Antibiotiques pendant la grossesse : aucune raison de s'inquiéter

Anick Bérard a confirmé l’innocuité des deux antibiotiques les plus prescrits durant la grossesse.

Anick Bérard a confirmé l’innocuité des deux antibiotiques les plus prescrits durant la grossesse.

En 5 secondes

Des données obtenues à partir de 135 000 grossesses n’ont révélé aucune conséquence négative à la suite de l’administration des deux antibiotiques macrolides d’ordonnance les plus courants.

Les 4 femmes sur 10 qui prennent des antibiotiques pendant la grossesse peuvent pousser un soupir de soulagement. En effet, une nouvelle étude approfondiedémontre que les deux médicaments d'ordonnance les plus souvent utilisés ne causent aucun effet indésirable sur le développement physique de l'enfant. Une équipe de chercheurs dirigée par Anick Bérard, de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine, et Hedvig Nordeng, de l'Université d'Oslo, s'est penchée sur les macrolides, une classe d'antibiotiques. «Avec la pénicilline, les macrolides figurent parmi les médicaments les plus fréquemment pris dans l'ensemble de la population et pendant la grossesse. Toutefois, le débat persistait à savoir si c'était les infections ou les macrolides employés pour les traiter qui mettaient en danger les femmes et leur bébé et causaient un plus grand risque de problèmes de grossesse, notamment la malformation congénitale, explique la Dre Bérard. Il s'agissait pour nous d'évaluer les risques d'importantes malformations congénitales suivant l'exposition aux deux macrolides les plus souvent prescrits durant la gestation, et nous n'en avons trouvé aucun.»

Les chercheurs se sont appuyés sur les données de La cohorte des grossesses du Québec. Contenant des renseignements médicaux détaillés sur des centaines de milliers de grossesses, en plus de précieuses indications sur l'utilisation des médicaments et ses conséquences sur la santé des mères et des enfants, cette base de données est l'une des plus fouillées en son genre au monde. Des informations sur le recours aux produits pharmaceutiques par la mère pendant la grossesse ‒ azithromycine et clarithromycine ‒ ont été extraites du régime d'assurance médicaments du Québec et comparées avec celles relatives à la prise de pénicilline, un antibiotique bien toléré. «En tout, 135 839 grossesses ont répondu aux critères d'inclusion à notre étude. De ce nombre, 1,7 % comportaient une exposition aux macrolides pendant le premier trimestre, tandis que 9,8 % des grossesses avaient révélé une malformation congénitale importante à la naissance de l'enfant. Après une analyse statistique, nous n'avons découvert aucune association significative entre les groupes comparativement à l'utilisation de la pénicilline», soulignent la Dre Bérard et la professeure Nordeng.

Le manque de clarté préalable qui existait relativement à la sécurité de ces médicaments pourrait être attribuable au fait de ne pas avoir tenu compte de facteurs de confusion, par exemple que l'azithromycine est généralement utilisée pour traiter les infections transmissibles sexuellement comme la chlamydia, qui elle est associée au risque de malformations congénitales. Néanmoins, les chercheurs ont indiqué que des études plus vastes devront être menées pour confirmer la sécurité d'antibiotiques d'ordonnance moins souvent prescrits.

À propos de cette étude

Anick Bérard, Odile Sheehy, Jin-Ping Zhao et Hedvig Nordeng ont publié l'article «Use of macrolides during pregnancy and the risk of birth defects: a population-based study» dans le journal Pharmacoepidemiology and Drug Safety le 30 octobre 2015.

Cette étude a été financée par le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé (FRQS) et le Réseau québécois de recherche sur l'usage des médicaments. Anick Bérard est titulaire d'une chaire de recherche sur les médicaments et la grossesse du FRQS. Jin-Ping Zhao est titulaire de la bourse de recherche postdoctorale Québec-Chine à fonds jumelés.

La Dre Bérard est professeure à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. La professeure Hedvig Nordeng est affiliée à l'École de pharmacie de l'Université d'Oslo.

Ressources pour les médias