Faut-il éviter les baisers à Noël?

  • Forum
  • Le 10 décembre 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé
Le baiser mouillé (french kiss) est un assez mauvais vecteur du rhume.

Le baiser mouillé (french kiss) est un assez mauvais vecteur du rhume.

Crédit : Benoît Gougeon

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Les bises sur la joue sont sans danger mais les poignées de main peuvent transmettre des infections.

«Joyeux Noël!» Avec ce souhait viennent les embrassades et poignées de main traditionnelles, vecteurs importants de maladies infectieuses. En ces temps de rhume, plusieurs se posent la question : faut-il éviter d'embrasser la parenté et les collègues de bureau durant les fêtes?

«Ne vous privez pas de ce plaisir, répond le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. On ne vit pas dans un monde stérile et c'est tant mieux.» Même réaction du Dr Denis Phaneuf, microbiologiste et infectiologue à l'Hôtel-Dieu du CHUM : vivre, c'est prendre des risques, dit-il. Mais il ajoute, plus sérieusement : «Il n'y a aucun problème avec les bises sur la joue. Quant aux poignées de main, elles peuvent transmettre des infections, surtout parce qu'on se gratte les yeux ou le nez peu de temps après.»

Relatant une étude réalisée à l'Université du Michigan dans les années 80, le Dr Phaneuf affirme que même le baiser mouillé (french kiss) est un assez mauvais vecteur du rhume. «Seule 1 personne sur 15 avait contracté le rhume après un tel baiser, alors que 13 sur 15 en avaient été atteintes après un échange tactile.»

L'expérience menée à Ann Arbor s'appuyait sur l'expérimentation en conditions contrôlées d'un rhinovirus bien identifié chez une jeune adulte. La personne infectée devait tenter de transmettre son rhume de trois façons : par les mains, la bouche et les airs. Dans une pièce fermée, trois groupes de 15 hommes se sont succédé auprès d'elle. Avec le premier, elle devait mettre un masque et frotter les mains de chacun des participants pendant une minute. Ceux-ci, portant aussi un masque, devaient par la suite se toucher les yeux et le nez. Dans le deuxième groupe, les sujets portaient des gants de caoutchouc, mais ils devaient, tour à tour, embrasser longuement la jeune fille. Enfin, dans le dernier groupe, il n'y avait aucun contact direct : les participants se limitaient à jouer aux dames. «Cette étude démontre que le nez et les yeux sont des portes d'entrée idéales pour le virus du rhume, alors que la bouche ne l'est que rarement. Quant à la transmission par l'air, c'est un facteur négligeable», explique le Dr Phaneuf.

Un long baiser provoque l'échange d'eau, de mucus, d'enzymes et d'électrolytes (sodium, chlore, potassium). De plus, on met en contact les centaines de bactéries de la bouche. La salive peut transmettre l'herpès, la gastroentérite, la grippe et la mononucléose, justement surnommée la «maladie du baiser». «C'est vrai, mais il ne faut pas être obsessif vis-à-vis des microbes, note Karl Weiss. Vous n'attraperez pas une maladie cardiaque en embrassant votre grand-mère!»

Oui, mais l'infection au streptocoque A (appelé «bactérie mangeuse de chair») peut donner la mort dans les 24 heures qui suivent un contact physique. Et il y a des maladies comme l'ulcère d'estomac (provoqué par la bactérie Helicobacter pylori) qui sont possiblement transmissibles d'une personne à l'autre. «Ces cas sont excessivement rares, nuance le Dr Phaneuf. Et ils surviennent alors que des conditions très spéciales sont réunies.» Quant à la maladie du baiser, «vaut mieux l'attraper jeune, alors qu'elle est bénigne».

Partisan de la vaccination contre la grippe, le médecin croit qu'on peut limiter la propagation des virus et bactéries en effectuant des gestes très simples. «Il faut se laver les mains plus souvent qu'à l'ordinaire, car le risque d'infection augmente en proportion du nombre de contacts. Et, si vous avez des symptômes de grippe ou de rhume, ne faites pas exprès pour les transmettre aux autres.»

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a récemment distribué de l'information sur la «politesse respiratoire» visant à prévenir la prolifération des maladies infectieuses. Mais ces mesures se heurtent à une culture de l'individualisme. «Au Japon, dès qu'une personne se croit contagieuse, elle fait le nécessaire pour ne pas infecter son entourage. Ici, les gens ne se préoccupent que des risques qu'ils courent.»