Avoir beaucoup d'amis sur Facebook, ça peut être stressant

  • Forum
  • Le 12 novembre 2015

  • Martin LaSalle
Au-delà de 300 amis Facebook, les adolescents ayant pris part à l’étude affichaient un taux plus élevé de cortisol, l’hormone du stress.

Au-delà de 300 amis Facebook, les adolescents ayant pris part à l’étude affichaient un taux plus élevé de cortisol, l’hormone du stress.

Crédit : Benoît Gougeon

En 5 secondes

Chez les adolescents, avoir beaucoup d'amis Facebook peut être associé à davantage de stress et entraîner un risque plus élevé de souffrir de dépression à plus long terme, selon Sonia Lupien.

Avoir un réseau d'amis dans la vie est un facteur de bien-être, mais sur Facebook le nombre d'amis peut, chez les adolescents, être associé à un taux élevé de cortisol (l'hormone du stress) susceptible d'entraîner un risque plus grand de souffrir de dépression à plus long terme.

En revanche, lorsqu'ils adoptent un comportement de soutien à l'endroit de leurs amis Facebook – aimer ce qu'ils publient ou leur envoyer des mots d'encouragement –, leur niveau d'hormones du stress diminue.

Ce sont les principales conclusions qui émanent d'une étude dirigée par Sonia Lupien, professeure au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, visant à évaluer les facteurs de stress pouvant mener les adolescents ou les jeunes adultes à la dépression.

Mme Lupien et son équipe de chercheurs ont recruté 88 participants âgés de 12 à 17 ans auxquels ils ont demandé leur fréquence d'utilisation de Facebook, le nombre d'amis dans ce réseau social virtuel, les comportements d'autopromotion qu'ils adoptent et, enfin, les comportements de soutien qu'ils manifestent à leurs amis.

Parallèlement à la prise de ces quatre mesures, l'équipe a recueilli des échantillons de cortisol auprès des adolescents participants. Ces échantillons ont été prélevés à raison de quatre par jour deux jours par semaine pendant trois semaines.

Pas de lien direct avec la dépression

Aucun des adolescents ne souffrait de dépression au moment de l'expérience, mais Mme Lupien ne peut conclure qu'aucune des mesures liées à Facebook n'est associée au risque de devenir dépressif.

«Nous n'avons pas observé de dépression parmi nos participants. Toutefois, chez les adolescents, ceux qui affichent un taux élevé d'hormones du stress ne deviennent pas dépressifs rapidement : cela peut survenir plus tard», avertit celle qui est aussi directrice du Centre d'études sur le stress humain à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, affilié à l’UdeM.

En effet, d'autres études ont démontré qu'un haut taux de cortisol matinal à l'âge de 13 ans augmente de 37 % le risque de souffrir de dépression à l'âge de 16 ans. De même, certaines recherches ont établi qu'il peut s'écouler plus de 11 années avant l'apparition des symptômes de dépression grave chez les enfants qui avaient un taux élevé constant de cortisol.

Le rôle de Facebook sur le stress

Le degré de stress mesuré sur les adolescents à partir des échantillons de cortisol n'est évidemment pas entièrement attribuable au populaire réseau social. D'autres facteurs externes importants en sont aussi responsables.

«Néanmoins, nous avons estimé que l'effet isolé de Facebook sur le cortisol total est d'environ huit pour cent, conclut la chercheuse : nous avons pu montrer que, au-delà de 300 amis Facebook, les adolescents affichaient un taux plus haut de cortisol; alors on peut imaginer que ceux qui ont 1000 ou 2000 amis sur Facebook peuvent être soumis à un stress encore plus grand.»