Mieux traiter les personnes toxicomanes

Julie Bruneau et Didier Jutras-Aswad, professeurs à la Faculté de médecine, médecins au CHUM et chercheurs au CRCHUM.

Julie Bruneau et Didier Jutras-Aswad, professeurs à la Faculté de médecine, médecins au CHUM et chercheurs au CRCHUM.

Crédit : CRCHUM.

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Portrait de la recherche en toxicomanie au CHUM, avec les Drs Julie Bruneau et Didier Jutras-Aswad.

Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) innove dans le traitement de personnes souffrant de toxicomanie. Ainsi, l'équipe du Dr Didier Jutras-Aswad, qui enseigne à l'Université de Montréal, mène une recherche pour traiter la dépression chez les patients dépendants des opiacés : «Ces gens sont souvent dépressifs, mais les antidépresseurs habituellement utilisés sont inefficaces. On met à l'essai un nouvel antidépresseur en espérant qu'il sera efficace pour venir à bout de la dépression chez ces patients.»

Dans un autre projet en cours, on teste un nouveau médicament pour soigner la dépendance à la cocaïne, pour laquelle il n'existe actuellement aucun traitement pharmacologique. Les chercheurs s'intéressent aussi aux ravages des opioïdes de prescription, comme le fentanyl, une drogue ultrapuissante qui a entraîné de nombreuses morts par surdose.

Chaque année, pas moins de 20 000 patients reçoivent des soins dans les services de médecine et de psychiatrie des toxicomanies du CHUM. Ils souffrent de dépendance à des substances comme la cocaïne, les opiacés ou l'alcool.

La toxicomanie s'accompagnant souvent d'autres conditions physiques ou psychiatriques, les patients du CHUM peuvent recevoir des soins pour d'autres problèmes de santé. La toxicomanie cache fréquemment des affections comme la psychose ou la dépression. En outre, plusieurs patients sont atteints de maladies chroniques, telles que l'hépatite C, qui ne sont pas diagnostiquées. C'est ce qu'on appelle la «comorbidité». Les chercheurs du CHUM expérimentent de nouvelles approches pour mieux intervenir sur la toxicomanie et ses troubles associés.

Plusieurs patients sont par ailleurs invités à participer à des recherches scientifiques.

«Par l'intégration de la recherche aux services cliniques, nos patients bénéficient de traitements à la fine pointe de ce qui se fait dans le domaine. Ils ont accès en primeur à de nouveaux médicaments et de nouvelles approches, et on leur offre des traitements psychosociaux de qualité», explique le Dr Jutras-Aswad, professeur au Département de psychiatrie de l'UdeM, médecin et chercheur au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM).

Le CRCHUM assure un leadership national dans la recherche interventionnelle en toxicomanie grâce à d'importantes subventions du gouvernement canadien. Depuis février 2015, la Dre Julie Bruneau, professeure au Département de médecine de famille et médecine d'urgence de l'Université de Montréal, médecin et chercheuse au CRCHUM, dirige le volet relatif au Québec et aux Maritimes de l'Initiative canadienne de recherche sur l'abus de substances. Ce programme de recherche pancanadien se consacre à la prévention et au traitement de la toxicomanie. En juillet dernier, la chercheuse au CRCHUM Naglaa Shoukry a aussi obtenu une subvention de 4,5 M$ pour diriger le Réseau national de collaboration sur l'hépatite C, conjointement avec la Dre Bruneau. À terme, ce réseau vise l'éradication pure et simple de cette maladie, non seulement parmi les toxicomanes, mais aussi dans la population en général.

Depuis 2004, une étude longitudinale appelée «cohorte HEPCO» recense les toxicomanes dans la communauté pour déterminer les moyens les plus adéquats de prévenir et de traiter les infections au VIH et à l'hépatite C. «Près de 70 % des personnes qui s'injectent des drogues contractent l'hépatite C. Malheureusement, elles sont peu nombreuses à se faire traiter», déplore la Dre Bruneau. Le CHUM a mis en place un programme très efficace : des infirmières cliniciennes rencontrent les patients toxicomanes pour dépister les cas d'hépatite C et proposer un traitement approprié. «Nous menons des recherches pour évaluer quels sont les modèles de soins qui conviennent le mieux. Ces modèles sont conçus avec la communauté, pour s'assurer qu'ils pourront être offerts dans d'autres milieux au Québec et au Canada. C'est comme ça qu'on fait évoluer les meilleures pratiques», fait valoir la Dre Bruneau.