Le NeuroTracker permet aux athlètes d'être meilleurs en situation de compétition

  • Forum
  • Le 9 décembre 2015

  • Martin LaSalle
Thomas Romeas et Jocelyn Faubert.

Thomas Romeas et Jocelyn Faubert.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

Le programme d'entraînement en réalité virtuelle NeuroTracker permet de mesurer les capacités perceptivo-cognitives des athlètes d'élite et d'améliorer leurs performances.

Le programme d'entraînement en réalité virtuelle NeuroTracker permet de mesurer non seulement les capacités perceptivo-cognitives des athlètes de haut niveau lorsqu'ils s'entraînent en laboratoire, mais aussi l'amélioration que cet entraînement leur procure en situation de compétition.

C'est ce qui se dégage de deux études menées auprès de joueurs de l'équipe de soccer des Carabins par Thomas Romeas, doctorant en neurosciences de la vision, sous la direction du professeur Jocelyn Faubert, de l'École d'optométrie de l'Université de Montréal.

Le NeuroTracker offre un environnement en trois dimensions qui permet d'évaluer les capacités perceptives et cognitives des participants à partir de formes dynamiques dont la vitesse et la complexité des mouvements vont en s'accroissant

Meilleures capacités chez les athlètes

Dans la première étude qui a été publiée dans la revue Frontiers in Psychology, Thomas Romeas a mesuré en laboratoire l'acuité avec laquelle le cerveau traite l'information visuelle chez 40 joueurs de soccer des Carabins de l'UdeM et 19 étudiants non athlètes.

Dans une salle de réalité virtuelle, les participants devaient indiquer dans quelle direction s'orientait un corps (tantôt un marcheur, tantôt un joueur de soccer) selon différentes distances.

Puis, M. Romeas a mesuré l'angle optimal auquel le participant distinguait clairement la direction du mouvement virtuel.

Les étudiants-athlètes parvenaient à détecter une rotation très subtile dans le mouvement du marcheur virtuel à un ou deux degrés près, comparativement à deux ou trois degrés chez les non-athlètes.

«La différence est significative même s'il s'agit d'une mesure très fine, explique le chercheur. Cette différence confirme que, si les deux groupes sont experts dans la reconnaissance de ce mouvement, les athlètes sont quand même supérieurs.»

Par ailleurs, lorsque les participants regardaient bouger le joueur de soccer virtuel en situation de tir, le seuil d'angle des athlètes était de 10 degrés, soit deux fois mieux que les non-athlètes (20 degrés en moyenne, mais avec un écart pouvant aller jusqu'à 30 degrés).

«Ces résultats démontrent que les athlètes de haut niveau possèdent une capacité perceptivo-cognitive générale plus élevée que la moyenne, qu'ils sont meilleurs pour prédire la direction d'un tir ou d'un sujet qui marche, dit le doctorant. On ne sait toutefois pas si cette capacité est innée ou acquise, mais on peut penser qu'elle est les deux à la fois.»

Passes plus précises en situation de jeu

Dans sa seconde étude, publiée dans la revue Psychology of Sport and Exercise, Thomas Romeas a cherché à savoir si l'entraînement virtuel avec le NeuroTracker permettait d'améliorer les performances perceptivo-cognitives sur le terrain.

Il a recruté 23 joueurs de l'équipe de soccer des Carabins qui ont joué 10 matchs sur un terrain intérieur (à cinq contre cinq). Ensuite, certains d'entre eux ont été soumis à 10 séances d'entraînement avec le NeuroTracker, tandis que les autres ont suivi un entraînement par vidéo en trois dimensions ou n'en ont reçu aucun. Enfin, tous ont rejoué 10 parties sur le terrain.

Tout au long des matchs, les joueurs étaient évalués à l'aveugle par un instructeur de l'Impact de Montréal, à l'aide d'une grille d'évaluation standardisée et adaptée au soccer. Les principaux points mesurés étaient les passes réussies, les tirs et les dribles. Parallèlement, les joueurs se sont autoévalués à l'issue de l'expérience.

«Les joueurs entraînés avec le NeutroTracker ont amélioré de 15 % la précision de leurs passes, soit un élément important en situation de jeu lorsque les adversaires fourmillent autour de soi», mentionne M. Romeas. Celui-ci n'a toutefois pu évaluer l'amélioration des tirs et des dribles, puisque les joueurs n'en ont pas suffisamment effectué durant les parties pour que les données soient significatives.

Au chapitre de l'autoévaluation, tant les joueurs entraînés avec le NeuroTracker que ceux «entraînés» avec la vidéo ont estimé s'être améliorés. «Or, les mesures objectives n'ont révélé aucune amélioration chez les seconds. C'est là une preuve que l'effet placébo a fonctionné», a souligné Thomas Romeas.

Pour le professeur Jocelyn Faubert, l'étude «démontre que l'entraînement avec le NeuroTracker permet de se développer en dehors d'un contexte sportif et de transposer les effets de cet entraînement sur la prise de décision en situation de jeu réel».

Avec une meilleure compréhension de la capacité cognitive fondamentale qui est propre aux athlètes d'élite, une question se pose : doit-on faire commencer aux jeunes sportifs un entraînement spécialisé afin qu'ils deviennent performants?

«Il semble que commencer jeune soit une bonne stratégie, mais pas nécessairement de façon spécialisée, conclut M. Faubert. Il faut pratiquer plus d'une activité sportive afin de développer un cerveau sportif.»