Les adolescents séparés de leur père risquent plus de souffrir de symptômes dépressifs

  • Forum
  • Le 15 décembre 2015

  • Martin LaSalle
Des symptômes dépressifs touchent les adolescents après le départ du père du foyer familial, mais ces symptômes sont le plus souvent temporaires.

Des symptômes dépressifs touchent les adolescents après le départ du père du foyer familial, mais ces symptômes sont le plus souvent temporaires.

Crédit : Thinkstock.

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Les adolescents séparés de leur père courent plus de risques de souffrir de stress et de symptômes dépressifs transitoires quatre à neuf mois suivant la séparation de leurs parents.

À la suite de la rupture entre leurs parents, les adolescents qui sont séparés de leur père sont plus à risque de ressentir de l'inquiétude, de l'anxiété et des symptômes dépressifs au regard de la dissolution de la famille et de la précarité de la situation financière pouvant en résulter. Ces troubles peuvent apparaître et disparaître dans les neuf mois suivant la séparation.

C'est ce que met en lumière la professeure Jennifer O'Loughlin, du Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, dans une étude récemment parue dans la Revue canadienne de psychiatrie.

Durant cinq ans, Mme O'Loughlin et son équipe de chercheurs ont suivi 1160 élèves francophones et anglophones montréalais qui, au début de l'étude amorcée en 2002, étaient âgés de 12 et 13 ans et vivaient avec leurs deux parents.

À chaque année de leur secondaire, ils répondaient tous les trois mois à un questionnaire mesurant certains indicateurs de leur santé mentale, dont les symptômes de dépression, l'inquiétude et le stress relativement à leurs relations et situations familiales.

Changement sur le plan relationnel

Contrairement aux adolescents qui habitaient toujours avec leurs deux parents, ceux qui avaient vécu une séparation où le père avait quitté le foyer familial disaient éprouver – de quatre à six mois plus tard – plus de symptômes dépressifs, ainsi que de l'inquiétude ou du stress concernant la séparation et la nouvelle vie de famille, la situation financière familiale et la relation avec le père.

Entre le septième et le neuvième mois suivant la séparation, l'éloignement du père était encore associé à de l'inquiétude et à du stress, mais pas à la dépression ni à la relation avec le père : c'est plutôt la relation avec la mère qui suscitait stress ou inquiétude chez ces adolescents.

«Ce changement sur le plan relationnel peut être attribuable au fait que la mère est souvent appelée à jouer un nouveau rôle en exerçant plus de surveillance ou de discipline, ce qui peut provoquer des tensions entre elle et ses enfants», avance Jennifer O'Loughlin.

Autre hypothèse émise par la professeure : il est possible que les jeunes ressentent plus d'anxiété devant le défi additionnel que leur mère doit relever en assumant des responsabilités familiales accrues.

Par ailleurs, la consommation d'alcool ou de tabac chez les adolescents n'était pas liée au départ du père à court terme, contrairement à ce qu'une étude menée il y a 30 ans avait affirmé. «Il est possible que ces substances soient perçues négativement par les jeunes et qu'ils évitent de les consommer, plus particulièrement si l'abus de substances chez le père était la source de la discorde conjugale», avance Mme O'Loughlin.

Symptômes transitoires

Les auteurs de l'étude écrivent que «les parents séparés ainsi que leurs adolescents peuvent être rassurés par les résultats de l'étude, qui montrent que les symptômes dépressifs sont généralement transitoires, suivant la séparation».

Néanmoins, ils recommandent la vigilance à tous ceux qui côtoient de jeunes adultes dont les parents se sont récemment séparés – famille, enseignants, entraîneurs, amis et médecins de famille.

«Ils peuvent avoir besoin d'un soutien informel ou d'une thérapie pour éviter que les symptômes dépressifs progressent et deviennent un problème de santé mentale plus grave», concluent-ils.