Ana Inés Ansaldo : apprenez plusieurs langues, votre cerveau le peut et le veut!

Ana Inés Ansaldo au centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Ana Inés Ansaldo au centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Crédit : Bonesso-Dumas.

En 5 secondes

La professeure Ana Inés Ansaldo présente ses travaux consacrés aux circuits cérébraux dédiés à la récupération du langage et au bilinguisme.

Un espresso fumant sur la table, une lumière printanière et diffuse comme une invitation au voyage. En fond sonore, la voix calme d'Ana Inés Ansaldo égrène avec humilité ses fascinantes recherches.

Professeure agrégée à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal et directrice du laboratoire de plasticité cérébrale, communication et vieillissement au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, elle étudie depuis dix ans les circuits cérébraux dédiés à la récupération du langage et au bilinguisme.

D'origine argentine, Ana Inés Ansaldo commence sa carrière d'orthophoniste à Buenos Aires. «Je constate alors que certains de mes patients, victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC), parviennent à récupérer la fonction du langage et à s'améliorer bien après leur accident. Comment est-ce possible?», se rappelle-t-elle.

Sa curiosité piquée, elle décide d'explorer le sujet. Direction le Québec, aller simple pour Montréal il y a 20 ans. Dans ses bagages, sa fille de six ans, bilingue contrairement à sa mère. Qu'importe, la passion a raison des frontières géographiques et linguistiques. Elle obtiendra son doctorat en sciences biomédicales à l'Université de Montréal en 2005 et le complétera d'un postdoctorat à l'Université McGill en 2009 (McConnell Brain Imaging Center, Institut neurologique de Montréal).

Depuis, elle parle la langue de Molière mieux que les Français. Et, quitte à arpenter le monde de la plasticité cérébrale, véritable base de l'apprentissage continu chez l'être humain, autant lui faire honneur. Mme Ansaldo parle espagnol, anglais, italien et portugais. «Idéalement, je voudrais apprendre le grec, dit-elle. Ce qui est captivant avec l'étude du langage et de ses mécanismes cérébraux, c'est que nous étudions la cognition dans son ensemble.»

La grande souplesse du cerveau

«Dans l'une de nos études, nous avons soumis des patients post-AVC (15-20 ans après accident), présentant des troubles du langage, à six semaines de thérapie au rythme de trois séances par semaine. Résultat? Si le cerveau est stimulé correctement, il est possible d'aller solliciter des régions nécessaires au langage et d'en récupérer l'usage. Autrement dit, la plasticité cérébrale est induite par la thérapie», explique la chercheuse.

Ses travaux pourraient avoir des impacts directs sur les politiques de santé publique que ce soit sur les manières de rééduquer les personnes atteintes d'aphasie après un AVC par exemple ou d'organiser les équipes de réadaptation (ergothérapeute, physiothérapeute, orthophoniste, etc.). On parle ici de cothérapie et même de médecine personnalisée. «En identifiant des marqueurs neurofonctionnels, on pourra déterminer quelles thérapies, adaptées au fonctionnement du cerveau, sont les plus efficaces pour amorcer la récupération du langage chez un groupe de patients donné», explique-t-elle.

Et le bilinguisme dans tout ça? Pourquoi s'intéresser aux mécanismes de plasticité des cerveaux vieillissants et à leurs capacités de traitement du langage?

«Les bilingues ne sollicitent pas les circuits cérébraux situés dans les lobes frontaux de la même façon que les unilingues. Leur capacité à gérer différents stimuli à la fois, à inhiber ou à activer les circuits du contrôle exécutif, très sensibles au vieillissement, leur procure une protection supplémentaire. Le cerveau des bilingues est plus résistant au vieillissement.» Ne désespérez pas, il n'y a pas d'âge pour apprendre une nouvelle langue. Votre plasticité cérébrale saura vous mener à bon port!

Pour sa part, Ana Inés Ansaldo cultive son amour pour l'océanographie et fait vibrer ses cordes vocales au sein d'un groupe musical. En filigrane de toutes ses activités, un mantra : apprendre.

«J'adore ce mot en français. C'est le même mot pour l'élève et le professeur. Il symbolise bien les échanges que j'ai avec mes étudiants, cet esprit de cocréation. Sans cesse, ils me poussent à raffiner mes pensées. Et c'est tant mieux!»