Quelle sexualité pour les aînés vivant en CHSLD?

  • Forum
  • Le 20 octobre 2015

  • Martin LaSalle
Les personnes que la chercheuse a rencontrées avaient entre 68 et 80 ans.

Les personnes que la chercheuse a rencontrées avaient entre 68 et 80 ans.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Une étudiante en service social de l'UdeM a recueilli les confidences d'aînés vivant en CHSLD, dans le cadre d'un stage destiné à faciliter l'expression et les activités sexuelles chez les résidents.

L'histoire se passe dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Malgré l'interdiction de se déplacer aux autres étages en raison d'une épidémie de grippe, un résident en fauteuil roulant se faufile en catimini à un étage supérieur, puis à la chambre où loge sa compagne de cœur atteinte de la maladie d'Alzheimer.

Il parvient à s'étendre auprès d'elle pour lui tenir la main et l'embrasser tout doucement...

C'est le genre de confidences que Laurence Séguin-Brault a recueillies au cours de son stage effectué dans un CHSLD de la région de Montréal, sous la direction de Patrick Cloos, professeur à l'École de service social de l'Université de Montréal.

Son stage consistait à élaborer et à mettre en œuvre un projet d'intervention individuelle visant à favoriser l'expression sexuelle et à faciliter la sexualité chez les résidents, en tenant compte des obstacles liés à leur perte d'autonomie et aux contraintes inhérentes au fonctionnement de ce type d'établissement.

«Il y a plusieurs mythes et préjugés qui propagent l'idée que les personnes âgées sont asexuées et ne s'intéressent pas à la sexualité ou, à l'inverse, qu'elles sont désinhibées et hypersexuées, mais la réalité est beaucoup plus nuancée», explique Mme Séguin-Brault.

Quelle sexualité?

La première nuance que la diplômée apporte dans son rapport de stage se trouve dans la définition même de la sexualité.

«La sexualité ne se réduit pas à la génitalité ou au fonctionnement des organes génitaux, ni ne se restreint à l'acte sexuel, rappelle-t-elle. Les caresses, les câlins et les baisers sont aussi du domaine de la sexualité et du fantasme.»

Selon un sondage américain dont elle rapporte les résultats, si la fréquence des activités sexuelles diminue avec l'âge, la majorité des aînés qui vivent dans des résidences pour personnes âgées  ont des activités sexuelles peu importe leur âge, dont se toucher ou se tenir la main (60 %), se faire des câlins ou des accolades (62 %), se donner des becs ou s'embrasser (57 %), se caresser mutuellement (9 %), se masturber (3 %) ou avoir des relations sexuelles (5 %), et ce, d'une fois par jour à une fois par mois.

«Ces données prouvent que de nombreux aînés ont un intérêt pour la sexualité et sont capables d'avoir des relations sexuelles, mais certains facteurs peuvent freiner le désir et l'expression de leur sexualité», précise-t-elle.

Parmi ces facteurs figurent l'état de santé des résidents en perte d'autonomie, mais aussi les conditions et contraintes propres aux centres d'hébergement, telles la cohabitation en chambre (occupation double ou plus), ainsi que les allées et venues régulières du personnel soignant, qui limitent les possibilités d'intimité.

Certains centres ont aménagé des «chambres d'intimité», mais, selon Laurence Séguin-Brault, elles obligent les résidents à anticiper leur désir, puisqu'il leur faut réserver la chambre quelques jours à l'avance. «La planification de l'activité sexuelle diminue forcément le désir et, surtout, empêche la spontanéité, sans compter que ces chambres ont pour effet de confiner les relations intimes dans un seul endroit», déplore-t-elle.

Confidences et fous rires

Dans le cadre de son intervention individualisée, Mme Séguin-Brault a accompagné quatre résidents – trois femmes et un homme – afin de favoriser chez eux une prise de conscience relativement aux conditions associées à l'expression de leur sexualité et à l'organisation institutionnelle qui engendre ces conditions. Son objectif était de favoriser une augmentation du pouvoir des résidents quant à leur sexualité et au respect de leurs droits sexuels.

Les cinq rencontres qu'elle a eues avec chacun des participants ont donné lieu à de nombreux fous rires et à des confidences qui ont surpris la stagiaire aujourd'hui titulaire d'une maîtrise.

«Leur manière d'aborder le sujet est teintée d'anecdotes, relate-t-elle. Ils parlent des becs qu'ils se sont donnés pendant des fêtes et ils potinent au sujet des relations qu'entretenaient les autres résidents.»

Un jour, une résidente avec qui elle mangeait des biscuits a spontanément sorti une boîte contenant les photos des amoureux qu'elle avait eus dans sa vie. «Elle me parlait de chacun en me racontant comment c'était, qui était bon amant ou pas... Elle me parlait de sa vie amoureuse d'avant et d'après son arrivée au CHSLD.»

Chacun des participants a d'ailleurs indiqué qu'il aurait aimé rencontrer quelqu'un pour avoir davantage d'activités sexuelles, être touché, caressé, dorloté et embrassé.

«Ils m'ont surtout mentionné que l'environnement d'un CHSLD n'est pas stimulant et qu'il réduit les chances de rencontrer quelqu'un, puisque l'endroit s'apparente plus à un hôpital et qu'ils ne se sentent pas chez eux, souligne-t-elle. Ils doivent se battre pour avoir des moments d'intimité.»

Comme ce veuf qui, en dépit de l'interdiction de circuler sur les étages, est allé rejoindre son amie de cœur atteinte d'alzheimer. Cette fréquentation était connue des membres de la famille de la dame et acceptée de bon gré!

Mieux informer les aînés de leurs droits à une vie sexuelle

Les participants au stage de Laurence Séguin-Brault ont indiqué que son intervention individuelle leur a permis d'exprimer plus clairement leurs droits et besoins quant à leur vie sexuelle.

«Au départ, ils ne considéraient pas eux-mêmes avoir une sexualité, mais, lorsqu'on explorait le sujet au sens large – avoir des fantasmes, des désirs et faire des blagues à cet égard –, ils se rendaient compte qu'ils en avaient une, qu'ils avaient leur propre univers sexuel malgré leur âge, lance-t-elle. Et je crois être parvenue à les aider à mettre des mots et à susciter chez eux une réflexion sur cet aspect de leur vie.»

À cet effet, Mme Séguin-Brault a conçu un dépliant d'information pour sensibiliser les résidents ainsi que les membres de leur famille à l'importance de donner un espace de parole et de discussion relatif à la sexualité chez les aînés en CHSLD.