La sexualité détermine la réactivité au stress

  • Forum
  • Le 21 octobre 2015

  • Dominique Nancy
L’orientation sexuelle représente une variable davantage liée au genre culturel qu’au sexe biologique des individus.

L’orientation sexuelle représente une variable davantage liée au genre culturel qu’au sexe biologique des individus.

Crédit : Thinkstock

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Une étude compare la réactivité au stress des homosexuels, des lesbiennes et des bisexuels avec celle des hétérosexuels.

Les gais, les bisexuels et les hétérosexuelles sont moins sensibles au stress réactif. Voilà l'étonnante conclusion d'une étude doctorale menée par Robert-Paul Juster au Centre d'études sur le stress humain de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal sous la direction de Sonia Lupien, professeure au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal.

«Face à un agent stressant relatif à la performance, les homosexuels et les bisexuels réagissent de façon comparable aux femmes hétérosexuelles, affirme M. Juster. Ils semblent moins stressés par la tâche. En revanche, les niveaux d'hormones de stress sont plus élevés chez les lesbiennes et les femmes bisexuelles. Celles-ci ont un profil semblable à celui des hommes hétérosexuels.»

L'étude parue dans la revue Biological Psychiatry avait pour objectif de comparer la réactivité à un stress biologique des homosexuels, des lesbiennes et des bisexuels avec celle des hétérosexuels. «Des travaux en psychologie et en santé publique ont montré que les individus appartenant à une minorité sexuelle présentent comme conséquence de la stigmatisation davantage de maladies mentales que les hétérosexuels, indique Robert-Paul Juster. On s'est dit qu'il serait sans doute possible de voir que le cortisol a un rôle à jouer. On a voulu en avoir le cœur net.»

Sécrété en situation de stress, le cortisol est une hormone qui met l'organisme en alerte et lui sert à mobiliser l'énergie nécessaire en cas de danger. À long terme, l'action du cortisol peut toutefois avoir des répercussions importantes sur l'état de santé général. «En analysant certains critères de bien-être psychique et les échantillons de sang et de cortisol, on est capable de voir le profil biologique d'un sujet et de déterminer s'il existe une différence en termes de réactivité au stress basée sur l'orientation sexuelle et si la santé mentale et physique des minorités sexuelles diffère de celle des hétérosexuels», signale le chercheur.

Des gais, lesbiennes, bisexuels et hétérosexuels de la région de Montréal ont été invités à deux occasions au laboratoire de Sonia Lupien. Son équipe a recruté 87 hommes et femmes dont la moyenne d'âge était de 25 ans. Pour mesurer le cortisol, des échantillons de salive ont été prélevés sur les sujets après que ces derniers ont été soumis à un agent stressant. Les participants ont aussi rempli des questionnaires et fourni des échantillons de sang.

Résilience

Les résultats confirment un lien significatif entre la réactivité au stress et l'orientation sexuelle, ce qui n'avait jamais été fait auparavant en prenant des échantillons de cortisol. «Nous avons été surpris de constater que les hétérosexuels présentaient plus de signes de stress biologique que les gais et les bisexuels, qui ne semblaient que peu ou pas du tout dérangés par la tâche. De leur côté, les lesbiennes et les bisexuelles ont réagi fortement comparativement aux femmes hétérosexuelles, dont le profil ressemble davantage à celui des gais et des bisexuels.»

Selon le chercheur, les gais et les bisexuels semblent faire preuve d'une plus grande résilience, c'est-à-dire une meilleure capacité à surmonter les épreuves de la vie et à rebondir après un évènement difficile. «Le stress lié à la stigmatisation les inciterait à élaborer des stratégies d'adaptation qui les rendent plus aptes à gérer leur stress», explique Robert-Paul Juster. Pourquoi cette résilience ne se voit-elle pas chez les lesbiennes et les bisexuelles? Mystère. Il est possible que le type d'agent stressant qui impliquait une performance ait eu une influence auprès de certains sujets, admet M. Juster. «Des études ont démontré que les femmes sont généralement plus sensibles à un stresseur associé au rejet social alors qu'un facteur de stress qui exige un accomplissement atteint plus les hommes. Est-ce qu'un comportement plus masculin est présent chez les lesbiennes et les bisexuelles? s'interroge le chercheur. Notre étude ne permet pas de répondre à cette question.»

Pour Robert-Paul Juster, elle révèle toutefois à quel point l'orientation sexuelle représente une variable davantage liée au genre culturel qu'au sexe biologique des individus. «Hommes et femmes réagissent différemment au stress du quotidien, dit-il, mais il y a aussi des différences à l'intérieur des minorités sexuelles. Grâce à nos travaux, on comprend mieux les interactions entre le sexe, les rôles sexuels, les niveaux d'hormones sexuelles, l'orientation sexuelle et la manière dont ces concepts sont associés aux maladies rattachées au stress. D'où l'importance d'aborder la santé mentale de manière différente selon le sexe et même le genre des individus.»