Les Canadiens sont peu préoccupés par le réchauffement climatique

  • Forum
  • Le 27 novembre 2015

  • Daniel Baril
La construction de pipelines ne semble pas émouvoir les Canadiens.

La construction de pipelines ne semble pas émouvoir les Canadiens.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Les Canadiens ne sont pas très préoccupés par le réchauffement climatique et ils ne sont pas prêts à payer davantage pour la production d’énergie renouvelable.

À l'heure où s'ouvre la Conférence de Paris sur les changements climatiques, un sondage vient révéler que le réchauffement planétaire n'est pas une source de grande préoccupation pour les Canadiens. Il reste que près de 20 % d'entre eux se sentent déjà sérieusement touchés par les changements climatiques.

Les Canadiens semblent par ailleurs mal informés sur les données scientifiques et sur les politiques entourant cette question : seulement 50 % attribuent principalement la cause du réchauffement à l'activité humaine et un peu moins de 45 % n'ont jamais entendu parler de la bourse du carbone.

Globalement, à peine 25 % de la population paraissent bien informés, conscientisés et concernés par le problème et prêts à assumer une partie des coûts d'un virage énergétique vert.

Ce sont les principales données qui ressortent d'un sondage pancanadien qu'a réalisé une équipe de chercheurs dirigée par Erick Lachapelle, professeur au Département de science politique de l'Université de Montréal, avec la collaboration de l'Institut de l'énergie Trottier, de Polytechnique Montréal.

Au-delà de l'étonnement

À première vue, ces données recueillies entre le 1er et le 15 septembre dernier, en pleine campagne électorale, ont de quoi surprendre. La question environnementale passe en effet pour être un enjeu majeur dans les débats de société et la politique de l'ancien gouvernement Harper à ce sujet faisait partie des principales insatisfactions à son endroit.

Mais ces résultats n'étonnent pas outre mesure le professeur Lachapelle. «Nous avons voulu savoir comment les Canadiens perçoivent les changements climatiques et il s'agit là d'un enjeu très complexe pour un sondage d'opinion», souligne-t-il en expliquant les résultats à la lumière de quatre considérations.

D'une part, les aspects scientifiques et techniques du problème dépassent en complexité les capacités de rationalisation d'une bonne partie de la population qui montre un désir limité de réfléchir et de s'informer sur de tels enjeux.

Qui plus est, dans pareilles situations, on se fie souvent à son expérience personnelle des écarts de température pour procéder à des raccourcis heuristiques nous amenant à conclure que ce n'est pas bien grave ou que la question relève de l'idéologie, ajoute en substance le chercheur.

«Nous faisons aussi preuve d'un biais pour le court terme alors que les conséquences du réchauffement se feront sentir à moyen et à long terme, poursuit-il. Tant que les conséquences ne sont pas extrêmes, on s'en soucie peu.»

Finalement, il y a un nombre restreint de préoccupations auxquelles chacun de nous peut accorder de l'attention et la question du réchauffement climatique coexiste mal, dans l'esprit de la population, avec des problèmes comme ceux liés à l'économie et à la sécurité.

Aux élus de faire preuve de leadership

Devant ces faits, «il n'est pas surprenant qu'un faible pourcentage de la population soit mobilisé et que le gouvernement canadien, conscient de cela, n'ait pas senti le besoin d'agir, déclare Erick Lachapelle. Ce serait peut-être trop demander et peu réaliste de s'attendre à ce que l'opinion publique force le gouvernement à en faire plus. Pour les citoyens, il appartient aux élus de gérer des problèmes aussi complexes que celui-là. C'est donc à eux d'exercer un leadership.»

L'élection d'un nouveau gouvernement à Ottawa, le rejet du projet de pipeline Keystone XL par Washington et la tenue de la Conférence de Paris créent, à son avis, une dynamique favorable à un coup de barre de la part des élus.

Il ne minimise toutefois pas le taux de conscientisation de la population. «Que 50 % adhèrent au consensus scientifique qui attribue le réchauffement climatique à l'activité humaine demeure important compte tenu du discours du gouvernement Harper, affirme-t-il. Si le message change, ça va faire son effet.»

Si l'on ajoute à ces 50 % ceux qui estiment que le réchauffement est dû tout autant à l'activité humaine qu'à des facteurs naturels, le taux monte à 67 %. Les vrais climatosceptiques ne représenteraient que 12 % de la population.

Par contre, les Canadiens ne sont pas prêts à payer davantage pour la production d'énergie renouvelable. Le quart de la population refuserait de débourser quoi que ce soit de plus pour la même offre d'énergie, alors qu'une proportion équivalente accepterait de verser jusqu'à 50 $ par année. Seulement 15 % accepteraient de payer de 100 à 250 $ annuellement pour une énergie verte.

Ces chiffres, qui ne portent que sur le coût de production sans valeur ajoutée, ne surprennent pas non plus Erick Lachapelle. Pour faire accepter les énergies renouvelables, «il faut miser sur leurs avantages comme la création d'emplois, un air plus pur et une meilleure santé», mentionne-t-il.

Oui et non à Énergie Est

À l'échelle du pays, 46 % des Canadiens se montrent favorables au projet d'oléoduc d'Énergie Est, qui acheminerait le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au Québec, et 35 % s'y opposent. Mais ces taux varient considérablement selon les provinces. En Alberta, 73 % de la population appuient le projet et seulement 15 % sont contre. Au Québec, c'est l'inverse : 51 % le rejettent et 31 % l'approuvent. Tant au Canada qu'au Québec, de 18 à 19 % n'arrivent pas à trancher.

«La division observée dans la perception des changements climatiques apparaît aussi à l'égard des projets à incidence environnementale», remarque le chercheur.

L'ensemble du sondage l'amène à conclure que la simple diffusion d'information ne suffit pas à conscientiser adéquatement le public sur les enjeux climatiques parce que chacun interprète cette information en fonction de ses valeurs, de son idéologie et de ses autres préoccupations. «C'est aux élus de prendre les devants et d'éduquer la population, un travail pédagogique qui reste à faire.»

Les résultats de ce sondage seront publiés au début décembre sur le site de l'Institut de l'énergie Trottier. L'enquête, rendue possible grâce à l'Université de Montréal et à l'Institut de l'énergie Trottier, a été réalisée par téléphone auprès de 1014 Canadiens. La marge d'erreur est de 3,1 % 19 fois sur 20.