Les PUM prennent le virage numérique avec confiance

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  • Le 26 octobre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Patrick Poirier veut donner aux PUM les moyens de ses ambitions.

Patrick Poirier veut donner aux PUM les moyens de ses ambitions.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

Patrick Poirier prend les commandes des Presses de l’Université de Montréal qui prennent sans complexes le virage de l’édition numérique.

En 2015, Les Presses de l'Université de Montréal (PUM) ont lancé 35 titres dont les derniers volumes des Œuvres complètes d'Anne Hébert dans la collection «Bibliothèque du Nouveau Monde». Deux nouvelles collections ont vu le jour («Jean-Paul Brodeur» et «Humanités à venir») et les revues de l'éditeur universitaire (Circuit, Criminologie, Études françaises, Meta et Sociologie et sociétés) continuent de paraître, la doyenne, Meta, pour une 60e année. À croire que la crise de l'édition n'a pas frappé aux portes des PUM.

«Elle a frappé, répond en riant Patrick Poirier, le nouveau patron, mais on ne l'a pas laissée entrer. Les PUM doivent comme tout le monde faire face aux transformations du virage numérique, mais elles tentent de s'y adapter de la meilleure manière possible.» M. Poirier est entré en poste le 1er octobre pour succéder à Antoine Del Busso, directeur général de la maison d'édition depuis 1998.

Parmi les innovations apportées pour s'adapter aux nouvelles règles du jeu, l'équipe éditoriale a conclu un partenariat avec les Bibliothèques de l'Université de Montréal. Les PUM s'engagent à rendre accessible, gratuitement, la version numérique d'un certain nombre de titres papier publiés parallèlement. À l'heure actuelle, le catalogue compte 19 livres ainsi offerts au lecteur. Celui-ci a le choix de télécharger, sans frais, le contenu de l'ouvrage ou de l'acheter au prix du marché. Dans certains cas, la version numérique est enrichie d'un supplément. Par exemple, le livre Surveiller et sourire : les artistes visuels et le regard numérique (collection «Parcours numériques»), de Sophie Limare, est accompagné de vidéos exclusives.

Peu d'éditeurs ont eu l'audace de proposer leur contenu de cette façon et il faudra analyser, après quelques années, les retombées de cette initiative, mais Patrick Poirier souligne que le partenariat avec les collègues des bibliothèques était un élément essentiel. «Le premier mandat des PUM est de veiller à la diffusion de la recherche universitaire, de la rendre accessible au plus grand nombre : l'édition numérique est, pour cette raison, une avenue qu'on ne peut tout simplement pas éviter», résume-t-il. Chaque saison, cinq ouvrages et cinq titres du catalogue passeront ainsi en libre accès.

De la revue Spirale aux PUM

Le directeur de 46 ans a auparavant dirigé le magazine Spirale, un périodique trimestriel posant «un regard critique sur les récentes productions culturelles», tout en assurant la coordination scientifique du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, de l'UdeM, entre 2003 et 2015. Il est notamment heureux d'avoir su diversifier les modes et les lieux de diffusion de la revue culturelle, que ce soit en assurant la pérennité de la collection «Nouveaux Essais Spirale» ou en fondant avec ses collègues le site radiospirale. Son arrivée aux PUM s'inscrit dans un projet éditorial qui emprunte une même voie multimédiatique.

Il rend hommage à son prédécesseur, qui est parvenu à assainir les finances de la maison d'édition tout en préservant un contenu éditorial de grande qualité. Il a également beaucoup d'admiration pour l'équipe qu'Antoine Del Busso a mise en place au cours des dernières années, à tous les échelons de la production.

Patrick Poirier note aussi que les PUM ont des racines profondes dans l'histoire intellectuelle de la province. Elles ont indiscutablement marqué les idées au Québec. C'est aux PUM qu'a été publié, notamment, le recueilL'homme rapaillé, de Gaston Miron, qui continue d'être un des livres de poésie contemporaine les plus lus dans le monde. En outre, ce sont les PUM qui firent paraître la célèbre Flore laurentienne, du frère Marie-Victorin, après que la première édition, préparée par l'Institut des Frères des écoles chrétiennes, en 1935, eut été épuisée.