Francis Rodier : haro sur le vieillissement cellulaire!

Francis Rodier, au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM).

Francis Rodier, au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM).

Crédit : Bonesso-Dumas.

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Portrait de Francis Rodier, professeur au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire à la Faculté de médecine.

Dans son bureau, la lumière irradie. Ambiance solaire, chaleureuse et calme. À l'image de l'homme qui nous reçoit: Francis Rodier, professeur au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Chercheur en biologie moléculaire associé au Centre de recherche du CHUM axe Cancer (CRCHUM) et à l'Institut du Cancer de Montréal (ICM), il s'est rêvé vigneron en Californie entre deux expériences sur le vieillissement cellulaire. Depuis dix ans, le scientifique s'intéresse en effet à la réparation de l'ADN et aux destins cellulaires liés au vieillissement.

La science décante dans ses veines. «Enfant, je lisais toutes les revues de science. Les Débrouillards, Popular Science, Québec Science, Scientific American, nommez-les! J'ai toujours aimé étudier et mon intérêt pour la biologie s'est cristallisé à la fin du CÉGEP», précise Francis Rodier, le sourire aux lèvres.

Après son baccalauréat en biologie à l'Université de Montréal, il se spécialise en biologie moléculaire appliquée à la santé humaine (maîtrise 1998; doctorat 2005 UdeM). L'homme a du flair.

Aujourd'hui, mon équipe et moi travaillons entre autres à identifier des molécules uniques aux cellules sénescentes, l'équivalent cellulaire du vieillissement. Une fois déterminées, nous pourrons théoriquement viser ces cibles potentielles pour éliminer les cellules sénescentes, ou tout au moins les manipuler, sans affecter les tissus sains. On parle de ciblage qui pourrait s'appliquer non seulement au vieillissement naturel, mais aussi à celui qui accompagne les traitements contre le cancer.

Entre 1998 et 2003, le génome humain est séquencé au complet. «Une prouesse technique qui ouvre alors la voie à une nouvelle ère scientifique. Très tôt dans mes études universitaires, je me suis focalisé sur la progression du cancer et sur un seul phénomène cellulaire complexe: la sénescence et le vieillissement cellulaire», explique-t-il. Un choix qui le fait voyager et côtoyer les meilleurs experts de la discipline. Sa carrière postdoctorale le mène d'abord au Lawrence Berkeley National Laboratory de l'Université de Californie à Berkeley, puis au Buck Institute for Age Research au nord de San Francisco.

En 2009, Montréal lui tend de nouveau les bras grâce au programme de rapatriement des cerveaux de la Fondation de l'Institut du Cancer de Montréal. Il est ainsi recruté par le CRCHUM et l'Institut du cancer de Montréal pour son expertise. «Un joli concours de circonstances», selon lui. Plutôt une adéquation parfaite entre les besoins du département de radio-oncologie du CRCHUM et sa spécialité, la signalisation de réponse aux dommages de l'ADN (ou RDA – détails sur le site de du CRCHUM).

1, 2, 3... Ciblez!

En 2011, un groupe de scientifiques confirme que les cellules sénescentes contribuent au vieillissement et aux pathologies associées chez les mammifères. En fait, non seulement ces cellules ne prolifèrent plus, mais elles peuvent aussi déclencher des problèmes de fonctionnement chez les cellules non endommagées qui les entourent.

« Un problème de taille si ce vieillissement cellulaire est induit prématurément par une thérapie anticancéreuse non discriminatoire. En effet, la sénescence est ainsi simultanément induite dans les tissus cancéreux (effet positif) et normaux (effet négatif) d'un patient atteint d'un cancer de la prostate ou des ovaires par exemple», explique Francis Rodier.

«Aujourd'hui, mon équipe et moi travaillons entre autres à identifier des molécules uniques aux cellules sénescentes. Une fois déterminées, nous pourrons théoriquement viser ces cibles potentielles pour éliminer les cellules sénescentes sans affecter les tissus sains. On parle de létalité synthétique», ajoute le chercheur

Son objectif ultime: «arriver à manipuler in vivo les cellules sénescentes chez l'humain». Un défi que le «chercheur-vigneron» envisage de relever à la manière d'un éleveur de vin. Avec pragmatisme ! Paraît-il que ses propres vins confectionnés à partir de Zinfandel, de Cabernet-Sauvignon ou de Marquette valent le détour...