Comprendre les comportements antisociaux : sur la piste de la génétique et de l'environnement

«On sait déjà que les personnes victimes ou témoins de violence au cours de l'enfance sont plus susceptibles de s'engager dans des trajectoires antisociales à l'adolescence et à l'âge adulte», déclare Isabelle Ouellet-Morin.

«On sait déjà que les personnes victimes ou témoins de violence au cours de l'enfance sont plus susceptibles de s'engager dans des trajectoires antisociales à l'adolescence et à l'âge adulte», déclare Isabelle Ouellet-Morin.

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Un gène impliqué dans la régulation des émotions pourrait influencer l'impact à long-terme de la violence vécue au cours de l'enfance sur les comportements antisociaux des individus.

Un gène impliqué dans la régulation des émotions et du comportement pourrait influencer l'impact à long terme de la violence vécue au cours de l'enfance sur les comportements antisociaux des individus.

Cette conclusion est le fruit d'une étude longitudinale menée par une équipe de chercheurs de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal(CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal) et de l'Université de Montréal sur 327 jeunes hommes vivant au Québec (Étude longitudinale des enfants de maternelle au Québec) et dont certains ont été exposés à de la violence au cours de leur enfance.

«On sait déjà que les personnes victimes ou témoins de violence au cours de l'enfance sont plus susceptibles de s'engager dans des trajectoires antisociales à l'adolescence et à l'âge adulte, déclare Isabelle Ouellet-Morin, chercheuse à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Des études génétiques ont par la suite rapporté que cette influence pouvait être exacerbée par des différences inscrites dans l'ADN, dont le gène de la monoamine oxydase A [MAOA]», explique la professeure de l'École de criminologie de l'Université de Montréal.

La MAOA est une enzyme qui dégrade des neurotransmetteurs appelés monoamines (noradrénaline, sérotonine et dopamine), dont le déséquilibre dans certaines zones du cerveau pourrait jouer un rôle dans la régulation des émotions et le comportement d'inhibition. «Les résultats relatifs au rôle du gène MAOA dans l'interaction entre les expériences adverses vécues dans l'enfance et les comportements antisociaux étaient jusqu'à présent fluctuants, c'est pourquoi nous voulions faire cette étude, pour tenter de clarifier la situation», affirme Mme Ouellet-Morin.

Cette cohorte de participants, suivie pendant plus de 15 ans, a servi de base aux chercheurs pour évaluer le rôle du gène MAOA dans divers comportements antisociaux, comme la violence dans les relations intimes et les symptômes associés à une personnalité antisociale (p. ex., effectuer des activités illégales, être impulsif, n'avoir aucun remords, etc.). Ils ont également voulu savoir si l'influence exercée par ce gène se manifestait différemment selon l'exposition relative des participants à de la violence au cours de leur enfance.

Résultats

Après l'analyse des données, Mme Ouellet-Morin et son équipe ont confirmé que l'exposition à la violence est associée à une augmentation de symptômes liés à un trouble de la conduite à l'adolescence et à une personnalité antisociale à l'âge adulte, et à une probabilité plus élevée de manifester des comportements d'agression dans leurs relations intimes.

Dans les faits, cette étude met en évidence l'effet modulateur du gène MAOA sur la manifestation de comportements antisociaux chez les jeunes hommes ayant été exposés à de la violence lorsqu'ils étaient enfants.

Les hommes porteurs d'un polymorphisme moins commun du gène MAOA dans la population (environ 30% des hommes) sont, en moyenne, plus à risque de manifester ces comportements à l'adolescence et au début de l'âge adulte comparativement à ceux n'ayant pas ce polymorphisme, mais aussi exposés à de la violence au cours de leur enfance.

«Ce résultat montre bien que nos gènes n'ont pas toutes les réponses sur le devenir des individus, pas plus que l'environnement d'ailleurs. L'opposition entre l'inné et l'acquis est un faux débat. Le défi est maintenant de chercher à mieux comprendre les mécanismes par lesquels la vulnérabilité et la résilience persistent chez des personnes exposées à des contextes de vie adverses. Une partie de cette réponse se trouve dans l'interaction constante entre l'individu et son environnement, incluant notre bagage génétique», conclut Mme Ouellet-Morin.

À propos de l'étude

Isabelle Ouellet-Morin, Sylvana M. Côté, Frank Vitaro, Martine Hébert, René Carbonneau, Éric Lacourse, Gustavo Turecki et Richard E. Tremblay, «Effects of the MAOA gene and levels of exposure to violence on antisocial outcomes», The British Journal of Psychiatry.

Ressources pour les médias

  • Catherine Dion
    Institut universitaire en santé mentale de Montréal
    Tél: 514 251-4000 p. 2986
  • Julie Gazaille
    Université de Montréal
    Tél: 514 343-6796