Le futur, c'est aujourd'hui!

  • Forum
  • Le 19 octobre 2015

  • Dominique Nancy
Image tirée du film Retour vers le futur II.

Image tirée du film Retour vers le futur II.

Crédit : Universal Pictures

En 5 secondes

Certaines technologies du film Retour vers le futur II sont aujourd’hui prisées.

Lors de leur voyage dans le temps, qui les amène au 21 octobre 2015, Marty McFly (Michael J. Fox) et le Doc Brown (Christopher Lloyd) découvrent dans le film Retour vers le futur II, réalisé en 1989 par Robert Zemeckis, que la domotique est bien établie dans les maisons du futur : chauffage, air conditionné et télévision sont contrôlables par la voix.

La visioconférence, les tablettes électroniques, la diversité des chaînes télévisées, les jeux vidéos sans manettes, le contrôle biométrique et les lunettes connectées font aussi partie du quotidien. Une réalité qui n'est pas fictive de nos jours. Par contre, les chaussures à laçage automatique et les autos qui volent vers le bureau ne sont pas encore au rendez-vous.

Forum a demandé à des chercheurs de l'Université de Montréal si les technologies en vedette dans le long métrage tenaient la route. Six d'entre elles prouvent que le passé peut être source d'avenir.

Contrôle biométrique : «Porte ouvre-toi!»

Plus besoin de clés pour entrer chez soi! Il suffit de poser un doigt sur une plaque identificatrice reliée à un ordinateur et celui-ci déclenche l’ouverture de la porte s’il y a concordance avec les données de sa mémoire. Dans le film, on commande même des biens de consommation courante à partir de ses empreintes digitales. Le réalisateur ne s’est pas trompé, sinon qu’aujourd’hui le contrôle biométrique peut aussi se faire grâce à l’œil. La reconnaissance de l’iris est déjà au point. À l’aéroport de Londres-Heathrow, le voyageur pressé peut procéder à son enregistrement à un kiosque de contrôle Eye-Ticket afin de pouvoir passer la prochaine fois en un clin d’œil.

Après le 11 septembre 2001, l’intérêt pour la biométrie s’est transformé en engouement planétaire. Les États-Unis ont investi massivement dans les technologies permettant d’identifier toute personne entrant sur leur territoire. Actuellement, trois grands procédés d’analyse biométrique sont utilisés : l’identification vocale, la reconnaissance de forme de la main et l’empreinte rétinienne. La société française Fichet, spécialiste de la sécurité, a mis au point à partir de ces deux derniers procédés des dispositifs fiables de contrôle d’accès. Mais, pour fonctionner, la technologie doit au préalable s’appuyer sur des bases de données à partir desquelles seulement il devient possible, par comparaison, de procéder à une identification.

Devant les craintes associées à la constitution de fichiers, des voix s’élèvent. «La mise en place de moyens de surveillance trop intrusifs et la collecte de renseignements personnels qui ne sont pas nécessaires aux fins visées sont des pratiques inadmissibles», selon Benoit Gagnon, chargé de cours à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

  • Dans le film Retour vers le futur II, les portes n’ont pas de poignée! Il suffit de poser la main sur une plaque identificatrice pour déclencher l’ouverture de la porte.

    Crédit : Universal Pictures.

Branchez Internet sur vos lunettes !

Tout le monde disposera d’un téléphone portable en 2015. C’est l’une des prédictions avérées de Retour vers le futur II. Le film présente toutefois les cellulaires intégrés dans des lunettes. «Les lunettes connectées à la Google Glass existent déjà, mais la technologie n’insère pas encore les fonctions téléphoniques», indique Jocelyn Faubert, directeur du Laboratoire de psychophysique et de perception visuelle et spécialiste de la réalité virtuelle.

Reliées à Internet par un téléphone intelligent, les Google Glass sont les premières caméras à commande vocale intégrées à des lunettes qui seront proposées au grand public dès 2016. Grâce à des circuits électroniques et des capteurs, l’utilisateur pourra lire du coin de l’œil de courts textes, regarder des photos ou des vidéos, tout cela sans que sa vue soit masquée! Il pourra filmer ce qu’il voit, demander des directions pour se rendre à une adresse ou encore obtenir des renseignements relatifs à un bâtiment, touristique ou commercial. Plusieurs entreprises entendent se distinguer sur ce marché et proposent une immersion encore plus grande dans la réalité «virtuelle» que seuls des militaires, chercheurs et sujets de recherche pouvaient expérimenter jusqu’ici.

«Les lunettes hight-tech qui affichent devant les yeux toutes sortes d’informations promettent de faire voir le monde autrement, note le professeur Faubert. Est-ce que la technologie va s’imposer? Je n’en sais rien. Il y a un risque de surcharger l’attention de l’utilisateur. Ce sera à la science de déterminer les limites. Mais il y a sans doute un avenir auprès des jeunes plus habitués à traiter plusieurs informations simultanément.»

  • Fini le repas familial, vive les lunettes connectées à la table! Sur la photo, le jeune Marty porte des lunettes connectées qui permettent d’obtenir toutes sortes d’informations, en plus de recevoir des appels.

    Crédit : Universal Pictures

Voir son interlocuteur à l’autre bout du monde

En 1989, Robert Zemeckis a fait le pari que les gens communiqueraient dans le futur par visioconférence grâce à leur télévision. Marty McFly se fait d’ailleurs licencier de cette façon par son patron. Des expériences de visioconférence avaient déjà eu lieu en 1987 dans quelques universités. Mais qui aurait cru que les appels vidéos deviendraient aussi répandus? Chaque semaine, des étudiants de Montréal et de Paris sont en communication par visioconférence et peuvent assister simultanément à des exposés présentés de part et d'autre de l'Atlantique. La technologie facilite aussi les échanges entre médecins qui peuvent, ainsi, examiner à distance des radiographies ou même superviser le déroulement d’interventions chirurgicales.

«Les logiciels Skype et Facetime permettent aux individus de communiquer sans frais avec leurs proches partout sur la planète», note le philosophe des sciences Frédéric Bouchard. Pour le professeur du Département de philosophie de l’Université de Montréal, les télécommunications sont une des percées les plus spectaculaires de la science moderne. «De nos jours, on sait dans l’heure qu’un tremblement de terre a secoué les Antilles. Les télécommunications rendent l’information accessible à un nombre grandissant de personnes. Voilà un secteur où la science a tenu parole.»

  • Une visioconférence entre Marty et Needles.

    Crédit : Universal Pictures

Entrez dans le jeu vidéo à plein corps

Des consoles de jeux vidéos sans manettes? La Wii de Nintendo et le capteur Kinect de la Xbox de Microsoft le font depuis plusieurs années. Les jeux tirant profit de la reconnaissance du mouvement comme Dance Central 2 existent bel et bien. Plus besoin d'un instrument qui détecte le mouvement; le corps est reconnu par l'ordinateur. S’agit-il là d’un nouveau type de gadget à la mode destiné à sombrer dans l’oubli? Non, selon Claude Frasson. «Les jeux vidéos vont même bientôt pouvoir interagir avec le joueur par son regard et ce qu'il ressent», dit le professeur du Département d’informatique et de recherche opérationnelle, qui a obtenu en 2014 une importante subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation afin de mettre en place à l’Université de Montréal un laboratoire de jeux vidéos intelligents.

«Cette symbiose entre le joueur et le jeu repose sur un système de reconnaissance des expressions du visage et du regard, le eye tracking system, et un électroencéphalogramme portable qui captera les ondes cérébrales des joueurs», explique M. Frasson. La technologie sur laquelle son équipe travaille s’appuie sur un système d’intelligence artificielle qui permettra à un jeu de reconnaître les émotions ressenties par le joueur et d’adapter son contenu en fonction du comportement de l’utilisateur. Par exemple, si le système détecte que le niveau de stress du joueur est trop grand car il est attaqué sur tous les fronts par des avatars, le jeu pourra réduire le degré de difficulté et ramener le joueur dans des zones cérébrales associées au plaisir.

  • Les enfants du film Retour vers le futur II interagissent avec les jeux vidéo par la pensée et ils sont surpris de voir que Marty (Michael J. Fox) doit manipuler un objet pour jouer.

    Crédit : Universal Pictures

Réduire le décrochage scolaire grâce aux tablettes électroniques

Dans Retour vers le futur II, Marty McFly signe une pétition sur une tablette électronique pour sauver l’horloge de l’hôtel de ville. Robert Zemeckis a prédit 21 ans avant l’apparition de la première tablette, en 2010, que cet objet serait omniprésent dans l’avenir. Bien vu. Au Québec, plus de 15 000 élèves du primaire et du secondaire utilisent quotidiennement une tablette en classe. Cet enthousiasme est semblable dans des milliers d’écoles aux quatre coins du monde.

Mais cette technologie peut-elle venir à la rescousse d’un système d’éducation qui affiche des taux élevés de décrochage? Peut-être bien, semble dire Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation de l’Université de Montréal. Le professeur de la Faculté des sciences de l’éducation vient tout juste de compléter une nouvelle enquête sur le sujet auprès de 26 044 élèves et 802 enseignants du Canada. L’étude intitulée L’iPad à l’école : usages, avantages et défis révèle que les bénéfices dépassent les défis rencontrés: 40 avantages sont soulignés dans le rapport alors que 5 restent à relever. «La clé du succès d’une intégration réussie de l’iPad en contexte scolaire semble liée à la fois à la formation adéquate des enseignants et à la responsabilisation des élèves aux usages réfléchis de l’appareil à l’école», observe le professeur.

  • La technologie présentée au jeune Marty McFly pour qu’il signe une pétition ressemble étrangement à nos tablettes électroniques actuelles.

    Crédit : Universal Pictures

Domotique, la maison intelligente

Dans la maison de Marty et Jennifer McFly de 2015, la cuisinière, les lumières, la télévision et les poubelles mobiles sont contrôlables par la voix. Les progrès techniques permettent même d’aplanir le sempiternel problème de la gestion des déchets. Dans le film, Mr. Fusion est un collecteur d’ordures ménagères électronique capable de transformer tous les rebuts en énergie propre grâce à un processus de fusion nucléaire.

Peut-on trouver à notre époque une technologie comme celle-là? «Non, mais la domotique, approche hautement informatisée de l’habitat, permet d’offrir aux usagers de nouvelles prestations en matière de confort, d’économies d’énergie, de communication et de sécurité», signale Jacqueline Rousseau, professeure à l'École de réadaptation et chercheuse à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Plusieurs firmes québécoises dont SonXPlus et Quadriom Son et Image sont spécialisées dans le domaine. La domotique fait converger différents appareils électriques et électroniques de la maison, contrôlés par un seul système centralisé. Ce système peut être réglé à partir d'écrans tactiles, d'une télécommande, d'un appareil mobile ou bien même par la voix.

Il devient possible d’automatiser l’éclairage et les appareils domestiques : l’ouverture des rideaux motorisés se fera à 8 h, on aura déterminé l’heure à laquelle la machine à café se mettra en marche, réglé la température du chauffage ou de la climatisation avant d’aller au lit et enclenché l’arrosage du jardin à 20 h. En intégrant la domotique dans nos milieux de vie, on préviendrait le gaspillage énergétique. «C’est aussi une technologie qui contribue à mieux adapter l’environnement construit aux personnes âgées et à mobilité réduite. Grâce à un système de caméras capables de détecter les chutes, la domotique rend leur demeure plus sécuritaire», fait valoir Mme Rousseau, qui a collaboré au développement d’une technologie semblable pour les aînés.

  • Dans la maison des McFly du futur, un jardin de fruits suspendu est contrôlable par la voix grâce à la domotique.

    Crédit : Universal Pictures

Les technologies ont longtemps suscité des espoirs démesurés

Quand on pensait à l'avenir dans les années 50, on voyait des autos volantes, des voyages intersidéraux, les maladies éradiquées, la société des loisirs, l'égalité entre les peuples et de la nourriture pour tous. Au tournant du millénaire, «l'Occident ne rêve plus de conquérir l'espace mais de sauver la planète. L'économie se désagrège [...] Le tiers de la population urbaine du monde vit dans des taudis et des bidonvilles; depuis 20 ans, le nombre de personnes affamées a augmenté de 100 millions», écrit Michel Saint-Germain dans L'avenir n'est plus ce qu'il était (Québec Amérique).

Publié en 1993 mais épuisé à l'heure qu'il est, ce livre était un répertoire des plus grands espoirs suscités par l'avènement de la science moderne. Espoirs qui se sont envolés au tournant des années 70. «Tant que l'avenir a été imaginé par des ingénieurs et des amateurs de technologie, il apparaissait idéal. On croyait que le monde fonctionnait sur des gadgets», signale l'auteur.

Parmi les technologies jamais concrétisées, la voiture volante, si répandue qu’elle cause des embouteillages au-dessus de nos têtes; la planche à roulettes sans roulettes qui flotte à 10 centimètres du sol; l’automate qui promène le chien; et la nourriture déshydratée pour tout le monde. Oui, certaines de ces «prédictions» se sont réalisées en partie : les déplacements aériens se comptent par milliers chaque jour, des drones sont utilisés pour livrer des colis et l’alimentation lyophilisée rend service aux restaurateurs. Mais l’avenir s’est avéré plus prosaïque qu’on l’avait cru. Pour l’alimentation, par exemple, personne n’aurait l’idée d’inviter des amis à un souper de comprimés de vitamines et de protéines concentrées. Un repas, ça se prépare, ça sent bon, c’est accompagné d’un bon vin et de pain frais…

Autre grande ignorée du film de 1989 : le message texte. Qui aurait pu penser que les adolescents de 2015 écriraient et recevraient, en moyenne, 167 textos par jour? Les scénaristes de Retour vers le futur II avaient plutôt imaginé des télécopieurs répartis dans la maison. Or, les 455 télécopieurs de l’UdeM ont été officiellement abandonnés en 2011 au profit du «bureau vert intelligent», plus écologique et sans papier.

Encadré: Mathieu-Robert Sauvé