Santé mentale : deux employés et une étudiante témoignent

En 5 secondes

Deux employés et une étudiante de l’Université de Montréal partagent leurs expériences des troubles de santé mentale.

Deux employés et une étudiante de l’Université de Montréal partagent leurs expériences des troubles de santé mentale.

Quand la santé mentale chancelle, la dernière chose dont on a besoin, c'est du regard réprobateur de l'entourage. D'où la tendance à garder son mal pour soi. Et pourtant, parler, aller chercher une forme ou une autre de soutien sont une étape incontournable. Rencontre avec trois membres de la communauté de l'UdeM.

  • Patrick Laplante.

    Crédit : Amélie Philibert.

Patrick Laplante, commis aux bibliothèques

Vous connaissez depuis l'âge adulte des problèmes de santé mentale...

J'ai surtout vécu des problèmes d'angoisse et, lorsqu'on est anxieux, ça rend la gestion du stress plus difficile. Une période stressante risque de surmener une personne anxieuse plus qu'une autre. J'ai donc aussi connu deux épisodes d'épuisement professionnel.

Parlez-vous de ces problèmes de santé mentale au travail?

Pas vraiment, non. Je pense qu'on en parle difficilement parce que plusieurs jugent les personnes qui en souffrent et ce jugement est lourd à porter. Quand on vit de tels problèmes, on n'est déjà pas fort! C'est justement quand on est fragile qu'on a besoin de compassion et de soutien, et pas du jugement des autres.

Pourquoi alors accepter de témoigner ici?

Je crois que c'est un besoin. Lorsqu'on est dans une période difficile, ça peut nous donner espoir de savoir que d'autres personnes sont passées par là. Et puis, mon témoignage pourrait permettre à quelqu'un de prendre conscience qu'il a des problèmes. Je vis encore des moments d'angoisse, mais maintenant j'ai des outils pour m'aider à les gérer. Quand on est conscient du problème, ça fait toute une différence.

Qu'avez-vous appris à travers vos problèmes de santé mentale?

J'ai appris à m'écouter. Mon père me disait tout le temps «Endure, t'es un homme!» Mais endurer sans s'écouter, ça n'aide pas. La personne la plus importante dans notre vie, c'est nous-même. Ce n'est pas nécessaire d'être égoïste, on peut avoir beaucoup de générosité et d'empathie, mais il faut prendre soin de soi. Personne ne peut nous «rendre» heureux.

Que peut-on faire pour aider une personne de son entourage qui vit des problèmes de santé mentale?

L'écouter. Et écouter ne veut pas dire donner des trucs ou chercher des solutions, c'est simplement écouter. Écouter sans jugement.

  • Andrea Roulet.

    Crédit : Amélie Philibert.

Andrea Roulet, étudiante de 2e année, Faculté de droit

Avez-vous de la difficulté à parler de vos problèmes de santé mentale?

J'ai mis plus de deux ans à admettre que j'avais un problème, mais aujourd'hui je n'ai pas de gêne à en parler parce que c'est justement ce qui a fini par m'aider. Si je n'avais pas parlé et cherché de l'aide, je ne sais pas ce que je serais devenue.

Quand avez-vous commencé à vous sentir moins bien?

J'ai commencé à avoir des problèmes d'angoisse au cégep. Ça s'est amplifié avec mes études universitaires à Carleton. Pourtant, j'adorais mes études et mon programme de page était une belle expérience (NDLR : Andrea participait au programme des pages de la Chambre des communes). Ma sœur m'a conseillé de consulter, mais quelque chose dans ma tête me disait «C'est juste une phase, tu n'as pas besoin de parler à quelqu'un, tu es capable de gérer ça toute seule».

Vous avez donc mis du temps avant de consulter quelqu'un?

En fait, je pensais que je ne méritais pas d'aller chercher de l'aide, je considérais qu'il y avait des gens dont la situation était bien pire et que leurs besoins étaient plus importants que les miens. Je me disais : «Il n'y a rien qui va mal dans ma vie : j'ai la meilleure famille, de bonnes amies, j'étudie dans une merveilleuse université, je n'ai aucune raison de ne pas être bien.» Même après avoir entamé une thérapie, je n'étais pas encore convaincue que c'était la meilleure chose pour moi. Ce n'est qu'avec l'aide professionnelle que j'ai été capable d'accepter ce que je vivais.

Y a-t-il quelque chose en particulier qui vous a aidée dans cette thérapie?

J'ai commencé à inscrire au quotidien mes sensations physiques pour pouvoir les associer à des émotions. Je ressentais plein de choses physiquement, mais je ne pensais pas que c'était des indices de mes émotions. Je ne me décrivais pas comme une personne émotive... Je suis cependant une personne très émotive, et ç'a été vraiment cool de l'apprendre!

Comment vous sentez-vous aujourd'hui?

En ce moment je me sens très stable, mais ma définition de ce qui est stable n'est pas la même que celle d'il y a trois ans. Je suis stable parce que, justement, j'accepte de me sentir triste, de me sentir en colère. J'accepte toutes les émotions, autant positives que négatives. Être stable veut dire accepter d'être instable. Et l'angoisse s'en trouve diminuée.

Craignez-vous les répercussions des problèmes de santé mentale sur vos études ou votre future carrière?

Oui, j'y ai pensé. Pendant ma première session en droit, j'ai eu de nouveau une période d'angoisse très forte, alors j'ai choisi de réduire le nombre de cours pour m'occuper de ma santé. J'ai pris ce temps pour faire des exercices appris lors de mes séances de thérapie et ils m'ont fait beaucoup de bien. Mais, sur mon relevé de notes, c'est écrit que je n'ai suivi que quatre cours au lieu de six. Lorsque la course aux stages va commencer, parce que c'est très compétitif et que les notes sont très importantes, on va certainement me poser la question «Pourquoi n'as-tu suivi que quatre cours?»

Qu'allez-vous répondre?

J'ai fait ça parce que c'était nécessaire... et je ne suis pas gênée de dire que j'en avais besoin.

Cette employée a préféré garder l'anonymat

Vous avez souffert de...

J'ai reçu un diagnostic de dépression majeure chronique à la mi-trentaine. Avec l'aide du psychiatre qui m'a soignée, j'ai pu établir rétrospectivement que j'avais vécu une première dépression majeure à l'âge de 15 ans. Pendant 20 ans, j'ai donc essayé de régler moi-même ce qui n'allait pas, de trouver une solution. C'est long, 20 ans...

Qu'est-ce qui a fini par vous aider?

Les médicaments. J'avais suivi auparavant d'excellentes thérapies et je ne dirai jamais assez à quel point elles ont été bénéfiques. Mais, sans médicaments, je tournais en rond. La thérapie m'a permis de prendre conscience de ce que je vivais, mais ce sont les médicaments qui m'ont aidée à vivre de manière fonctionnelle.

Pourquoi ne voulez-vous pas que vos collègues vous reconnaissent?

Ma réserve est plutôt à l'égard de mes patrons, et de l'Université comme employeur. C'est davantage leur regard qui me fait peur, plus que celui de mes collègues.

Que craignez-vous comme regard?

Je crains d'être étiquetée comme «l'employée à problème», et qu'on ne me permette pas d'avancer. C'est bizarre, mais j'ai peur que mes patrons mettent tout ce qui va mal sur le dos de la santé mentale! Mais ce n'est pas comme ça que je veux travailler. Je veux que mes patrons puissent critiquer tel ou tel aspect de mon travail et qu'ils m'aident à m'améliorer sur ces points. Je ne veux pas sentir que mon diagnostic de trouble de santé mentale est un frein à mon développement professionnel.

Qu'aimeriez-vous que les gens autour de vous comprennent des problèmes de santé mentale?

À quel point ça fait mal. Et aussi à quel point les gens qui en souffrent font des efforts pour que la souffrance cesse... Ce n'est pas un cliché : j'ai tellement souvent reçu des commentaires comme «Prends-toi en main», «Reviens-en!», «Tout le monde en a, des problèmes». J'ai livré une lutte herculéenne contre moi-même pendant près de 20 ans. J'essayais de me changer, de guérir, mais je n'y arrivais pas. Ce n'est pas parce que je ne voulais pas. Je ne peux pas vous dire à quel point j'ai travaillé fort.

Soutien aux membres de la communauté

L'Université de Montréal offre différentes ressources afin de soutenir les membres de sa communauté aux prises avec des troubles de santé mentale.

Employés

  • Le Programme d'aide aux personnels (PAP).
  • La Ligne 1PSY (poste 1779) : avis psychologique et conseils pratiques pour les employés qui s'inquiètent au sujet d'un étudiant en détresse ou qui se sentent menacés ou dérangés par le comportement d'une autre personne. La Ligne 1PSY est ouverte du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h.
  • La formation Comprendre et gérer un problème de santé mentale au travail, offerte par la DRH et conçue en fonction du milieu de l'Université de Montréal.

Étudiants

Le Centre de santé et de consultation psychologique au 514 343-6452.