Le cœur a ses raisons... de vaincre la pollution

  • Forum
  • Le 30 novembre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

L'auteur de Planète Cœur, François Reeves sera présent à la Conférence de Paris sur les changements climatiques.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la pollution atmosphérique est la cause de sept millions de morts annuellement.

Dans 8 décès sur 10, c'est le cœur qui flanche. «Au Canada, on parle d'environ 20 000 morts chaque année liées à l'environnement, dont la moitié à cause d'un dysfonctionnement du système cardiovasculaire. Il est temps que ça cesse!» lance le Dr François Reeves, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, qui sera à la Conférence de Paris sur les changements climatiques pour faire reconnaître ce lien mésestimé.

Depuis la parution, en 2011, de Planète Cœur : santé cardiaque et environnement (éditions MultiMondes et du CHU Sainte-Justine), un essai richement documenté sur le sujet, le cardiologue d'intervention n'a jamais cessé de partager son expertise. Plus de 250 conférences plus tard – certaines devant de petits auditoires, d'autres devant des centaines de personnes –, l'auteur vient de voir la traduction de son livre, Planet Heart (Greystone, 2014), mise en nomination pour le Lane Anderson Award 2015, un prix littéraire couronnant le meilleur ouvrage de vulgarisation scientifique au Canada.

«Il y a quelques années à peine, j'avais un peu l'impression de prêcher dans le désert quand j'abordais les liens entre la qualité de l'environnement et la santé humaine. Même si on me recevait avec bienveillance, je sentais que mes interlocuteurs doutaient de mes prémisses. Les choses ont beaucoup changé depuis», mentionne en souriant le clinicien dont la passion pour le cœur a mené jusqu'à la création d'une œuvre musicale (voir l'encadré).

En effet, en plus de l'OMS qui a convoqué le premier sommet sur le climat et la santé en août 2014, de grandes revues scientifiques comme The Lancet ont publié des dossiers sur les répercussions des changements climatiques sur la santé humaine. Considérés comme la «principale urgence du 21e siècle», ceux-ci pourraient perturber les infrastructures et les ressources en eau et denrées, causant épidémies et crises alimentaires.

Notre homme à Paris

Durant la rencontre qui réunira des milliers d'experts et de décideurs dans la capitale française au début décembre, le professeur Reeves compte assister à différentes assemblées portant sur son thème de prédilection. «Notre société doit réaliser l'ampleur de la crise climatique en cours», résume-t-il, faisant référence à un texte qu'il a fait paraître le mois dernier dans La Presse.

Selon lui, les médecins ont un rôle à jouer dans le dénouement de la crise climatique. «Je crois qu'ils ne sont pas suffisamment conscients de l'importance de la qualité de l'environnement pour la santé. Mais les choses sont en train de changer.»

Responsable du comité Santé-Environnement à l'association Médecins francophones du Canada et membre de divers comités environnementaux, le Dr Reeves a joint le geste à la parole en entamant le verdissement des friches autour de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval. Le cardiologue a convaincu en 2007 ses confrères de consacrer une journée d'automne à la plantation d'arbres. D'abord modeste, la Journée de l'arbre de la santé a pris de l'ampleur, non seulement dans la région montréalaise mais jusqu'en Estrie et en Abitibi.

En 2015, ce sont 15 centres de santé et de services sociaux du Québec qui ont participé à l'activité, parrainée notamment par Médecins francophones du Canada, le Plan d'action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec et la Société de verdissement du Montréal métropolitain. «Les bénévoles se réunissent à l'extérieur et en profitent pour piqueniquer. Puis on sort les pelles et les arrosoirs. On plante de quelques tiges à 300 arbres en un après-midi», rapporte le cardiologue, enchanté de constater l'effet d'entraînement qu'a connu son initiative. En outre, cette journée permet de soutenir le concept d'hôpitaux verts où l'on réduit les émissions de carbone, recycle et récupère.

Engagement politique et auto électrique

À Paris, François Reeves représentera le ministre de l'Environnement du Québec, David Heurtel, puisqu'il est membre du comité chargé de le conseiller dans le cadre du Plan d'action 2013-2020 sur les changements climatiques. «Si on veut que la situation mondiale s'améliore, la rencontre de Paris est déterminante. Il faut que les pays visent une réduction des gaz à effet de serre de 80 % d'ici 2050.»

À son avis, le Québec est parmi les leaders mondiaux en ce domaine depuis que le gouvernement de Philippe Couillard a instauré un marché du carbone qui est pris en exemple ailleurs. «C'est très positif», indique le délégué, qui a récemment troqué sa voiture hybride contre une tout-électrique.

«À mon avis, dit-il au volant de sa rutilante Tesla, nous sommes bien placés pour favoriser le transport électrique. Hydro-Québec produit une énergie renouvelable et propre. De plus, nous disposons actuellement de surplus d'énergie.»

François Reeves écrit cinq poèmes symphoniques

Avant de s'envoler pour Paris, le cardiologue ira entendre, le 2 décembre, l'Orchestre symphonique de Laval, qui jouera Cœur, cinq poèmes symphoniques pour chœur et orchestre, composés par Gilles Bellemare sur les paroles de François Reeves. «Il s'agit d'une œuvre musicale inspirée de mon expérience de cardiologue d'intervention, explique le médecin du CHUM et professeur à l'Université de Montréal. C'est un peu une tournée des patients : cinq chambres, cinq poèmes. Les vers sont construits à partir d'auscultations qui constituent les riffs et leitmotivs de l'œuvre.»

Le chœur exprime les émotions du patient alors que l'orchestre donne la pulsation organique des rythmes suggérés par les maladies cardiaques.

Pour le médecin, cette première expérience de librettiste a été très riche en émotions. Il est particulièrement honoré d'avoir été invité à travailler avec le compositeur, qui s'est montré réceptif à ses propositions. Le chef d'orchestre, Alain Trudel, a fait lui aussi preuve d'ouverture durant le processus. «J'ai assisté à la répétition avec le Chœur des Petits Chanteurs de Laval et les Voies boréales. Ils sont éblouissants!»

La création, à la salle André-Mathieu, s'inscrit dans l'«Hommage aux grands Lavallois» à l'occasion du 30e anniversaire de l'Orchestre symphonique de Laval.