Discrimination : un Québec tolérant, sauf que...

  • Forum
  • Le 14 janvier 2016

  • Martin LaSalle
Le sondage démontre que plus les personnes sont éduquées, plus elles sont ouvertes à la diversité, même en ce qui a trait aux religions, qui apparaissent pourtant comme une réalité «globalement négative» pour 45 % de la population.

Le sondage démontre que plus les personnes sont éduquées, plus elles sont ouvertes à la diversité, même en ce qui a trait aux religions, qui apparaissent pourtant comme une réalité «globalement négative» pour 45 % de la population.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Les Québécois sont favorables à la diversité qui caractérise leur société, sauf lorsqu'il est question de la religion, des assistés sociaux et des manifestants, selon une étude menée à l'UdeM.

Les Québécois ont en général une opinion favorable de la diversité qui caractérise leur société. Ils se montrent plutôt bien disposés à l'égard des personnes de couleur, de celles qui sont handicapées, des homosexuels, des autochtones, ainsi que des personnes d'une autre origine ethnique.

Toutefois, lorsqu'il est question de religion, leur degré de sympathie diminue significativement. Ceux dont ils se méfient le plus? Les assistés sociaux et les manifestants...

Ce sont là les grandes lignes qui se dégagent d'un vaste sondage dont les résultats évaluent la perception de la discrimination au Québec. L'étude a été dirigée par Pierre Noreau, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, en collaboration avec des chercheurs d'autres universités québécoises. Elle a été réalisée à la demande de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse1.

Reposant sur un échantillon de 1500 personnes âgées de 18 ans et plus, l'enquête permet de distinguer, relativement à différents groupes de la société, les opinions positives et négatives des répondants.

Opinion positive des répondants vis-à-vis des personnes de certaines catégories sociales

Groupes de référence %
Les personnes ayant un handicap 91,6
Les personnes de couleur 88,2
Les jeunes 84,0
Les homosexuels 84,4
Les autochtones 77,4
Les personnes d'une autre origine ethnique 75,7
Les personnes d'une autre religion 68,3
Les assistés sociaux 50,9
Les manifestants 43,3

Si la moitié des Québécois estiment que les inégalités sont inévitables dans la société, près de 60 % jugent le Québec «assez ouvert» aux personnes d'autres origines, tandis que près de 25 % le trouvent «trop ouvert».

Ainsi, l'appui aux accommodements religieux est de 60 %, mais il passe sous la barre des 50 % lorsqu'il est question d'accommodements particuliers comme l'attribution de locaux pour la prière ou la prise en compte d'exigences alimentaires dans les cafétérias des écoles.

«En parallèle, les répondants accordent un soutien presque unanime aux accommodements visant les personnes handicapées, les femmes enceintes ou ayant des enfants et les personnes confrontées à des problèmes de santé mentale ou de dépendance», précise Pierre Noreau.

Cela est attribuable au fait que «le terme accommodement raisonnable est piégé aujourd'hui, en partie en raison de l'exploitation politique qui en a été faite», considère celui qui est aussi chercheur au Centre de recherche en droit public de l'UdeM.

Par ailleurs, quand on a demandé aux participants si le profilage dans les interventions policières est une pratique acceptable, ils ont répondu par l'affirmative en ce qui a trait aux manifestants (60 %), aux jeunes (46 %), aux groupes religieux (33 %), aux itinérants (31 %), aux autochtones (29,6 %), aux groupes ethniques (26 %) et aux personnes de couleur (25,7 %).

Les formes de discrimination vécues

Si 8 Québécois sur 10 affirment ne pas avoir souffert de discrimination au cours des deux dernières années, près de 20 % indiquent avoir subi une forme ou une autre de discrimination. L'âge (26 %) et le sexe (22 %) – surtout chez les femmes – sont les deux principales causes de discrimination déclarées par les répondants. Suivent l'origine ethnique (13 %), l'orientation politique (12 %), la religion (10 %) et un handicap (9 %). La couleur de la peau et l'orientation sexuelle sont à l'origine d'une discrimination dans seulement 5 % et 4 % des cas respectivement.

Et ces expériences de discrimination sont essentiellement vécues au travail (44 %) et dans un lieu public (24 %).

Toutefois, seulement 4 % des participants qui disent avoir été victimes de discrimination portent plainte, les autres préférant en parler à leur entourage (37,7 %), garder cela pour eux (30 %) ou discuter avec la personne à l'origine de la discrimination (28,5 %).

«Il importe de noter que les faits liés à la discrimination sexuelle touchent surtout les femmes, et ce, dans près de 90 % des cas», souligne le professeur de l'UdeM. Ces situations surviennent en milieu de travail (36 %) ou dans un endroit public (42 %).

Éducation, lieu de résidence et discrimination

Certaines nuances méritent d'être apportées à ces résultats globaux, selon Pierre Noreau. Ainsi, l'analyse des données montre notamment que, plus les gens sont éduqués, plus ils sont ouverts à la diversité, même en matière de religion.

En effet, l'étude révèle que ce n'est pas tant la différence d'appartenance religieuse qui est un enjeu, mais bien le fait religieux lui-même : 45 % des Québécois déclarent que la religion leur apparaît comme une réalité «globalement négative».

Pour le professeur Noreau, ce point de vue s'inscrit dans l'histoire de la société québécoise elle-même. Néanmoins, puisqu'une proportion équivalente des répondants affirme se méfier des personnes qui affichent trop publiquement leur appartenance à une religion, «cela pose un problème quant au droit à la liberté d'expression», mentionne-t-il.

Par ailleurs, la variable régionale s'avère peu significative lorsqu'il s'agit de comprendre le phénomène de la discrimination, bien que la réalité montréalaise doive être saisie dans sa spécificité.

«En définitive, au-delà de l'âge des participants et de leur niveau de scolarité, c'est surtout la proximité et la fréquence des relations avec des personnes handicapées ou homosexuelles, par exemple, qui influence l'acceptation ou non des différences», fait remarquer Pierre Noreau.

«Notre étude représente une radiographie de la perception de la discrimination au Québec et, pour qu'elle soit de nature comparative, il faudra que d'autres études du genre soient menées dans le temps, ici et ailleurs au Canada, conclut le professeur Noreau. Au Québec, on s'étudie trop peu en tant que société. Or, c'est en le faisant davantage qu'on se comprendra mieux!»

Note

1. P. Noreau et autres, Droits de la personne et diversité, décembre 2015 (.pdf). [Rapport de recherche remis à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse].