Les incendies de forêt en Europe sont causés par l'homme depuis 7000 ans

  • Forum
  • Le 21 décembre 2015

  • Martin LaSalle
Olivier Blarquez poursuit ses recherches sur le continent africain, afin de déterminer les facteurs qui ont influencé la transition entre forêts et savanes au fil des millénaires. En Afrique, les incendies ont grandement influencé cette transition, notamment parce que l’homme allumait (et allume encore!) des feux pour circonscrire les territoires de chasse.

Olivier Blarquez poursuit ses recherches sur le continent africain, afin de déterminer les facteurs qui ont influencé la transition entre forêts et savanes au fil des millénaires. En Afrique, les incendies ont grandement influencé cette transition, notamment parce que l’homme allumait (et allume encore!) des feux pour circonscrire les territoires de chasse.

Crédit : Julie Aleman.

En 5 secondes

Depuis environ 7000 ans en Europe, il n'y a plus de feux de végétation dont la cause soit naturelle. C'est essentiellement l'homme qui est responsable des incendies de forêt.

Les feux de forêt et de brousse constituent un phénomène naturel depuis la nuit des temps, la plupart étant allumés par la foudre. Mais en Europe, ce sont essentiellement les activités humaines qui sont responsables de tels incendies.

À partir d'échantillons de charbon de bois tirés de sédiments de fonds de lacs disséminés en Europe, Olivier Blarquez et une équipe de chercheurs ont reconstruit par modélisation le «régime de feu» qui a cours sur le vieux continent depuis 16 000 ans.

«Un régime de feu représente la façon dont on exprime physiquement l'occurrence des incendies de végétation, c'est-à-dire la taille, la fréquence, la gravité, la saisonnalité et l'intensité des feux, ainsi que la quantité de biomasse qu'ils produisent», explique le professeur du Département de géographie de l'Université de Montréal.

Les feux de brousse et de forêt ne sont pas tous les mêmes. Selon le lieu où ils surviennent et le type de combustibles qui les alimentent, ils laissent derrière eux différentes matières organiques – la biomasse – qui se redistribuent dans la nature.

C'est à partir des traces de cette biomasse brûlée et enfouie dans les sédiments qu'Olivier Blarquez a effectué sa recherche, dont les résultats ont été publiés dans la revueQuaternary Science Reviews1.

«Les sédiments de charbon de bois ont été tirés de carottes qu'on a prélevées au fond d'une vingtaine de lacs, car c'est l'endroit où l'on trouve les meilleurs enregistrements en paléoécologie, mentionne-t-il. Le fond d'un lac fonctionne comme un gros frigo qui conserve parfaitement la biomasse, qui se sédimente et se stratifie.»

Modéliser les feux survenus depuis 16 000 ans

Olivier Blarquez et l'équipe de chercheurs ont extirpé et analysé des sédiments datant de 16 000 à 7000 ans avant notre ère, soit l'époque du pléistocène – une période de glaciation au cours de laquelle il y a eu peu de feux de végétation et d'accumulation de biomasse brûlée.

Mais entre 8000 et 6000 ans, vers le début de l'holocène ‒ qui est aussi l'ère dans laquelle nous vivons aujourd'hui ‒, la montée des températures a engendré une forte combustion de biomasse en raison des régimes de feu.

«Or, l'analyse des sédiments nous indique que, depuis 7000 ans, il y a eu une baisse de la biomasse brûlée, alors qu'on s'attendait à ce qu'elle ait augmenté ou stagné», fait remarquer M. Blarquez.

Cette baisse paraît d'autant plus paradoxale que, depuis 7000 ans, le nombre d'incendies provoqués par l'être humain s'est accru. Il est même à son paroxysme depuis les 1000 dernières années, soit depuis le Moyen Âge.

«L'homme utilise le feu depuis le néolithique pour aménager son territoire, le cultiver et mieux y chasser aussi, et la preuve est flagrante», souligne M. Blarquez .

Pas de régime de feu naturel

Pour mieux comprendre la diminution de la biomasse brûlée révélée par les échantillons de sédiments, Olivier Blarquez et son équipe ont eu recours à deux simulations par ordinateur des incendies survenus au fil de l'histoire.

La première, qui isolait l'effet du climat sur les incendies naturels, a montré une stagnation du régime de feu. Dans la seconde modélisation, on a ajouté l'existence de l'homme à l'équation. «Nous avons observé une baisse de la biomasse brûlée, ce qui corrobore notre lecture des sédiments extraits, ajoute-t-il. Notre modèle confirme donc ce que les preuves sédimentaires nous disent.»

Plus encore, l'étude de ces sédiments combinée avec la modélisation aboutissent à un résultat clair : depuis au moins 7000 ans, il n'y a plus de régime de feu naturel en Europe.

«Depuis le néolithique, l'homme est majoritairement responsable des régimes de feu européens et des effets qu'ils ont sur la biosphère, conclut Olivier Blarquez. On le suspectait depuis longtemps et, maintenant, on en a la preuve.»

1. B. Vannière et autres, “7000-year human legacy of elevation-dependent European fire regimes”, Quaternary Science Reviews, décembre 2015.