'estomac, il fait souffrir des reins et cause des douleurs dans tout le corps», écrivent les moines Munnio et Dominico de Silos dans une copie du Commentaire sur l'Apocalypse de Beatus de Liébana datée de l'année 1091. Dans une autre version de ce texte, présentée dans l'exposition, on peut aussi admirer des enluminures et lettrines, des éléments qui agrémentaient le texte manuscrit.

Une vitrine, située à l'entrée de l'exposition, montre les outils de l'enlumineur : pinceaux, plumes et mortier. Gracieusement prêtés par l'enlumineuse Sylvie Poirier, ces instruments comprennent les pigments d'origine végétale, animale et minérale qu'on utilisait à l'époque : lapis-lazuli, fleur de safran, cochenille, noir et oxyde de cobalt, minium, orpiment, en plus des feuilles d'or qui émaillent souvent les scènes religieuses.

Récupération providentielle

La collection de l'Université de Montréal compte quelques dizaines d'incunables et de manuscrits médiévaux de grande valeur. Mais c'est par accident que les pages les plus précieuses se sont retrouvées dans ses murs. Autrefois, explique M. Herman, on récupérait les pages des vieux parchemins pour renforcer les reliures fragilisées. Avec le temps, des manuscrits médiévaux se sont révélés plus précieux que les ouvrages qu'ils devaient protéger...

Danny Létourneau espère que l'exposition en cours permettra aux étudiants de se rapprocher des richesses de la section des livres rares et des collections spéciales, qu'il dirige. «Il suffit parfois d'un cours pour entrer dans nos salles de consultation et constater qu'on peut y découvrir tout un monde», indique le chef de bibliothèque.

M. Bouchard ajoute que cette section du service des bibliothèques a pour mandat la conservation des pièces mais aussi leur mise en valeur sur les plans de la recherche et de l'enseignement. À cet effet, M. Létourneau mentionne l'importance de la collaboration des professeurs et des chercheurs qui s'intéressent à ces collections et qui veulent participer à l'élaboration d'une exposition sur un thème lié à leurs champs d'intérêt en recherche et en enseignement.

Eric Bouchard se réjouit du fait que quelques professeurs et chargés de cours, tant en histoire de l'art qu'en études médiévales et même en histoire et en littératures et langues du monde, ont prévu amener leurs étudiants au quatrième étage du pavillon Samuel-Bronfman.

Des visites guidées gratuites, animées par le commissaire, sont également à l'horaire pour le public.